LE JEUNE RÊVE D'AMOUR
Oh ! les jours sont passés où la Beauté brillante enlaça mon cœur de ses chaînes , quand le rêve de la vie, depuis F aurore jusqu'à la nuit, était l'amour, toujours l'Amour! Une nouvelle espérance peut fleurir, de nouveaux jours viendront peut-être, éclairés de rayons et plus doux et plus calmes, mais il n'est rien dans la vie qui soit moitié si doux que le premier rêve d'amour !
Le Barde peut s'élever à une gloire plus pure quand le feu de la jeunesse est passé; il peut arracher un sourire au sage qui s'armait contre lui de rigueur : mais jamais, au midi de sa gloire, il n'éprouvera une joie si douce que celle qu'il goûta, lorsqu'il chanta, pour la première fois, à sa belle, son ardente flamme, et qu'il la vit rougir, au nom chéri si souvent répété!
iy2 MÉLODIES
Olil cette image révérée, qu'un premier Amour a gravée dans nos cœurs, ne s'oublie jamais : elle plane sans cesse au-dessus des verts bocages qu'habitait la jeunesse ; seuls restes du printemps dans les vagues régions du Souvenir. C'est un parfum évanoui aussitôt que répandu ; le rêve ailé du matin de la vie ! c'est une lumière qui ne peut plus briller sur le cours lent et monotone des jours '
IRLANDAISES. iy3
MELODIE XLV
Semblable à un rayon du soleil qui fait étinceler de mille feux la surface des eaux, tandis que, froids et ténébreux, les flots coulent au-dessous, le sourire du plaisir peut colorer les traits, quoique le cœur glacé coure tristement à sa ruine.
Il est un fatal souvenir, un amer chagrin, qui jette son ombre glacée à la fois sur nos joies et sur nos douleurs , que la vie ne peut ni assombrir, ni brillanter , pour laquelle la Joie n'a point de baume , et l'Affliction point d'aiguillon :
Oh! cette pensée demeure au milieu des jouissances, comme une branche morte et sans feuilles qui revoit les jours brillans de l'Eté; les rayons du soleil vivifiant se jouent en vain autour d'elle , elle peut sourire à la lumière ; mais elle ne reverdira plus!
ïy4 MÉLODIES
MELODIE XLVI
Ou sont-ils, les glaives des anciens jours? où sont les hommes qui les portaient? Armés pour défendre leurs droits, ils s'élevaient sublimes, et les tyrans rampaient devant eux ! Purs alors , les cours n'avaient pas enchaîné leur courage ; ils ne cherchaient d'autres honneurs que ceux de la vertu. Oh! que n'avons-nous les glaives des anciens jours! etc.
Où sont-ils, les Rois qui florissaient alors? où est la pompe qui les couronnait, lorsque les cœurs et les bras d'hommes libres étaient leur unique rempart? Confié à des âmes fidèles, le trône s'entourait d'un cercle d'amour, que la trahison n'osait franchir. Oh! que n'avons-nous les Rois qui florissaient alors! etc.
MELODIE XLVII
Combien je chéris l'heure où s'éteint la clarté du jour, où les rayons du soleil semblent se fondre dans la mer silencieuse! c'est alors que s'élèvent les doux rêves des jours passés, alors le Souvenir exhale vers toi son soupir du soir!
Tandis que je contemple les sillons de lumière qui se jouent sur les vagues tranquilles vers le brillant Occident, je brûle de suivre ce sentier rayonnant et doré, qui me semble devoir conduire à quelque île heureuse et paisible!
MELODIE XLVIII