‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 6 sur 48 · DE L AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L AUTEUR

de la lumière et du bonheur qu'entraîne la poursuite des plaisirs périssables de ce monde ; enfin les châtimens de la conscience et de la justice divine, suite infaillible de l'impureté, de l'orgueil et de la présomptueuse curiosité qui veut sonder l'abîme des secrets de Dieu. La fable charmante de Cupidon et de Psyché doit son charme principal à cette espèce de sens voilé, et j'ai désiré ( quoique j'aie pu échouer dans cette tentative ) communiquer à mon ouvrage le même intérêt moral.

Le monde était dans sa fleur; les étoiles brillantes venaient de commencer leur course radieuse, et le temps, jeune alors, comptait ses premiers jours par le soleil; à la lueur du crépuscule de la nature joyeuse, les anges et les hommes s'assemblaient sur le sommet des collines et dans les riantes prairies. C'était avant le règne de la douleur, avant que le péché eût étendu son voile sombre entre l'homme et les cieux. La terre alors était plus près du ciel que dans ces jours de crime et de désolation : alors, les yeux des mortels rencontraient sans surprise de s yeux angéliques contemplant, du haut des airs , le monde qui s'étendait au-dessous. Hélas ! fallait-il que la passion eût déjà profané cette belle matinée de la terre, qu'elle eût souillé des coeurs d'origine céleste ; et , souvenir plus triste encore, que cette sombre malédiction fût née de l'amour de la femme. Un soir de ce printemps du monde , trois

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beaux jeunes hommes conversaient sur le penchant d'une colline dorée par un rayon du soleil couchant qui semblait assoupi au milieu des parfums. Par intervalles, ils regardaient le ciel lointain où le jour repliait ses ailes radieuses , et leurs fronts sublimes décelaient en eux des habitans de la patrie céleste : créatures de lumière qui se jouent autour du Seigneur comme les atomes dans l'éclat du soleil, et qui, à chaque instant de la nuit et du jour , transmettent , à travers leurs innombrables légions , l'écho de sa parole lumineuse * .

Ils parlaient du ciel, et plus souvent encore des Eves brillantes qui les en avaient fait descendre. Cédant par degrés à la douce influence de l'air embaumé du soir, de l'haleine silencieuse des fleurs , de la lumière adoucie qui brillait au-dessus d'eux, comme dans leurs premiers jours d'égarement et de bonheur , chacun raconta l'histoire de ses amours : l'histoire de cette heure funeste, où, semblable à l'oiseau qui abandonne son nid élevé, fasciné par des yeux séducteurs, il échangea les cieux contre le sourire d'une femme.

Le premier qui parla , semblait le moins céleste des trois; esprit d'une trempe légère, prompt à recevoir les impressions terrestres ;

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dans le ciel même , il n'était pas un de ceux qui a voisinent le trône, mais il prenait place parmi les cercles e'tincelans qui s'étendent dans l'espace sans bornes et dont les ailes ne réfléchissent que de faibles lueurs de la lumière du centre .

Beau et glorieux, il brillait cependant d'un éclat moins pur que ses compagnons. La lumière d'Eden lui restait encore, mais altérée , mais ternie. Ce n'était pas l'amour seul qui, dans son passage rapide , avait obscurci son front ; d'autres joies plus terrestres y axaient laissé leur empreinte profonde.

Tandis que la mémoire , semblable à l'explorateur des antiques tombeaux, parcourt le passé nuageux et soulève chaque linceuil que le temps a jeté sur des espérances évanouies, l'ange se recueille un instant, puis il soupire et dit :

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