DE L'AUTEUR
Ce poème qui , dans l'origine, avait une forme différente et une étendue beaucoup plus limitée, était destiné à faire partie , comme épisode, d'un ouvrage dont je me suis occupé à différens intervalles , pendant les deux dernières aimées. J'appris , il y a quelques mois , que mon ami lord Byron , par l'effet d'un hasard singulier et imprévu, avait choisi le même sujet pour une composition dramatique ; comme je ne pouvais manquer de sentir le désavantage d'arriver après un rival aussi formidable, j'ai jugé qu'il valait mieux publier sans retard mon humble esquisse, avec les changemens et les additions que le temps m'a permis d'y faire , afin de me donner la chance , en paraissant ainsi le premier sur l'horizon littéraire , d'avoir ce que^ les astronomes appellent un lever héliaque , avant que l'astre , dont la lumière devait m'éclipser , eût encore brillé « Comme plusieurs personnes , dont je res-
pecte les opinions, pourraient me blâmer d'avoir fait choix d'un semblable sujet dans la Sainte -Écriture, je crois devoir remarquer qu'en point de fait, le sujet n'appartient point à la Bible : la notion , sur laquelle il est fondé (celle de l'Amour des Anges pour les femmes), ayant pris son origine dans une erreur commise par les Septante , en traduisant un verset du sixième chapitre de la Genèse *, seule autorité a l'appui de cette fable (*) . Le fondement de tuon poënie a donc aussi peu de rapport avec la Sainte - Ecriture , que les rêveries des derniers Platoniciens ou les visions des théologiens juifs. En appropriant ainsi cette notion à la poésie, je n'ai fait que la fixer dans la région des fictions , parmi lesquelles les opinions des pères de l'Eglise, les plus raisonnables, et celles de tous les autres théologiens chrétiens, l'avaient classée depuis long-temps.
Outre la convenance du sujet pour la poésie , il me frappa aussi comme propre à fournir un voile allégorique, au travers duquel je pourrais retracer et nuancer (comme j'ai essayé de le faire dans les Histoires suivantes) la chute de l'ame de sa pureté originelle ; la perte
(*) Voyez la note ire à la fin du volume.