I.A FIOLE ( Faubla», 5? partae
LA FIN DES AMOURS, ETC. iiS
femme qui vous auroil scroil une Icmmc allichcc ?... Je suis vraiment charmé que la marquise ait une rivale digne d'elle :... car on dit hi comtesse adorable... Malheureusement, c'est encore une enfant sans usage, sans art, sans méchanceté. La marquise récrasera dès que... A propos, je vous fais mon compliment, vous êtes infiniment bien avec M. de B — D'abord tout Paris l'a vu riant à vos côtés le jour de votre apothéose, et puis l'excellent mari ne cache à personne que vous ^les un charmant garçon; et, de peur que la chose ne paroisse pas encore assez comique, il dit à quiconque veut l'entendre que c'est moi qui suis un indigne homme. Il m'en veut ! on assure qu'il m'en veut beaucoup ! C'est peut-être encore un duel qui me revient. Mais vous en savez quelque chose, Chevalier ? Le marquis vous a longtemps parlé. — Oh ! le '.narquis m'en a tant dit de toutes les manières!... — Mais encore? Allons, Faublas, contez-moi cela, du moins. J'ai besoin de rire, et vous devez tout essayer pour amuser un ami convalescent. — Ma foi, non. Je vous avoue que je suis très éloigné de vouloir vous amuser aux dépens de la marquise; et même, je vous le répète, Rosambert, c'est toujours avec peine que je vous entends me parler d'elle. — Vous avez tort. Je suis, dans ce moment-ci surtout, son plus enthousiaste admirateur. Vraiment, je me le disois tout à l'heure : il faut qu'à toutes
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ses qualités déjà si nombreuses cette femme-là réunisse maintenant la prudence. N'êtes-vous pas étonné, comme moi, de la profondeur du calcul qu'elle avoit fait que, si je lui échappois, il ne falloit pas que je pusse échapper à son mari? Chevalier, vous serez témoin. — Témoin? — Oui, très incessamment. — Très incessamment ! vous m'aviez dit que vous ne retourneriez point à Compiègne? — Témoin de mon combat avec le marquis. Chevalier, soyez tranquille ! nous sommes convenus que je ne me battrois point avec la marquise. Comment pouvez-vous me soupçonner encore d'être assez fou pour me prêter à la bizarre fantaisie de cette femme, qui s'est mis en tête qu'elle devoit attaquer de braves jeunes gens avec leurs armes? C'est que, voyez-vous, plus j'y pense, plus je reconnois qu'il convient, pour la sûreté publique, d'arrêter le mal dans son principe. Ceci deviendroit d'un trop dangereux exemple. Comment ! chacune n'auroit qu'à vouloir se mettre à la mode, toutes les bonnes fortunes finiroient donc par des coups de pistolet? Et jugez quel tapage on entendroit chaque jour aux quatre coins de Paris! »
Rosambert, qui me vit sourire, me fit, sur celles qu'il appeloit mes maîtresses, cent plaisanteries et cent questions. Je finis par me prêter de bonne grâce à sa gaieté; mais sa curiosité n'eut pas lieu d'être satisfaite.
Mon père ne revint 'i l'hôtel que deux heures après moi; mon père me fit entendre qu'il éloil fâché de m'avoir laissé seul toute la journée : je lui représentai respectueusement qu'il seroit trop bon de se gêner pour son fils. Il me demanda comment j'avois passé la nuit. Afin de ne pas mentir, je répondis : « Mal et bien, mon père. — Le sommeil n'a pas été profond? reprit-il. — Profond! pardonnez-moi, mais souvent interrompu. — Vous avez éprouvé de grandes agitations? — De grandes agitations! oui, mon père. — Les rêves ont été bien fâcheux' — Oh! bien fâcheux! Il y en a eu un surtout qui, vers le milieu de la nuit, m'a singulièrement tourmenté. — Mais le matin, du moins, vous avez tranquillement reposé? — Le matin,... non. J'étois inquiet le matin. — La fatigue, apparemment? — Un peu de fatigue peutêtre, et encore les suites de ce rcvc. — Racontezle-moi donc. — Mon père,... c'étoit... c'étoit une femme... — Toujours des femmes! Eh! mon fils, songez à la vôtre. — Ah! depuis sept heures du matin (c'étoit l'heure à laquelle je m'étois mis en route), depuis sept heures je vous assure que je me suis presque continuellement occupe de son souvenir. Mon père, quand donc recevrai-je de ses nouvelles? — Vous savez combien j'ai mis de monde en campagne; et sous quinzaine je compte moi-même partir avec vous. — Pourquoi pas plus
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tôt? — Mais, répliqua-t-il d'un air embarrassé, je ne suis pas prêt. Il faut d'ailleurs attendre... que vous vous portiez mieux,... que les beaux jours soient tout à fait venus. — Les beaux jours! Ah ! loin de Sophie, viendront-ils jamais! »
Quand je parlois ainsi, j'espérois pourtant quelque bonheur pour le lendemain; le lendemain étoit ce lundi vivement désiré, qui devoit, pendant quelques instans, nous voir, mon Eléonore et moi, réunis. Hélas! notre douce attente fut trompée. Mi'ne de Fonrose, qui vint le soir faire à mon père une courte visite , trouva le moment de me dire : « Il n'y a pas eu moyen; sa tante est arrivée le matin chez elle, où elle est encore. »
Le mardi ce fut tout de même, et le mercredi j'eus du moins la consolation de recevoir un billet de Justine. Il me disoit qu'avec le passe-partout qui m'étoit envoyé j'ouvrirois la porte cochère et toutes les portes d'une petite maison neuve située à l'entrée de la rue du Bac, du côté du pont Royal. Monsieur le vicomte me prioit d'être là sur les sept heures du soir.
Bon! M>^e de B... n'est donc pas fâchée contre moi! Depuis vendredi je n'avois pas entendu parier d'elle. Ce long silence, après notre aventure, commençoit à m'inquiéter. Faublas, elle n'est pas fâchée! elle n'est pas fâchée, Faublas! Heureux
jeune homme, applaudis-toi!... El je baisai le billet de Justine, et je fis un saut de joie.*
« Quelle bonne nouvelle ? demanda mon père en entrant. — Ah! c'est que... c'est que je vois le beau temps. Je pense que je pourrai cette aprèsdîncc aller faire un tour. — Avec moi, oui. — Encore avec vous, mon père ? — Monsieur '... — Pardon... Cependant voulez-vous me rendre absolument esclave? m'empêcher de voir même un
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Ce n'est pas un ami que vous irie? voir. — Le vicomte, mon père. — M. de Valbrun, à la bonne heure; mais de là? — Je vous promets de ne pas mettre le pied chez la comtesse. — Vous m'en donnez votre parole? — Ma parole d'honneur. — Eh bien, soit, j'y compte. » Et je baisai les mains de mon père, et je fis encore un saut de joie.
J'étois si impatient de savoir ce que la marquise ra'alloit dire qu'avant l'heure indiquée je fus au rendez-vous. J'eus tout le temps d'examiner la maison, que je trouvai jolie, commode et bien meublée. J'y remarquai surtout deux petites chambres à coucher qui se touchoient; deux chambres à coucher qu'aujourd'hui même je crois voir, et que dans cent ans, si j'étois au monde, je croirois, hélas! voir encore aussi bien qu'aujourd'hui.
M. de Florville arriva sur la brune; il vint me joindre dans l'une des deux petites chambres.
Aussitôt j'embrassai ses genoux. « Oui, dit la marquise, demandez grâce à votre amie que vous avez outragée, que vous avez réduite à risquer une témérité qui pouvoit la perdre et vous compromettre. — Mais aussi, ma belle maman, pourquoi... pourquoi m'avez-vous... ? — Je crois, interrompit-elle, je crois vraiment qu'il va me demander pourquoi j'ai résisté! Laissez, Monsieur, laissez... Songez qu'au lieu de renouveler vos offenses, vous devez solliciter votre pardon. Chevalier, je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi nous nous voyons ici : vous concevez qu'après la cruelle scène de vendredi dernier je ne pouvois, sans une extrême imprudence, retourner chez Justine. — Sans doute. Cette scène... — Chevalier, vous ne me parlez plus de Sophie? — Depuis son dernier malheur, j'ai si rarement obtenu le bonheur de vous voir! j'en ai joui pendant si peu de temps! nous avons eu tant de... — Sans doute, mais dites vrai : n'aimez-vous pas un peu moins votre charmante épouse? — Moins? — Parlez, ne me cachez aucun de vos sentimens, vous m'en avez promis la confidence. — Moins? davantage. Madame la marquise, chaque jour davantage! je l'adore! il semble que l'absence... — Cependant Mr^e de Lignolle? — Ah! oui, m'est infiniment chère! Eh! ne le mérite-t-elle pas? Je vous le demande à vous-même. Vous l'avez vue. Vous la
DU CHEVALIER DE FAUBLAS i.t
connoisscz mieux, — Il est vrai qu'elle est assez gentille, cette enfant, et d'un bon petit caractère. On m'avoit un peu trompée sur son compte. Au reste, je suis déjà bien revenue des fâcheuses préventions... Vous, Chevalier, je trouve pourtant bien singulier que vous ayez... de la tendresse, ilc l'amour même pour deux femmes... — Dites pour trois, ma belle maman. — Non, s'écria-t-el!c vivement, impossible cela, par exemple, impossible î — Je vous assure... — N'assurez pas. Tous les jours on distingue une épouse charmante. Quand elle est éloignée, on la regrette. Alors même il peut arriver qu'on se sente un goût décidé, un attachement très vif pour une femme... aimable; mais pour deux! voilà ce qui me paroîtra toujours inconcevable. Non, jamais je ne comprendrai que l'amant de la comtesse puisse être en même temps le mien. Jamais je n'entendrai cela, jamais! »
Je la regardois attentivement; elle m'observoit : apparemment que l'air d'embarras et d'irrésolution qu'elle dut remarquer dans toute ma personne lui fit mal augurer de ma réponse. Je la vis pâlir, et sa voix s'altéra. « Cet entretien paroît vous mettre à la gêne, reprit -elle aussitôt. Parlons d'autre chose... La campagne est-elle déjà belle? — La campagne ! — Oui, vous y avez été samedi soir,... et vous êtes revenu dimanche... Un très court
voyage!... Dites-moi, je vous prie, ce que c'est qu'une demoiselle de Mésanges... — De Mésanges ! — Cette enfant-là ne vous est-elle pas aussi devenue... infiniment chère? — Infiniment! à quel titre? — C'est une femme d'abord : voilà pour Faublas le meilleur des titres! et puis ne seroit-il pas trop étonnant que, vous étant trouvé par occasion le maître de passer une nuit avec la douairière d'Armincour et la demoiselle de Mésanges, vous n'eussiez pas donné la préférence à celle-ci ? En supposant même que le choix ne vous ait pas été laissé, je vous connois très capable d'avoir, si vous étiez couché dans le même appartement, tout doucement quitté la grande chambre de la vieille pour vous glisser dans le cabinet ^ de la jeune... Vous rougissez? Vous ne dites mot? — Madame,... quand ces détails seroient vrais, qui pourroit vous les avoir donnés? — Quand ces détails seroient vrais! j'aime beaucoup la supposition. Faublas, n'essayez pas de mentir : votre air et votre maintien, votre silence et vos discours, tout en vous décèle un coupable. Faublas, un hasard fort singulier ne m'a donné qu'une partie de ces détails. Mais vous devez savoir que, toutes les fois qu'il me sera permis d'apercevoir seulement un coin du tableau, je serai femme à deviner le