H. FORNERON
C'eft une chofe terrible que Tavidité de régner fans concurrence, lorfqu'elle eft mêlée avec d'autres paflîons : & une femme tendre & ambitieufe qui voudroit commander fans fe commander à ellemême, fe fait peu fouvent aimer.
Telle fut Marie de Médicis, fille de François de Médicis, Grand-Duc de Tofcane, & femme de Henry 4, Roy de France. Pendant la vie de ce Prince, fon humeur impérieufe eut la mortification de luy voir des maîtrelfes & de favoir qu'il avoit des favorites fecrètes, & après en avoir murmuré tout haut & s'en être
14 Amours
plaint en fecret à Léonore de Gally-Guay,
• fille de fa nourrice qu'elle avoit amenée d'Italie & qui étoit fa confidente / elle ne trouva rien qui pût la confoler que Concini, fon Ecuier, qui étoit né à Florence, & qu'elle diflinguoit eixtre fes Officiers par fon e(time&par fes faveurs.
11 était bien fait & tout propre pour les grandes intrigues dans Icfquelles la cour de France fe vit plongée.
Henry 4, qui n avoit jamais été jaloux de Marguerite de Valois quelque belle & quelque galante qu'elle eût paru', ne s'avîfa pas de le devenir de Marie de Médicis, qui avoit beaucoup moins de charmes & qui paroifToit bien plus prude.
La Reine, qui aimoit Concini & qui n'é-
toit pas il exemtc de foupçon que fon mari, craignant que G>ncini ne s'attachât à qu.elque lille aimable, voulut qu'il époufàt Léonore de Gally-Guay. qui étoit
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du Cardinal de Richelieu. i5
la plus laide & la plus adroite de toutes les créatures.
Léonore , qui voulut fe contenter du nom d'époufe , vit cent chofes après fon mariage que Ton ne foufire pas toujours patiemment, & mettant un bandeau de prudence & de foumiflion fur fes yeux, elle ne perdit rien de la faveur auprès de Marie de Médîcis. Henry 4 ayant été tué par la main de RavaiUac , la fortune de Concini courut la pofte. Jamais on ne vit tant d'honneurs tomber en foule fur un feul homme. Il fut d'abord Gentil-
homme de la chambre du jeune Roy Louis i3. En même temps on le fit^ marquis* d'Ancre , gouverneur de Normandie & de la citadelle d'Amiens, enhn maréchal de France, conduifant TÉtat & la Régence pendant la minorité dé Louis i3. ' • La marquife d'Ancre , qui avoit toute
i6 Les Amours
la vanité qu'une femme venue de rien & qui fe voit dans Télévation eft capable d'avoir ) fe baignoit dans la joie. Pour le marquis, il fe fit un monde d'ennemis dont il ne fe mettoit point en peine tant qu'il fut aimé de la Reine mère, qui avoit marié fon fils à Anne d'Autriche, infante d'Efpagne. Comme le cœur des femmes eft un labirinthe dans lequel la raifon des hommes fe perd fouvent, il ne faut pas s'étonner fi le maréchal d'Ancre prit les bientaits de la Reine comme des alfurances de la foliditéde fa fortune. Mais, .maUieureufement pour luy^ parut à la ^cour Jean-Armand du PlclTis, évêque de Luçon, âgé de 22 ans, bien fait, fpirituel, actif, adroit, entreprenant, qui revenoit de Rome , & qui eut bientôt de Taccès auprès de la Reine mère par la faveur du maréchal d'Ancre auquel il s'attacha d'abord. Ce jeune prélat débita
du Cardinal de Richelieu. 17
une morale fi fine & fi agréable à la Reine mère, que le crédit de Concini
diminua.
Le Roy étant forti de fa minorité , l'évêque de Luçon prit un tel afcendant fur Tefprit de la Reine , qu'elle n'eut bientôt des égards que pour luy. Le maréchal d*Ancre luy procura la charge de grand aumônier dé la jeune Reine :
la Reine, qui n'aimoit qu'à le voir, eut Tadreffe de le faire faire confeiller d'État.
Le maréchal d'Ancre, qui avoit pour ennemis le duc de Bouillon & le duc de Longueville, ne leur pouvoit déjà plus réûfter, et la Reine qui ne Taimoit plus, fut peut-être bien aife de voir abattre une tête qui luy faifoit quelquefois bailfer les yeux. La Reine, de concert avec Tevê- . que de Luçon qui avoit déjà des gages d'un crédit aifuré, fit arrêter le prince de
i8 Les Amours
Condé qui n'aimoit point le maréchal, afin d'en faire retomber la faute fur Concini, pour animer le peuple.
Teminières qui fit cet exploit , en eut le bâton de maréchal de France. Au bruit de la prifon de ce prince , fes amU fe retirèrent de la cour. Le Roy s'en irrita. L'évéque de Luçon cabaloit fourdement contre fon bienfaiteur, & Vitry, capitaine des gardes, s'immortalifa par le mallacre de ce miniltre. Sa femme ne voulut pas luy furvivre, & le refte de fa £guniile demeura miférable. L'évéque de Luçon fut mis en prison, & la Reine mère conduite à Blois ; & pendant cela, r.cvéque qui avoit le temps de méditer à ce qu'il devoit dire, fe jufiifià avec tant d'art & de hardielTe, qu'il eut la liberté de demeurer à la cour & de rentrer même dans le confeil. Mais ne fe contentant pas de ces douceurs, il fut H
du Cardinal de Richelieu. 19
Blois ocuper auprès de la Reine mère, de toutes les manières, la place que l'infortuné Concini y occupoit*
De Luynes qui craignoit Févéque de Luçon, obligea le Roy de luy envoîer un ordre de fe retirer en Ânjou, & de là à Avignon. La Reine mère par le confeil des grands & conduite par le duc d'Epernon , fe fauva du château de Blois & alla à Loches avec une de fes fettimes, & de là à Angoulefme , où l'évéque de Luçon la vit et luy parla de toute autre chofe que d'affaires d'Etat.
Le Roy qui voulut conférer avec la Reine fa mère, fut l'attendre à Tours ob elle vint quelque tems après. De Luynes avoit été tait duç & pair, prodige tout à fait inoui.
L'entrevtte de la mère et du fils fe fit dans une maifon du duc de Montbazon.
On promit à la Reine ce qu'eHe demanda.
on ne la trouva pas difpofée à retourner à Paris, de forte que l'évéque de Luçon la pouvoit entretenir les jours entiers & une bonne partie des nuits.
— yous voyez, luy difoit-elle, que vous me menez comme vous voulez, que je n'écoute les propofitions du Roy qu'autant que vous les trouvez bonnes, & qu'il ne failoit pas moins que vous pour me fidre trouver de la tranquillité dans l'exil. — Si Votre Majefté pouvoit comprendre combien je fuis reconnoiffant , répondit l'évéque de Luçon , Elle fe trouveroit peut-être payée d'une partie de fes bontez. Je veux bien vous être redevable, mais, Madame, ne trouvez-vous pas qu'il y auroit un peu trop de foibleffe à fuyvre le char entraîné par une foule d'ambitieux qui ne demandent que Tabaiifement de Votre Majefté, qui craignent en vous non-feulement les puif-
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du Cardinal de Richelieu. 21
fances de la nature, mais l'art de commander & de régner que vous poffédez fi bien. Vous commettriez fans doute Votre Majefté à la fureur des envieux, & il vaut beaucoup mieux pour votre gloire & pour votre repos, attendre icy que votre parti fe fortifie.
En effet, une foule de mécontens fe Jeta dans fon parti. Le Roy épouvanté lui députa l'évêque de Sans, le duc de Moutbazon & le préfident Jannin pour luy faire plufieurs propofitioas. Infpiréa par foh génie, elle traîna leur négociation en longueur, qui fe termina à la fin par une guerre civile qui eut pour théâtre la Normandie & d autres provinces. Mais le party du Roy aiant été le plus fort, la Reine confentit à la paix, & envoya des députés au Pont de Cé, à la téte defquels étoit révéque de Luçon, pour favoîr les intentions du Roy , qui promit une am-*
niftie générale pourvû que Ton mît les armes bas dans huit jours. Et après un acord autentique, la Reine mère fe difpofa à revenir en cour. Le prix de cette paix étoit un chapeau de cardinal que ce prélat adroit exigeoit de Marie de Médicis pour les confolations qu'il luy avoit données dans fa folitude.
Il rentra dans le confeil d'Etat. Pour rendre la fortune plus atfûrée, il. s allia avec le duc de Luy nés par. le mariage du marquis de Combaiet , neveu du duc, & de Mlle de Pontcourlay, nièce de l'évéque.
La cour de Rome biaifa longtemps pour accorder le chapeau de cardinal.
Cette lenteur fit languir l'évéque de Luçon & impatienta la Reine, qui bruloit de voir fon favori paré d'ecarlate,
Mlle de Pontcourlay ne fut pas plutôt arrivée à la cour, que tout le monde en
du Cardinal de RicheUeu. 23
fut éblotiî , & l'évéque de Luçon même qui ne Tavoit vUe qu'en&nt, en baiffa les yeux, non pas par modeftie, mais par des raifons qui eurent d'étranges fuites.
Elle avoit une majefté toute propre pour foutenir Téclat d'une couronne, affez d'ambition pour y afpirer, tout l'efprit du monde dont on a befoin dans un fi grand pofte, & des yeux qui alloient chercher des tributs dans le fond des âmes les plus infenfibles. Cependant elle n'époufa que le pauvre Combalet, homme d'un fort petit mérite , & qui trouva fon bonheur trop grand pour être de longue durée. Le cardinal de la Rochefoucauld bénit ce n^ariage, qui fe fit fous les aufpices de la Répugnance du côté de Mlle de Pontcourky. On. fit le duc de Luynes connétable au préjudice de Lefdiguerres, qui mourut peu de tems après. Marie de Médicis écrivit à Rome avec chaleur. &
24 L^s Amours
révêque de Luçon fut à la fin cardinal.
Ce fut à Lyon qu'elle luy mit le précieux bonnet fur la téte. Cependant Tinfidèle changeoit à chaque jour : fe$ démarches auprès de la Reine mère étoient plus lentes, & fes yeux ne fe tournoient prelque plus de son coté. •
Depuis l'arrivée de Mme de Combalet, il avoit.un feu fecret dans le cœur qu'il étoit contraint de cacher fous la fimple aparence de la tendreile d'un oncle* Il joua longtems le perfonnage fous ce voile fans qu'on s'en aperçût. La Reine mère n'avoit garde de fe faire l'outrage de croire qu'on la pût abandonner. Le Car*dinal amoureux de fa nièce jufqu'à l'excez, ne voulut pas luy laifTer le loilîr d'abandonner fon cœur à quelque amant aimable, & ne fongea qu'à donner le coup mortel à l'honneur de Combalet.
La beauté de Mme de Combalet étoit
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dp Cardinal de Richelieu. 25
dans toute fa force, et les moindres fecours lui donnoient de grands avantages.
Elle avoit toujours haï fon mary, et Favoit trouvé digne de fon mépris. Ceft pourquoi après la mort du connétable, il commença à reffentir l'effet de Faverfion que luy portoit une perfonne dont il adoroit Jufqu'aux plus grandes rigueurs. .
— Je ne fais, luy disoit un jour le Cardinal, comme elle le remercioit de plufieurs chofes curieufes qu'il lui avoit données, fi vous m'avez quelque obligation de mes préfens. Mais outre qu'ils ne peuvent jamais vous donner autant de plaifir que j'en prends à vous les faire, . il me fembleque je ne fauroisalfez m'etnprefler pour réparer le tort que j'ay de vous avoir donné un ii fot mary. — Cette épitète me feroit rougir, répondit Mme de ' Combalet en riant, fi elle venôit d'une autre part que de celle de Votre Émi-
nence. Puifque vous me l'avez choify, c'eft biea la moindre chofe que vous Tapelliez comme il vous plaira. — Si vous vouliez me parler ûncérement, pourfuivit le Cardinal, je vous demanderois une chofe que j*ai bien envie de favoir. — Vous le faurez fans doute, .répliqua Mme de Combalet, & ce que je ne vous dirai point, il faudra que je Vignore abfolument, n'étant ni en droit ni en pouvoir de vous rien cacher. — Aprennez- •moi donc, répliqua Son Éminencê, li Combalet a Tefprit de vous dire que vous êtes la plus belle et la plus aimable perfonne du monde? — Quand il me le diroit aufli délicatement que vous, répliqua-t-elle, je n'en ferois pas perfuadée.
Mais, Monfieur, je vous prie d'épargner une perfonne qui a l'honneur de vous apartenir, & que vous avez comblée de tant de bienfaits, & qui ne mérite peut-
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être vos loûanges que par le prix que vos bontez luy donnent. — Quand vous n'en feriez pas digne, reprit le Cardinal, par les charmes que la nature vous a donnés avec tant de * profuiion , il ne tiendroit qu'à vous de me mettre en état de vous devoir plus que vous ne me devez. Si je favois quelque choie qui pût feulement m'acquitter envers Votre Éminence, répondit-elle, je l'acheterois de mon sang. — Il m'eft trop précieux, répondit le Cardinal , & lorfque vous m'aimerez autant que je veux letre pour pouvoir me dire heureux, vous me mettrez bien à retour.
Cette expreilion toute forte qu'elle étoit ne furprit point Mme de Combalet, & il y avoît quelques jours qu'elle s'étoit aperçue que fon oncle la regardoit avec des yeux d'amour. Elle n'étoit plus d'humeur à s'en fâcher f mais regardant la
terre pour lui donner bonne opinion de fa pudeur : — Si je n'avois autant de tendreffe que de relped pour Votre Emihence, répliqua-t-elle, il faudroit me regarder cooime un monftre d'ingratitude après tout ce que je vous dois... — Ce n'eft point là deffus que je me fonde, ni fur quoy je veux compter, interrompît le Cardinal, il ne s'agit point de coniplimens entre nous. Je vous aime, Madame, & d'une manière û pleine d'ardeur... — 11 n'eft pas nécelTaire que vous m'exagériez une chofe qui m'eft fort connûe, répondit-elle. — Non , continua le Cardinal, vous n*e le fave*z pas li bien que vous le penfez, mais j'efpère que vous le comprendrez mieux, quand vous aurez lu ce qui eft là dedans. Songez à y répondre, que je fois tranquille.
 ces mots, il luy donna un petit papier et fortit auffitôt. La curioilté du
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fexé agiflfant Jur Mme de Combalet, elle ouvrit le papier & y lut ces vers :
Le ciel vous donna tant de charmes
Que mon cœur en relTcnt l'invincible pouvoir; Vous réfléchi lïez peu fi de pareilles armes, Confondant ma raifon, la forcent à vous voir.
On voit ma trifteffe profonde, Mes yeux font défolés, mon vifage eft mourant, Et je voudrois enfin cacher à tout le monde Un mal cjue je foulage en vous le découvrant. >
L'amour pourroit iaire un miracle
Si votre cœur touché m'écoutoit tendrement, Et votre indigne époux eft un petit obflacle Pour les ardens défirs d'un véritable amant.
Sa fortune efl une furprife , Un effet du hazard , un caprice du fort,
Et rhimen étonné, lorfqu'il le favorife,
Méconnoît fon ouvrage & s'en repent d'abord.
Ma paffion n*efl pas commune :
Par fes brulans accez mon repos eft trahy ,
Gloire, Biens, Dignitez,. Intérêts & Fortune, Depuis que je vous aime, hélas, j'ai tout hay.
Mme de Combalet lentit bien plus de
joye que de colère à cette le<^ure, & elle
n'avoit pas de ces fcrupules que l'ofiBrô d'un cœur peut fortifier. Le Cardinal étoit fon oncle, maïs puifqu'il avoit sçu plaire à une téte couronnée , il ne pouvoit pas luy déplaire.
Le lendemain de ce jour fi agréable , elle fut à la meffe de la Reine mère, habillée comme on peint Vénus, ne cachant de son corps que ce qu il étoit abfolument défendu de montrer. Le Car* dinal trelTaillit en la voyant li brillante^ & Marie de Médicis qui n'étoit pas encore jaloule , la fit fa dame d'atour au grand chagrin de Mme du Fargis qui avoit brigué cet employ.
Ce jour là, Mme de Combalet étoit placée derrière la Reine mère qui luy parla longtemps du Cardinal. Mais, à la fin , remarquant Combalet parmi fes officiers, et fe tournant vers Son Éminence qui étoit apuiée fur fon fauteûil :
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du Cardinal de Richelieu. 3i
— Vous m'avouerez, dit-elle tout bas, que Mme de Combaiet méritoit un autre mary que le lien, et vous n'êtes pas excufable de Tavoir rendue la victime de ¥otr£ union avec de Luynes. Regardez* la, Je vous prie, ajouta-t-elle en fouriant, ou plutôt ne la regardez pas, puifqu'elle eft toute propre à faire des infidèles.
Le Cardinal n'avoit pas attendu le difcours de la Reine pour dévorer fa nièce des yeux , & dez qu'elle parut il ne sacrifia pas à d'autres divinitez. — Mme de Combaiet, dit-il, eft trop heureufe de plaire à Votre Majefté, et comme je vous fuis fidèle avec plus de plaifir & d*eftime, j'avoUe que je l'engageai avec, trpp de précipitation. Mais, Madame, c'étoit pour ne priver Votre Majefté d'un ferviteur plein de zèle, & pour m'attirer des partifans à la cour. — Je vous fuis bien obligée, continua la Reine, vous, verrez
par la fuite que ]Z n'aime pas l'ingratitude.
Le Cardinal devant lequel tout commençoit à s'humilier, s'humilia luimême profondément à ces paroUes, & ftt.
femblant d'écouter toujours k Reine pendant qu'il ne fongeoit qu'à Mme de Combalet.
Un jour que la Reine étant apuiée fur le bras de Mme de G)mbalet fe promenoit dans la grande allée de fon magnifique palais de Luxembourg, elles virent Combalet qui fe prpmenôit feul les bras croifez, les yeux penchez vers la terre, & qui. avoit enfoncé fon chapeau comme un homme enfeveli dans quelque profonde & imix)rtante méditation. — A moins qu'il ne foit occupé à compter vos charmes, dit la Reine en le montrant à Mme de Combalet qui étoit elle-même fort diftraite, je ne faurois comprendre le
du Cardinal de Richelieu. 33
motif de fa rêverie. Il n'a point affes d'efprit pour faire des vers, les affaires d'État luy font înconntiès, il eft împoffible qu'il ait autre chofe que vous dans la tête, & s'il ne fonge pas à fa bonne fortune , il &ut qu'il foit fol , ou qu'il ne penfe à rien. Je difois hier à votre oncle qu'il avoit eu tort de vous avoir facrifiée, &, en vérité, je plains votre deftinés en admirant votre vertu.
Mme de Combalet avoit trop d'efprit & trop d'artifice pour ne pas ménager cette franchife de la Rein^ mère, & voulant luy donner des impreflîons de fageffe qui pullent fervir de préfervatif contre les foupçons à venir : — J'avoue, Madame, reprit-elle, que fi mon inclination avoit été confultée, je n'aurois pas époufé M. de Combalet : mais puifqu'il eft mon mary, il faut que je tâche de fermer les yeux fur Ces dé&uts. Et Votre Majefté,
ajouta-t-elle en regardant la Reine avec
un air doux &.modefte, m'en jugera peut-^tre plus digne des bontez qu'EUe a pour moy.
Dans ce moment, Combalet qui avoit remarqué en levant les yeux la Reine & fa femme, entra dans une autre allée & fe contenta de faluer Marie de Médicis en palTant. — Plus je le vois, dit-elle à Mme de Combalet^ & moins je Teftime.
Mme de Combalet fe contenta de foupirer comme une perfonne qui foufre fans ofer fe plaindre. Elle vit epiuite dîner la Reine, & fe retira très impatiente de favoir jufqu'oCi iroit Taffaire dont lui avoit parlé fon oncle.
Il la vit à la clarté de mille flambeaux le même jour au Louvre , & s'en approchant pendant que le Roy Su les Reines foupoient : — Me connoiffez-vous bien à préfent) lui dit-il, & me faut-il déformais
du Cardinal de Richelieu, 35
d'autre interprète que votre cœur? — Si
je le confultois, lui dit-alle, il m'en diroit peut-être trop. Il eft dangereux quelquefois de croire ce que Ton fouhaite. — Ce n*eft pas de Tincertitude que je vous demande , répondit Son Éminence y parlez-moy plus jufte & plus promtement, fi vous voulez que je dorme & que je vive. — Tenez donc, pourfuivit-elle en.
lui mettant fa réponfe dans la main , ne vous attendez pas à des vers aufli r^uliers que les vôtres , & confîdérez que je fuis infpirée par un autre Dieu qu'Apollon.
Le Cardinal lut dez qu'il fut chas luy
ce que l'oracle lui répondoit en ce§ termes :
Vous attaquas un cœur bien tendre Par pluûeurs endroits dififérens^ Et comme les grands conquérans^ Vous concluez d'abord qu'on ne peut fe deflèndre .
Vous avez mieux connu que moy De quoy Tamour pour vous le peut rendre capable. 11 vous ayme, il vous croit, fongez s*il eft coupable
Si vou^feul luy faites la loy.
Le Cardinal reçut cette aflurance de
fon bonheur av^c des tranfports qui lui étoient tout particuliers. Il baifa mille fois les vers de fa nièce, & pendant la nuit entière il ne fongea ni aux affaires de fon Miniftère, ni à ce que la Reine mère avoit fait pour luy.
A peine étoit-il jour, qu'il envoya dire à Mme de Combalet qu'il feroit bien aife de l'entretenir en particulier. Le mari s'éloigna de bonne heure, & Son Éminence fut introduite dans un cabinet plein de cent hiiloires amôureufes qui émurent encore fa paffion.
Mme de Combalet étoit dans un négligé affeflé plein de magnificence & de coquetterie. On luy voyoit toute fa gorge,
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& fes bras n'étoient qu'à demi couverts
par une dentelle extrêmement claire.
Elle mangeoit une grenade, & le Cardinal affamé d'un mets que la bouche de Mme dé Combalet rendoit délicieux à fon gré, porta la fienne delTus.
— Il faudroit, dit-il, beaucoup de ces fruits pour modérer le feu qui me dévore. — Mais eft-il poffible, répliqua Mme de Combalet, que vous soiez comme les. autres hommes, vous à qui les plus fages auroient envoié le trépied d'or, s'ils euffent été de noti-e tems. Je doute fans vouloir douter, & je tâche de n^entendre pas les raifons qui peuvent combattre mon inclination. — Quelle aflfurance voulez-vous du pouvoir que yous avez fur moy? répondit le Cardinal; faut-il des fermens, des bienfaits, 4es foumis-*fions & des foupirs*? vous n'avez qu'à parler, & tout me fera f)oifible. — Je m'en
rapporte à votre bonne foy, continua Mme de Cotnbalet, & puifque j'ai été allez hardye pour v.ous dire que je vous croiois, il ne faut pas démentir cette confiance. — Vous me rendez juftice, continua Son Eminence, mais il faudra que je vous le rende auffi en cherchant à défaire ce que j'ai malheureufement fait, je veux dire votre mariage mai aflorti.
Je rougis de vous voir mériter des tréfors, & de ne vous avoir donné qu'un ûmple gentilhomme qui n'eit recommandable par aucun endroit. — Je vous avotie, répliqua Mme de Combalet qui auroit acheté la rupture de fon mariage au prix de fon fang, que ma fortune avec le marquis de Combalet m'a paru bien défagréable, maiâ Votre Éminence l'avoit établie, & cela fuffifoit pour , m'empécher d'en mourir de chagrin. — Madame, continua le Cardinal en lui
du Cardinal de Richelieu. 3g
ferrant les mains, ces chagrins pafleront bientôt & je ne travaillerai pas en vain.
La fuite de cette converfation fut fi tendre que Son Éminence s'y oublia plufieurs heures, & il étoit fort tard iorfqu'il fe rendit au Louvre, où Ton s'étonnoit de fa parelTe.
Après avoir fait fa cour, il fallut aller chez la Reine mère. II étoit ii plein de fa joie qu'il ne paroilToit plus lui-même, & on la voioit peinte fur fon vifage. Il trouva la Reine mère occupée à voir peindre le célèbre Rub2ns dans la grande galerie de ion fuperbe palais de Luxembourg. Elle étoit attachée à un de fes portraits qui la repréfentoit dans fon enfance. — Venez, M. le Cardinal, lui ditelle/ venez voir Marie de Médicis à l'école, & cherchez dans le vifage d'une petite fille celui d'une Reine qui vous doit être alTez familier.
Le Cardinal qui avoit autre chofe dans .le cœur &dans refprity ne iit pas trop d'attention à ce que lui difoit la Reine ; elle s'en aperçut , & s'imaginant que fa diftraclion venoit du foin de quelque grande affaire : — Qu'avez-vous- donc , Éminence réveufe, lui dit-elle en lui paifant fon mouchoir fur les yeux? Êtesvous endormi, ou craignez-vous qu'une petite figure faffe tort à la grande?
A ces. mots il revint un peu de fon alToupiffement, & reprenant un air plus libre : — En vérité, Madame, dit-il, je ne m'étonne pas fi vous êtes une Reine parfaite, puifque vous étiez un fi admirable enfant. Vous êtes née pour charmer dans tous les âges* — Point du tout, repartit-elle en riant, & quand j'aurois été charmante à vingt ans, je ne la ferois plus à quarante. — On ne compte point avec un grand mérite, continua le Car-
du Cardinal de Richelieu. 41
dinal, qui doit être de tous les tems & de tous les goûts. — Je vous aime bien dans cette erreur, pourfuivit Marie de Médicis, maïs vous n*avez été ^uères diligent aujourdhuy. Avez-vous fait des dépêches étrangères? Il me femble que les intérêts du cœur doivent aller devant toutes choses. — Je l'avoue, dit Son Éminence^ mais Votre Majefté n'ignore pas à quels chagrins la bienféance aflujétit fouvent l'amour. J'ay eu quelques affaires au Louvre, & il m'a fallu donner quelques momens à ma nièce, qui ne fait plus que faire d'un défagréable mary que je voudrois bien luy pouvoir ôter. Je la trouve digne d'un rang plus glorieux que celui qu'il luy donne. — Cette féparation ne pourroit fe faire, répondit Marie de Médicis, fans un éclat qui couvriroit votre nièce de honte. Mais faifons plutôt Combaiet duc. — Ah! Madame,
s'écria le Cardinal de Richelieu, il n'a pas les épaules allez fortes pour foutenir une pareille dignité, & ce feroit la placer fort mal. — Qu'importe, répondit Marie de Médicis, pourvu que fa femme en* jouiile. — Cela ne fuffit pas, Madame, répondit le Cardinal, & Combalet eft un brutal que je ne faurois plus fouôrir. Il faut abfolument que je me fatisfalTe , & j'aime mieux que ma nièce eflfuie une petite confufion, que de la voir pafler toute fa vie avec un miférable qui ne fait pas ce qu'elle vaut. '
Comme ils en étoient là, Monfieur entra. Le Cardinal feignit d'aller écrire, &, en fortant , les vers de Mme de Combalet qu'il vouloit toujours lire & qu'il avoit mal ferrés pour cette raîfon , tombèrent de fa poche. La Reine s'en aperçut & fe les fit apporter. Aufïitôt elle fe les fit lire, tandis que Monfieur s'âmu-
du Cardinal de Richelieu, 43
foit à regarder les peintures avec de
jeunes feigneurs de la cour. ' "
Marie de Médicis n'eut pas un éton-
neihent médiocre lorfqu'elle eût entendu
le contenu du billet. Elle favoit bien
que le Cardinal aimoit la poëiie & qu'il donnoit des peniioas à des poètes. Mais outre que cet ouvrage étoit court, & que de plus .il n'y avoit rien dedans que de fort commun, il étoit écrit de la main d'une femme, & il y paroiûbit aflez de ' paffion pour luy donner de l'ombrage.
Le Cardinal qui revit fa nièce, ne fon * gea pas fitôt à ce qu'il avoit perdu, & ce ne fut qu'en fe couchant qu'il s'en aperçut. Après avoir cherché lui-même, il envola partout oîi il avoit été, exceptjé à Luxembourg, de peur de rendre la Reine curieufe li elle apprenoit qu'il fût en peine de quelque chofe. Il paÛa la nuit faiis dormir dans la crainte de com-
promettre ce qu'il avoit de plus précieux au monde, & Marie de Médicis ne repofa guère mieux que luy. Elle n'avoit jamais vû récritiire de Mme de G>mbalet, fes foupçons ne la regardèrent pas; mais après avoir bien raifonné fur cette avanture , elle l'envoya chercher dez qu'il fut jour. *
Auflitôt que la Reine vit Mme de Combalet, elle affecta de rire, quoiqu'elle eût bien plus d'envie de pleurer. — Groiriez-vous que M. le Cardinal eût des intrigues amoureufes? luy dit-elle; regardez, madame de Combalet, connoiffez-vous cette écriture, & pouvez-vous m'aider à démêler de qui font ces vers?
— Ouy , Madame , répondit cette adroite perfonne fans rougir ni paroitre émue, puifque c'eft de la mienne, et M. le Cardinal a bien manqué de bonté pour moi en étalant mes folies devant Votre Ma-
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du Cardinal de Richelieu. 45
jefté. Il me furprit hier matin en écrivant ces bagatelles pour eifayer feulement à rimer : fa févérité voulut m'en faire un crime , & quoique je luy prouvafTe la vérité, il ne laiffa pas de me punir en gardant mes méchans vers, A-t-il dit autre chofe à Votre Majefté?.
Comme la Reine alloit répondre, le Roy vint pour la voir, quoiqu'elle fût encore au lit, & Mme de Combalet demeura incertaine de quelle manière elle avoit eu ces vers. Mme du Fargis qui envioit la faveur préfente de Mme de Combalet, s'aperçut bien que la Reine avoit de Tinquiétude; elle lit ce qu'elle put pour en découvrir davantage ; mais elle avoit à faire à des perfonnes aufli habiles qu'elle, & quoiqu'une longue expérience dans les intrigues de la Cour eût perfectionné fa malice, elle ne pouvoit pas démêler ce qu'on lui cachoit
avec un auflî grand foin. Cependant ellç ne iaiila pas de tracer un plan fur lequel elle prétendoit bâtir, & tous fes delTeins ne tendoient qu'à ruiner Mme de Combalet, qu'elle prétendoit l'avoir éloignée de la confidence de la Reine.
Dez que le Roy fut forti d auprès de la Reine mère, Mme du Fargis qui bruloit d'envie de fe figaaler par quelq^ adion noire, trouva le champ libre & entra dedans avec fes airs flatteurs, & affedant de paroître craintive & refpeftueufe , elle demanda à la Reine fi Sa Majefté avoit quelque fujet de chagrin, puifque malgré la force de fon efprit il en paroi ifoit dans fes yeux. — Si Ton pou voit ne fe fier qu'à foi-même, répondit-elle, & qu'on pût fe mettre. à couvert de toutes fortes de foupçons par un extérieur tel qu'on voudroit fe le donner, je vous dirois que je n'ai rien & que mon inquiétude eft un
. du Cardinal de Richelieu.
efifet de Votxe imagination. Mais outre que vous favez mes affaires & que mon cœur ne vous eft point inconnu , je ne faurois vous tromper. Voyez, madame du Fargis, ne fuis-je pas bien malheureufe, en lui montrant les vers qui la troubloient, d'avoir élevé un monftre qui me dévorera peut-être? — Quelqu'affamé qu'il foit, reprit Mme du Fargis, je crois que Votre Majefté n'a rien à craindre de fa furie, & que tout ce qu'il peut ne vous fera que de petits maux.
Mais, Madâme, comme Votre Majefté n'eit point aveugle, grâces au ciel, je fuppofe qu'Ellc voit ce qui fc pafle & qu'Elle s'aperçoit que l'intelligence qui eft entre Son Eminence & Mme de Combalet ne reffemble guère à la fimple amitié d'un oncle & à la reconuoillance d'une nièce. — Je ne vous le cèle point, continua la Reine en foupirant, je me
perds dans ce labirinthe & je ne comprends rien aux vers que vous voiez, ni au foin que Mme de Combalet prend de
fe les attribuer.
' Mme du Fargis, officieufe au poflîble quand il s'agiflbit de faire du mal aux.
perfonnes qu'elle n'aimoit point, relut encore les vers qui chagrinoient la Reine, & les rejetant enfuite avec un fourire dédaigneux : Voilà un joli coup d'effay pour une nouvelle mufe, dit-elle, & Mme de Combalet ne pouvoit mettre fon honneur en .des mains plus fûres que celles d'un confelfeur. Je fuis perfuadée qu'elle n'a point d'autre Apollon que Son Éminence, & que s'il luy a appris à écrire, il luy a appris bien autr^ chofe. — Mais, madame du Fargis, continua la Reine qui ne refpiroit plus que comme une perfonne opreûee par quelque terrible iiardeau, vous allez un peu
du Cardinal de Richelieu. 49
bien vite. Quoy ! feroit-il poffible que le Cardinal eût de Tamour pour fa nièce?
— Hé, pourquoi non ? continua Mme du Fargis, cette vérité eft foutenûe par toutes les apparences du monde, & û j'avois été plus hardie, il y a longtems que j'aurois appris à Votre Majefté... — Si cela eft, je fuis perdUe ou il faut que je perde tout. C'eft à vous, madame du Fargis, à m'éclaircir de ce chaos, puifque vous me l'avez montré, & je ne puis pas déveloper feule un myftère que deux efprits ingénieux veulent me cacher. — Il &ut que Votre Majefté n'ait pas découvert le trouble de Mme de Combalet, puifque vous êtes encore incertaine, répliqua Mme du Fargis, & jamais rien n'a été plus parlant lorfqu'eile s'efi retirée quand le Roy eft venu. — Ahl que j'aurai de plaifir à me venger, pburfuivit la
Reine, fi je fuis véritablement oâenfée :
5o Les Amours
je m'appuie fur vous , n'allez pas être un foible rofeau. Diflimulez comme moi
tout ce qui regarde mes intérêts, & avec foin.
Mme de Combalet avoit envoie un page au Cardinal pour luy dire qu'elle vouloit luy parler avant qu'il fût à la Cour. Et comme fon devoir n'étoit rien auprès de fon amour, il courut chez fa nièce qui étoit fort agitée : — Vous êtes bien peu foigneux y bien infidèle ou bien cruel, luy dit-elle les larmes aux yeux, & fi je m'étois moins confiée à la fincérité de votre cœur, je ne me verrois pas plongée dans une fenfible douleur. Enfuite ' elle lui dit, le cœur gros, que fes vers étoient entre les mains àt la Reine mère, & qu'elle craignoit mille chofes &cheufes de cette avanture. — Ne vous allarmez point, luy dit Son Émlnence en elTuyant des larmes qui luy penetroient le cœur,
du Cardinal de Richelieu. .5i
j'avoue que j'ai plus d'amour que de conduite, mais j'ai du pouvoir fur l'efprit de la Reine, & je la ferai d'abord revenir.
Mme de. Combalet dit encore à Son Eminence de quelle manière elle avoit pris la chofe. Il approuva fort fa prudence & luy dit adieu pour un moment.
— Ne vous contentez pas de fatisfaire la Reine, lui dit-elle, fongez à la du Fargis qui eft une pefté qui fouffle méchamment aux oreilles de la Reine, qui me hait depuis que je fuis mieux en cour qu'elle n'y eft, & qui a affez de malice pour empoifonner les choses les plus innocentes.
Le Cardinal fut droit chez la Reine mère, qui ne vît aucune altération fur fon vifage, elle qui étoit beaucoup plus émûe que luy. Mme du Fargis qui étoit dans la chambre, fut fâchée de le voir û
tranquille, mais connoiffant la trempe de fon efprity elle ne le crut pas plus innocent. Dez qu'il eut rendu fes refpeds à Marie de Médicis, Elle le mena auprez d'une feneftre, & le regardant d'un air indigné : — Je ne m'étonne pas, dit-elle, il vous avez des poètes à vos gages^ et le grand commerce que vous avez avec les mules vous rend ians doute libéral pour leurs favoris. C'eft pour vous plaire que Mme de Combalet s'enrôle dans leur fociété. Mais pourquoy faut-il que ce foit le hazard qui m'apprenne le progrez qu'elle fait au ParnalTe? Suis-je indigne que vous m'en fafliez confidence? — Eftil poITible, répondit le Cardinal , d'un air libre, que Votre Majefté fe puifle figurer qu'il y ait quelque myftère dans une folie de ma nièce, de laquelle je l'ai bien grondée, & que je ne gardois malgré toutes fes prières que pour les jetter au
du Cardinal de Richelieu. 53
feu* Il ne faut que la confulter pour favoir fi ce que je dis eft véritable, et il n*y a pas d'apparence que nous puidions être de concert depuis hier pour tromper Votre Majefté. Mon peu de précaution eft un garant de mon innocence , & l'on ne fauroit tirer aucune jufte conféquence de ces vers. — Vous êtes amoureux de votre nièce, continua la Reine, & vous voulez endormir ma curiofîté. — En vérité, Madame, interrompit le Cardinal, Votre Majefté fe moque de mon refpeél & de mon affeâion. Et il &ut qu'Elle foil bien pcrfuadée que l'un & l'autre font inépuifables, pour les épargner fi peu.
Quelque efprit artificieux vous trompe & vous anime, & Mme du Fargîs, riche d'une âme noire & pernicieuie, abufe de votre facile bonté & s'en fert contre le repos de Votre Majefté. — Ne croyez pas, répliqua Marie de Médicis, vous justifier
aux dépens de Mme du Fargis. Je connois fes intentions et j'ai éprouvé fa fidélité. — Je vois bien , pburfuivit le Cardinal, que Votre Majefté ne veut plus de mes foins & que ma paffion Timpor* tune. — Si elle me fatiguoit, continua la Reine avec plus de douceur, je me garderois bien de jotier un perfonnage affez étrange pour m'étonner moi-même.
Le rang que je tiens me difpenfe allez de prendre des précautions contre ce qui me déplaît. Mais vous favez trop que je tiens à vous par la feniibilité de mon cœur, & que les reproches que je vous fais ne font que les fruits d'une tendrelfe intérelTée.
Le Cardinal qui s'aperçut que l'orage alloit fe calmer, acheva adroitement ii'abufer la facile Reine qui crut tout ce qu'il fouhaitoit, rendant inutile par cette confiance aveugle tout ce que la pauvre
du Cardinal de Richelieu, 55
du Fargis avoit conçu au fujet de Mme de Combalet en difgraciant le Cardinal, Dez ce moment la Reine envoia chercher fa rivale, et après quelques petites railleries fur fa poëfie, elle agit avec elle comme auparavant.
Le Cardinal qui étoît devenu premier Miniftre impatientoit les Princes par fa vanité impérieufe & déconcertoit tous ceux qui afpiroient à la faveur de Louis 1 3 ^ qui ne pouvant régner que par autruy étoit une véritable image de ces Roys débonnaires de la première race ; & s'imaginant que les honneurs de la couronne pouvoient l'empêcher de rougir, fa nonchalance laiffoit agir Tamour & l'ambition de fa mère, le libertinage de fon frère & la vanité du Cardinal : allant inceffamment de Paris à Verfailles & à ' Saint-Germain, s'inquiétant moins que le refte dù monde de ce qu'après plu-
(leurs années de mariage il n'avoit point
de poftérité.
. Mme du Fargis, toujours alerte, obfervoit de û près le Cardinal & fa nièce, qu'ils fongèrent à fe retirer de la contrainte où elle les mettoit. Quoyque Son Eminence ne fût pas fcrupuleufe & que les meurtres lui coûtaient peu, il n'étoit pas encore affez déterminé pour attenter à la vie d'une perfonne du fexe de Mme du Fargis, ni de fe défaire de la Reine par quelque moien violent. Mais il trouva celui de luy procurer une mort languiffante en la faifant exiler, et dez qu'il eut réfolu d'ofifrir ce grand facriiice aux charmes de Mme de Combalet, il y travailla puifTamment , difpofant toutes les créatures qu'il s'étoit faites à donner au Roy de mauvaifes impreffions contre fa mère, & on n'eut pas de peine à épouvanter une âme fufceptible de toutes
du Cardinal de Richelieu. 5y
fortes de foiblefTes. D'ailleurs Mme de Combâlet remarquant que malgré Ta* douciffement de la Réîne mère , Elle lui montroit plus de froideur, & que Mme du Fargis avoit incelîamment les yeux attachez fur fes allions, elle fit comprendre au Cardinal qu'il lui étoit dangereux de demeurer à la Cour, & que quoi qu elle fût toujours fur fes gardes, il pouvoit lui échapper quelques regards qui feroient d'abord empoifonnez.
Son Éminence trouva fon inquiétude fort bien fondée, & ils convinrent qu'elle feindroit d'être malade pour avoir lieu d'aller paifer quelque tems à Ruelle où le Cardinal la pouvoit vifiter fecretement.
Mme de Combalet garda le lit. La Reine mère ne manqua pas d'envoyer fa voir de fes nouvelles, et l'officieufe Mme du Fargis qui la vifita n'eut guère
de peine à remarquer que fon mal n'étoit pas violent.
Enfin, après cinq ou fix jours de retraite , Mme de Combalct fe fit ordonner par les' médecins Tair de la campagne, et Marie' de Médicis luy donna la liberté d'y aller. On la fit porter en litière afin de perfuader fortement Ion indifpofition.
Dans tout cela Combalet étoit compté .
pour rien, & on Tavoit mis fur le pied de n'avoir pas plus de privilège que le moindre de fes domeftiques. Son apartement étoit féparé de celui de fa femme, & ils ne mangeoient que rarement enfemble.
Dez qu'elle fut à Ruelle avec un petit nombre de perfonnes qui avoient apris à fe taire, elle ne feignit plus, .& palTant les jours dans cette folitude à lire ou ù fe promener, elle recevoit les foirs un grand
du Cardinal de Richelieu. 5g
fecours contre Tennui par les vifites de Son Éminence qui montoit à cheval dez qu'il n'étoit plus obligé de fe montrer à la Cour, & qui fe rendoit à Ruelle à toutes jambes.
Ce n'étoit ni en rochet ni en camail qu'il faiioit ce voyage , & il s'accoutuma fi bien dans ces vifites nocturnes à l'équipage d'un cavalier, qu'on le vit depuis à la tête des armées avec des plumes & des habits en broderie. Après avoir donné à fa tendreffe toute l'étendûe qu'elle demandoit, il informoit Mme de Combalet de ce qui fe palfoit, & c'étoit alors que les plus déchirantes fatircs étoient de faifon.
Pendant tout ce négoce qui dura plus d'un mois, il ne fut à Ruelle qu'une feule fois de jour. La Reine mère y envoioit fouveiit un valet de pied, & la belle malade qui fe portoit fi bien le
6o Les Amours
foir, difoit toujours qu'elle étoit incommodée.
Mme du Fargis fupportoit tant de tranquilité avec beaucoup d'impatience, & ne fe donna aucun repos qu'elle ne vît la Reine inquiète. Elle lui fit remarquer que le Cardinal depuis l'abfence de Mme de Combalet, n'entroit pas plutôt au Luxembourg, qu'il mettoit quelque affaire fur le tapis pour avoir occafion de fortir ; qu'on faifoit la même chofe au Louvre; que cependant il n'y avoit point de guerre à faire ni de minillres étrangers à expédier, & que félon toutes les apparences il donnoit fon loifir à d'agréables occupations.
La Reine qui jufqu'alors avoit voulu tenir les yeux fermez, commença à les ouvrir, mais Elle ne fit pas d'éclat, de peur d'effaroucher Son Eminence.
Un matin qu'EUe paffoit dans la gale-
du Cardinal de Richelieu. 6i
rie où Rubens travailloit, Elle vit le
marquis de Combalet qui regardoit peindre avec un vifage affez mortifié. Comment fe porte-t-on à Ruelle, monfieur de Combalet, lui dît-Elle, et depuis quand en êtes-vous revenu ? — Je n'y ai point encore été, répondit le pauvre mari en foupirant, & M. le Cardinal en peut mieux dire des nouvelles que moi à Votre Majefté. — Comment! reprit la Reine, eft-il le médecin de votre femme, & vous empêche-t-il de la voir de peur que vous ne luy parliez trop pour lui caufer des maux de tête ? — Je ne fay ce qu'il eft auprès d'elle ni ce qu'il en prétend, répondit Combalet, mais je fay bien qu'il va toutes les nuits à Ruelle dans un état plus propre fur un théâtre qu'à dire la melTe. — Ah 1 Combalet, s'écria la Reine en reculant deux pas, vous extra vaguez, & ce que vous me dites n'eft pas poflible.
— Quand j extra vaguerois, reprit-il, il n'y auroit rien de furprenant, & Ton ■ perdroitla raifon à moins. Mais^ Madame, je puis aflurcr Votre Majefté que j'ai encore toute la mienne, & qu'il ne m'en refte que trop pour mon repos. — J avoûe, répondit la Reine, que je ne vous ai pas toujours crû digne de Mlle de Pontcourlay , mais fi vous n*étes pas un calomniateur , je vous fais, réparation , la trouvant fort indigne de vous. Mais de qui favezvous que le Cardinal eft fi louvent en pèlerinage chez cette sainte? — De mes propres yeux, répondit Combalet, & il.
ne manque rien à la certitude que j'en ai. — Ne m*embarquez pas dans une entreprife incertaine dont le repentir me puifle demeurer, ajouta la Reine, & fongez bien que vous me répondrez de tout ce que vous venez de me dire.
A ces mots Elle fortit outrée de colère
du Cardinal de Richelieu. 63
& fut confulter loracle du Fargis, qui ne manqua pas de chantier bien haut.
Combalet, tout tiède qu'il étoit, ne laiÛbit pas de reffentir £m opprobre , mais il n ofoit rien entr^^prendre contre la puiflance du Cardinal. Il avoit eu la patience de palier pluiieurs nuits dans les champs fur le chemin de Ruelle, & aiant été témoin des courfes de Son Eminence, il fentit un grand foulagement d*avoir ouvert fon cœur à la Reine mère, étant bien perfuadé qu'elle ne prenoit pas moins de part que lui dans l'intrigue du Cardinal & de fa nièce.
Cependant la fière Princeffe fe laiffa ^ tranfporter au feu de fon courroux, que Mme du Fargis ne manqua pas d'embrazer.
— J'avois bien afluré Votre Majefté, dit -elle à la Reine, qu'EUe étoit trop
crédule, & qu'on vous trompoit in-
dubitablement. — Vous aigriilez mon chagrin, dit la Reine ^ et vous ne vousfouvenez plus que vous m'avez foilicitée à laifler aller l'impudente Combalet à Ruelle. — Eh ! n'eft-ce pas un grand fervice que j'ai rendu à Votre Majefté?
répliqua la du Fargis ; vouliez-vous éternellement être la dupe d'une coquette qui abufe ingratement de vos bontez aprez l'avoir fait ce qu'elle eft? — Ahl J'en tombe des nûes, répondit la Reine, & j'ai peine à croire que je fois éveillée.
Que ferai-je donc, madame du Fargis, & de quelle manière pourrai-je convaincre le Cardinal de fon crime? — Vous ne le pourrez jamais que vous ne le preniez furie fait, répondit Mme du Fargis, & il faut de néceflité que vous alliez en perfonne à Ruelle. — Moy ! interrompit la Reine ; & comment voudriez-vous que je fiife cette corvée fans donner fujet de
du Cardinal de Richelieu, 65
rire à toute la terore? Les Reines peuventelles courir de nuit comme les cardinaux amoureux? — Les Reines n'ont point d'autres loix que celles qu' Elles s'impofent, répondît Mme du Fargis, & puifque le Cardinal sliabille en courtifan & en comédien, Votre Majefté peut bien s'habiller en femme de chambre. — Mais, ajouta la Reine, avez-vous perdu refprit de me croire folle jufqu'à ce point? — Si Votre Majefté néglige une fi belle occafion, répliqua la du Fargis, Elle ne la retrouvera peut-être jamais, & nous la verrons- toujours efclave des grimaces du Cardinal & de l'efironterie de fa nièce. — Dieux I quel perfonnage voulez-vous me faire joûer, s écria Marie de Médicis, & comment fortir d'ici métamorphosée de la manière que vous voulez que je la fois?
Un confentement fuivit cette excla-*
mation. Le Cardinal vint voir la Reine.
Elle feignit d'avoir une migraine & fe mit au lit avant fix heures du foir. Pendant que Mme du Fargis fit conduire un caroffe à une porte du Luxembourg ' qui donne devant les Cannes, la Reine s etoit déguifée.
Dez qu'il fit affez fombre pour fe cacher, elles fortirent, les fetnmss de la Reine étant difpofées à la lailler dormir autant qu'elle le voudroit. Et montant en caroffe, un valet de chambre qui etoit du fecret les guida du côté de Ruelle où elles arrivèrent de bonne heure. Les portes n'étoient pas encore fermées, & le valet de chambre que la du Fargis avoit bien inftruit, obligea les SuilTes en leur donnant de l'argent de le laiffer promener avec deux dames dans le jardin pendant une heure ou. deux, difant que leur caroffe étoit rompu &
du Cardinal rfe Richelieu. 67
qu'elles ne vouloient pas entrer dans un
cabaret. *
Les Suiffes, que Ton n'a jamais accusés d'une grande pénétration & qui îgnoroîent d'ailleurs les vifites que Son Eminence rendoit fecretement à Mme de Combalet, puifqu'il n'entroit pas de leur côté, profitèrent de cette libéralité. Le jardinier, qui en eut fa part, ne fut pas plus fevere & ouvrit fon jardin aux avanturières.
La lune éclairoit un peu, & la Reine fe promena longtems avec fa confidente, aîant autant d'impatience que de colère & d'émotion. Tout devint calme, & on fe coucha dans le château. Il ne parut plus de lumière que dans Tapartement de Mme de Conibalet.
Son Éminence arriva à l'heure ordinaire, réfolu de prier fa nièce de retourner le lendemain à Paris : & un feul
page qui Taccompagnoit ouvrit la porte.
Et lorfqu'îls paffoient devant la Reine, le Cardinal chantoit à demi bas ces paroles :
Que mes plaifirs font doux, Que mes V(Eux font heureux!
Puifque l'amour me favorife, Je ne crains point icy d'importune furprife
Ny de traitemens rigoureux.
Que mes plaiiirs font doux.
Que mes vœux font heureux!
Il marchoit d'un pas précipité, & la Reine irritée, qui craignoit de le perdre de vue & qui n'avoit pas la force de le fuivre, luy cria affez haut : — Votre Eminence va trop vite & l'heure n'eft pas encore avancée. Vous pourrez peutêtre bien accorder un moment d'entre* tien à une dame qui vous le demande.
Le Cardinal frappé de cette voix, tourna la téte & vit avec frayeur deux perfonnes qui marchoient fur fes pas 6c qu'il ne
du Cardinal de Richelieu. 69
pouvoit éviter. Il demeura immobile
comme une ftatùe en reconnoiflant la Reine. — Comme vous ne vous êtes Jamais montré à mes yeux dans un état aufli agréable que celui où je vous vois préfentement , lui dit^^elle, & que vous gardez toutes vos galanteries pour Ruelle, ne vous offenfez pas fi je vous y fuis venu chercher. Quoi! continua-t-elle, • voiant fa confternation , voulezt-vous augmenter le nombre dcs* ftatues de ce jardin , & vous fais-je affez d'horreur depuis ce matin pour vous empêcher de me parler? — Ah! qui ne perdroit la parole, dit-il, en voyant une Reine fi bien ajuftcc & faire une démarche li peu féante à fa dignité! — J'en ai fait de moins excufables que vous n avez pas défapprouvées, continua la Reine, & c'eft à tout autre qu'à vous à condamner des foiblelTes dont vous êtes la caufe. Allez,
70 Les Amolli s
lâche & ingrat^ je vous ai fait mille bi^ns que vous payez d'un million de maux/ & je ne tiens de voiis que la honte & le défefpoir m'être trompée. Quoi ! lorfque les cendres des morts s'élèvent contre moi, vous ne vous repentez de risn?
Vous périrez , perfide , ou je périrai moimême, & votre orgueil ne fe moquera pas impunément de moy! — Madame, répondit le Cardinal qui avoit eu le temps de revenir de fa furprife, fi vous m'en croiez nous tairons notre avanture fage- .
m^nt. Mme du Fargis, qui compolj icy votre efprit, y a bonne part, mais il ne lui feroit peut-être pas avantageux de s'en vanter. Quoil mettre Tépoufe du grand Henry, la mère de Louis le Jufte en cet état ? — Celui de Votre Eminence n'eft guère plus excuiable, répondit la hardie du Fargis. — Vous faites languirMme dé Çombalet, ajouta la Reine. Elle m'a
du Cardinal de Richelieu. 71
allez fervi de dame d'atour pour lui offrir mes foins, & fi vous le trouvez bon j'irai 1 aider à fe mettre au lit, — Vous n'avez pas trop lieu de railler,, reprit audacieufement Son Éminence, & je me * Juftifierai toujours bien. Mais pour vous, craignez de demeurer tachée, & fongez qu'on ne doit jamais pouffer les gens à bout. — Vous verrez que j'aurai encore tort, répondit la Reine, & qu'il faudra que je cède. Je ne vous retiens plus ; on vous attend; achevez votre volage pendant que j'irai porter de vos nouvelles à Paris. — Je vous en défie, répliqua le Cardinal, & vous aurez la rougeur fur le front lorfque j'irai téte levée.
On ue peut traiter les gens avec plus de méprisJ La Reine le fentit bien, & retournant chercher fon caroffe, Elle répandit un torrent de larmes. Lorfqu'elles furent entrées dedans : — Vous pleurez.
Madanivi, luy dit la du Fargis, & c'eft pour un infâme qui fe moque de vous.
— Il me paiera ces larmes, répondit Marie de Médicis. — Ah I il eft trop fûr de fa fortune, continua la du Fargis qui tàchoît de pleurer duflî par complaifance, & c'eit une montagne d'orgueil qu'on ne pourra jamais abaiffer.
Enfin ces deux voiageufes fe rendirent au Luxembourg. La Reine ne fut pas pluftôt entrée dans fa chambre qu'elle ne put plus feindre d'être malade; la fièvre la prit. Le Roy, la jeune Reine & Monlieur la viûtèrent. Le Cardinal ne palTa point la porte, & dit à Mme du Fargis qu'elle fe feroit bien pallée de mener les chofes fi loin. Pendant la maladie de la Reine, Mme de Combalet vint à la Cour avec une hardielTe inouïe. Marie de Médicis la laifia approcher de fon lit pour ' luy dire tout ce que la fureur & la jalou-
du Cardinal de Richelieu.
lie ont de plus outrageant. Elle lortit le cœur gros.
Ce fut alors que la Reine & le Cardinal • firent paroître un déchaînement terrible l'un contre l'autre. On y donna cent caufes différentes dont pas une ne fut la véritable. Et Tingrat Cardinal n'eut point de repos qu'il n'eut fait exiler la • • mère de fon Roy, comme toute la terre le fait. Et pendant que cette Princelfe fut fi mal payée de tent de foveurs dont elle avoit été prodigue , Mme de Combalet triomphoit & palToit Tes jours dans le luxe Si dans la volupté.
Quoique quelques perfonnes obligeantes adoptallent le fruit de fon commerce avec le Cardinal, il la fit paffer pour féparée, & fi neuve qu'elle Redevint Mlle de Pontcourlay, à la honte de Combalet que le Cardinal haïlfoit mortelhmsnt , & ne croïoit devoir affez
74 Les Amours de Richelieu.
punir d*avoir découvert fes voyages à
Ruelle.
Enfin Mme de Combalet, ou Mile de Pontcourlay fut iaite ducheffe d'Aiguillon. Elle eut* dans la fuite une grande liaifon avec Mme du Vigean. Mais il fuffit d'avoir parlé des amours du Cardinal de Richelieu ) qui a laiiié un ii grand nom, et qui, malgré fes défauts, fervîfa toujours de modèle à la pc^érité.