‹ Les Amours du chevalier de Faublas (volume 2)Chapitre 8 sur 12 · DE LA FIN DES AMOURS · texte numérisé non relu

DE LA FIN DES AMOURS

(Ces six volumes furent publiés pour la première fois en juillet i 789)

y^^^[$K UE de bruit pour un petit livre! Si beaucoup ^ en ont ri, quelques-uns en ont pleuré; plusieurs l'ont imité, d'autres l'ont travesti ; d'honnêtes gens l'ont contrefait, des gens honnêtes l'ont dénigré. Ainsi puissamment encouragé de toutes les manières, j'ai repris la plume avec quelque confiance, et j'ai fini.

Maintenant, Lecteur impartial, c'est à vous de m'entendre et de prononcer. Si quelquefois je suis trop gai, pardonnezmoi. Tant de romans m'avoient tant fait bâiller! Jetremblois d'être comme eux soporifique ; au reste, attendez quelques années, peut-être alors j'en ferai de plus ennuyeux qui seront meilleurs. Je dis: peut-être. En effet, un romancier ne doit-il pas être l'historien fidèle de son âge? Peut-il peindre autre chose que ce qu'il a vu? O vous tous qui criez si fort, changez vos mœurs, je changerai mes tableaux.

M'accusiez-vous aussi d'immoralité? Bientôt je tâcherai de vous persuader que vous aviez tort; mais auparavant approchez, prêtez l'oreille : c'est une vérité que je vais dire, et, comme la littérature a encore ses aristocrates, il faut parler bas. En conscience, étoient-ils bien moraux, ces chefs-d'œuvre par lesquels se sont immortalisés PArioste et le Tasse, La Fontaine et Molière, Voltaire enfin, Voltaire et tant d'autres, beaucoup moins grands que lui, quoique plus grands que moi ? Tenez, j'ai bien peur que cette condition de moralité, si rigou-

io PREFACE DE LA FIN DES AMOURS

reusement imposée de nos jours à tout ouvrage d'imagination, ne soit un violent remède savamment employé par ceux de mes frêles contemporains qui, désespérant de pouvoir jamais rien produire, voudroient nous châtrer.

Quoi qu'il en soit, lisez mon dénouement, il me justifiera sans doute. Au surplus, je déclare, et, dès que les circonstances me le permettront, je m'engage à prouver que cet ouvrage, si frivole en ses détails, est au fond très moral ; qu'il n'a peutêtre pas vingt pages qui ne marchent pas directement vers un but d'utilité première, de sagesse profonde, auquel j'ai tendu sans cesse. J'avoue qu'il sera donné à peu de gens de l'apercevoir d'abord; mais je maintiens qu'avec le temps je le pourrai découvrir à tous, et le jour de mes confidences sera, je vous le promets, le jour des surprises.

Ils m'ont encore reproché de grandes négligences. Eh ! quel écrivain, assez peu maître de son art, voudroit également soigner toutes les parties d'un long ouvrage? Quant à moi, je crois fermement qu'il n'y a point de naturel sans négligences, principalement dans le dialogue. C'est là que, pour être plus vrai, sacrifiant partout l'élégance à la simplicité, je serai souvent incorrect et quelquefois trivial. C'est, ce me semble, où le personnage va parler que l'auteur doit cesser d'écrire; et néanmoins je me reconnois très fautif, s'il m'est souvent arrivé de permettre que Mme de B... s'exprimât comme Justine, et Rosambert comme M. de B...

Patient Lecteur, encore un paragraphe apologétique.

Ces romans prétendus étrangers, qu'on s'arrache le matin et qui sont oubliés le soir, ne renferment, pour la plupart, que des caractères communs à presque tous les peuples de notre Europe, et des aventures de tous les pays. J'ai tâché que Faublas, frivole et galant comme la nation pour laquelle et par laquelle il fut fait, eût, pour ainsi dire, une figure françoise. J'ai tâché qu'au milieu de tous ses défauts on lui reconnût le ton, le langage et les moeurs des jeunes gens de ma patrie. C'est en France, et ce n'est qu'en France, je crois, qu'il faudra chercher les autres originaux dont j'ai trop foiblement dessiné les copies : des maris en même temps libertins, jaloux, commodes et crédules comme monsieur le marquis; des beautés séduisantes, trompées et trompeuses comme

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