‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 45 sur 48 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

mot inintelligible comme celui-là ne serait pas sans attrait pour la multitude , qui y trouverait « sinon du sens , au moins du grec. » J'expliquerai , cependant , à quelques-uns de mes lecteurs que, par « mélologue , » j'ai voulu exprimer ce mélange de déclamation et de musique ? qui est fréquemment adopté dans l'exécution de l'ode de Collins sur les passions , et dont l'exemple le plus frappant que je me rappelle, est le discours prophétique de Joad dans FAthalie de Racine.

Thomas Moore.

MELOLOGUE

Il est un langage, connu et senti en tous lieux où l'air pur répand sa bénigne influence , en tous lieux où le cœur peut s'émouvoir à la colère , à la pitié. Depuis ces plaines brûlantes , où jadis , du sommet d'une tour élevée , le jeune et tendre Péruvien , confiant ses soupirs à la nuit , appelait son amante avec une si douce puissance , qu'aussitôt que ses chants atteignaient son oreille , l'attrait du monde entier n'eût pu la retenir (i), jusqu'aux régions désolées habitées par la nuit , où,, sous un ciel sans feux et sans rayons , le Lapon fait voler son renne vers le lieu où l'attend sa compagne : il chante en glissant sur le sentier neigeux qui semble s'allonger devant lui , aussi joyeux que si la vive

(j) Un Espagnol rencontra une femme indienne dans les rues de Cozco, à une heure avancée de la nuit ; il voulut l'amener chez lui ; mais elle s'écria : « Pour l'amour de Dieu, Monsieur , laissez-moi aller ; car cette flûte qui retentit du haut de cette tour que vous voyez là-bas , m'appelle avec une si vive passion que je ne puis refuser d'y obéir ; l'Amour me contraint d'y aller , afin que je puisse être la femme du musicien , et qu'il devienne mon mari. » ( Gara lasso de la J'éga dans la traduction de sir Paul Ricaut.)

20 |- MELOLOGUE .

lumière du soleil printanier éclairait son front : oh î Musique ! ton céleste empire est partout irrésistible, partout le même. Le puissant Océan obéit à l'astre argenté qui préside à ses changeniens , ainsi les flots des passions s'élèvent et s'abaissent devant toi!

Air grec.

Ecoutez ! c'est une vierge delà Grèce qui chante, tandis que près des sources étincelantes de l'Illissus , elle puise dans son urne gracieuse l'onde fraîche et limpide 5 à ses côtés , ravi par le charme de la musique , un jeune patriote revoit le passé glorieux , et rêve aux jours brillans qui ne reviendront plus ! A ces jours, où Athènes cultivait, d'une main que les tyrans n'avaient point enchaînée , sa branche d'olivier , et tressait pour le front des Muses une guirlande que n'avait point souillée le souffle des tyrans. Alors , les héros couvraient cette terre classique , où chancèlent maintenant les pieds du lâche (i)j alors chaque bras était l'égide de la Liberté , et chaque cœur son autel !

(1) On doit se rappeler que ces vers furent écrits longtemps avant la révolte des Grecs, et lorsqu'on ne croyait plus à la résurrection glorieuse de ce peuple magnanime qui s'est montré si grand dans ses revers. [Note du traducteur.)

MÉLOLOGUE . 2û5

Fanfare de trompettes .

Entendez-vous le son guerrier qui charme les oreilles du coursier belliqueux! A ce bruit redoutable , la mère enlace de ses bras le jeune soldat qu'elle a jadis porté dans ses flancs ; et quoique son tendre cœur succombe à la crainte , elle sent avec orgueil bouillonner dans les veines du jeune homme le sang qu'agite la fièvre de la valeur !

Voyez descendre de ses montagnes natales le rustique Helvétien. Il vole à la guerre, insouciant de savoir pour quelle cause il combat , prêt à tirer le glaive pour l'esclave ou pour le despote, pour le juste, ou pour l'opprimé: souvent vainqueur, jamais héros , et cependant prodigue de son sang , connue si , de même que le ruisseau de ses montagnes , il devait couler à jamais !

Oh ! divine Mélodie, au milieu de cette carrière de frénésie et d'insoucianee , ton charme magique exerce encore son merveilleux pouvoir!

Air suisse : « Ranz des Vaches. »

Il est un air que l'on entend souvent résonner dans les rochers de sa terre chérie , vers le déclin du jour, quand les bergers ramènent leurs troupeaux à l'étable au son de leurs pipeaux. Oh! chaque note fait tressaillir le cœur du soldat exilé , éveille dans

Page 1