‹ Les Amours du chevalier de Faublas (volume 5)Chapitre 8 sur 16 · I. Les plus savans jurisconsultes définissent le douaire · texte numérisé non relu

I. Les plus savans jurisconsultes définissent le douaire

î32 LA FIN DES AMOURS

sanges, à qui certainement il ne falloit rien pour cela, les deux puissances belligérantes annonçoient publiquement que leur rupture avoit été simulée, et que c'étoit M. de Rosambert qui payoit les frais de la guerre. Au reste, je suis obligé de le reconnoître , la marquise est vraiment noble dans ses vengeances : quand elle m'a estropié de ce coup de pistolet, elle pouvoit en recevoir un; maintenant qu'elle me fait donner pour fille une demoiselle passablement femme, au moins elle a soin de dorer la pilule : elle y joint, pour me consoler, vingt mille écus de rente. Chevalier, quand vous verrez ma généreuse ennemie, remerciez-la de ma part, je vous en prie. Dites-lui que d'abord je n'ai pas été totalement insensible au petit malheur de me voir, par un sot hymen, rangé dans la foule ; mais rendezmoi justice : ajoutez que ma foiblesse n'a duré qu'un moment; qu'à présent je prends fort bien la chose. Surtout, ne manquez pas d'assurer la marquise que, malgré ma propre infortune, je me sens disposé plus que jamais à me moquer des époux malheureux... Faublas, venez-vous avec moi? — Où cela? Je vous vois superbe! Comment! l'épée! l'habit de cérémonie! Faites-vous déjà des visites de noces? — Non, des visites d'adieu, puisqu'il

Pretium defloratœ pirginitatis. Je veux qu'il y ait aussi de l'érudition dans cet ouvrage, pour qu'on y trouve un peu de tout.

faut que je parte demain. — Et vous demandez que je vous accompagne ? — Je soupe au f.iubourg Saint-Honoré ; nous mettrons pied à terre aux Champs-Elysées; nous ferons quelques tours de promenade, nous causerons. — J'y consens, pourvu que ce soit seulement de Mf"^ Je Lignolle. — Très volontiers. Me voici désormais un mari comme cent mille autres; mais n'importe, je suis toujoursdu parti des jeunes gens contre les époux... Faublas, voilà que j'y songe : n'allez pas vous mettre en tête que je vous emmène avec moi pour vous empêcher de courir où l'amour pourroit vous appeler. — Comment? — Oui, si vous aviez quelque conquête toute récente, un rendez-vous chez une jeune femme déjà fatiguée de son nouvel époux, ne vous gênez pas. — Rosambert, si vous pensiez réellement que cela fût possible, en parleriezvous d'un ton si dégagé? — D'honneur, je le crois ! L'adversité vient d'éprouver mes forces, je me sens capable de tout.

« Ainsi, je crois qu'il ne reste à l'infortunée comtesse d'autre ressource que de se retirer dans sa famille et de plaider en séparation, si M. de Lignolle la tourmente. » Quand Rosambert me parloit de la sorte, il faisoit presque nuit, et nous nous trouvions aux Champs-Elysées, à peu près en face de la maison de M. de Beaujon. M. de B... sortoit de la maison voisine. Dès qu'il me vit, il vint à

moi; il retourna sur ses pas dès qu'il vit Rosambert. Celui-ci me dit : « Il nous évite! allons à lui. Ne laissons pas échapper une si belle occasion de passer un moment agréable. » Ce fut en vain que je m'efforçai de retenir Rosambert : son malheureux sort l'entraînoit.

« Monsieur le marquis, vous nous fuyez? — Il est vrai qu'au moins je ne vous cherche pas, lui répondit-il d'un ton fort sec. — En effet, beaucoup de gens m'ont assuré que vous me gardiez de vifs ressentimens. Je vous avoue que je suis très curieux et très impatient de savoir les raisons... — Croyez-vous que je me gênerai pour vous les dire?... Bonjour, Monsieur le chevalier, continua-t-il en me donnant la main. Hier vous avez dû recevoir de Versailles... — Oui, son brevet, interrompit Rosambert. Il l'a reçu. — Je l'ai reçu, Monsieur le marquis, et je suis bien sensible à cette preuve de votre...» Le comte, à mon tour, m'interrompit : « Faublas, c'est monsieur qui l'a demandé pour vous? — Oui , c'est moi. Qu'y a-t-il là qui doive vous faire rire? — Quoi! Monsieur! madame la marquise, de son côté, ne l'auroit pas un peu sollicité? — Pourquoi non? la marquise est une excellente femme, disposée à rendre service à tout le monde, à tout le monde, vous excepté! — J'en demanderai toujours la raison. — La raison?... Monsieur le comte, quand on se croit aimable au

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