‹ Les amours du diable, opéra-féerie en quatre actes, neuf tableauxChapitre 12 sur 48 · TH · texte numérisé non relu

TH

Quand on a peur.

PATERMCK de même Toi dans mes bras?

GOTH

C'est d'ia frayeur!

(L'orage redouble.) PATERRICK

Risquons rbaiser' (Il l'embrasse.) Pas de colère.

GOTH

Je meurs d'effroi.

PATERNICK

Quel doux combat, Entre l'amour el le tonnerre'

(Embrassant Golb et se frottant la joue.) Mais cette fois, c'est sans éclat!

(Sur un coup de tonnerre ils se rapproebent et tremblent plus fort.)

GOTH

Dieu, comme je tremble, etc.

PATEUMCK

Mais trembler ensemble, ele ENSEMBLE Vive le tonnerre, Son bruit et ses feux, Us sont faits pour plaire A des amoureux' (On sonne avec force à la porte extérieure de la tour.)

paterisick embrassant encore Goth Allons! bon! v'ià qu'on vient nous déranger! quand on est occupé! c'est insupportable!

GOTH

Ah! ça, veux-tu bien aller ouvrir?

PATERNICK

Inutile! attendu que là vieille porte n'ayant pas de serrure, elle est toujours ouverte. Tiens, vois plutôt!

NflVJ, Il

les mêmes, FRÉDÉRIC, HORTENSIUS

Frédéric entrant Quel temps! quel orage! quelle pluie!...

Il jette son manteau sur un fauteuil.

HORTETisius à Paternick et à Goth Allons! manansîdu feu dans celte salle! Allumez des flambeaux! el puis, grande chère el bon vin!

paternick à Hortensius Monseigneur est donc monseigneur, pour commander ainsi?

HORTENSIUS

Je suis le gouverneur du comte Frédéric, votre naître, que voici, et nous moutons tous deux de froid et de faim!

FATERN1CK.

Quant au feu... voilà Goth qui vient de l'allumer... mais, pour ce qui est du reste, nous n'avons pas, dans celte vieille tour, de quoi nourrir un lézard!

Frédéric riant. Et de quoi vis-tu?

PATEUÎSICK

Je vis au château de monseigneur... de la cuisine de monseigneur... ayant l'agrément d'être le fils de son intendant!

fredfric avec insouciance Je n'ai plus de château, mon garçon, plus d'intendant! et j'en suis fâché pour M,le Goth... que j'aurais couronnée rosière... rien que pour ses jolis yeux! goth faisant la révérence A vol' service, monseigneur...

hortensius Encore celle-là! il n'en manque pas une! Allons, sortez, vous autres! laissez monseigneur à ses rêveries, paternick à Goth, sortant Le jeune est gentil! mais le vieux ressemble à notre boule-dogue... quand il n'a pas diné...

hortensius. Allons! allons! sortez! {Ils soitcnt.)

SCEXK III

FRÉDÉRIC, HORTENSIUS hortensius examinant la tour Voilà donc ce qui nous reste de trois châteaux! et de

notre forlune! une vieille masure! vrai nid de cigogne... où nous serons bientôt réduitsà mourir de faim... comme le sire Ugolin!

FREDERIC

Eh bien! mon cher gouverneur, c'est le cas, ou jamais, de me donner une leçon de philosophie!

HORTENSIUS

Jouer le manoir de ses ancèlres! et le perdre! frederic gaiement ,

Ah! voilà ce qu'il y a de (lus fâcheux! mais, que voulez-vous? celte coquette de Phcebée m'avait tourné l'esprit! Et puis, la colère s'en est mêlée... j'aurais joué jusqu'à mon gouverneur... si l'on avait voulu le prendre pour enjeu!

HORTENSIUS

Par bonheur... il vous reste, pour vous consoler... vous servir...

fredlric vivement A souper!

HORTENSIUS

Vous servir de père, jeune homme! vous enseigner la résignation et la sagesse!

FREDERIC

Parbleu! je suis bien forcé d'être sage! maintenant que je n'ai plus le moyen dêlre fou!

uortensics. Il est bien temps!

frederic regardant autour de lui

Le fait est que ça n'est pas beau, mon nouveau palais! et fort mal meublé! Ah! ah! qu'est-ce que je vois là? des livres!

HORTENSirs. Nous les lirons...

FREDERIC

Non vraiment! nous les vendrons!

HORTEIfSILS

Des livres, c'est la nourriture de l'esprit!

fkederic riant. J'aimerais mieux celle du corps! hortensics lui donnant un bouquin

Tenez... nourrissez-vous!

frederic assis, ouvrant le volume et lisant

« Traité d'alchimie! moyen de faire de l'or! » Diable! cela vient bien à propos! « Pour faire de l'or, prenez beaucoup d'argent. » Et plus loin : « Pour faire de l'argent... procurez-vous beaucoup d'or. » Parbleu! le difficile, c'est de s'en procurer!

11 le jette loin de lui.

uortessiis lui présentant un autre volume Voyez celui-ci...

frederic lisant Manuel du vrai pharmacien. {Riant.) Allons donc! il n'y a pas là de remède à nos maux!

hortehsius prenant un livre orné de figures cabalistiques. Qu'est-ce que c'est que ça?

FREDERIC

Un livre de magie! donnez! j'ai toujours eu du goût pour le diable!

hortensics effrayé

Ah! mon élève! quel blasphème! et ici... dans cette lour... qui por(e son nom!

FREDERIC

Justement! c'est le cas de s'occuper de lui! (Lisant.) Histoire des démons. Il y a des démons des deux sexes. Le démon mâle est plus cruel... le démon femelle est plus perfide... Juste comme ici-bas!... [Lisant.) Leur roi se nomme Belzébulh, et l'on peut l'évoquer avec les paroles suivantes : Wiriam! Manassès! Eurolhas! en étendant les mains vers l'Orient, et en l'appelant par trois fois. Eh bien! mais voilà une ressource!

VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEL Archives - Archief

hortensius l'arrêtant en tremblant Monseigneur! M. le comte! ne l'appelez pas! il n'aurait qu'à venir!

frederic. Mais j'espère bien qu'il viendra!

HORTENSITS

Un pareil hôte avec nous... quelle société!

FREDERIC

Raison de plus! nous en manquons... (// ouvre le livre et s'apprête à lire.) Je commence... Manassès!... noRTENSii's à ses genoux

Par pilié pour vous... pour moi... n'évoquez pas le Maudit! comme votre trisaïeul qui s'est donné à lui!

FREDERIC

Mon trisaïeul n'a pas su s'y prendre. . (Lui montrant le livre.) Tenez, lisez ceci : Ceux qui prient Ij diable deviennent ses esclaves... Ceux qui le commandent sont ses maitres... Et je veux être le sien! hortensius épouvanté On dirait qu'il l'entend! voici le tonnerre qui redouble!

Frédéric lisant, la main tournée vers l'Orient Manassès! Miriam! Eurothas!...

On enleml un bruit souterrain.

HORTENSIAS

Ali! miséricorde! c'est lui! le Maudit! je me sauve!

Il sort, épouvanté.

FREDERIC

Roi des démons! viens à moi! je le veux! (Le bruit augmente. Les éclairs %e. succèdent rapidement. — Continuant.) Esclave! viens à moi! Maudit, à moi!... (On entend un grand éclat de rire.) Qu'éprouvé-je donc? un nuage se répand sur mes yeux' mon cœur se glace dans ma poitrine! il me semble que la vie me quitte... Est-ce la mort? est-ce le sommeil?

Un coup de foudre «claie, et Frédéric tombe sur la terre comme foudroyé. A ce moment, et sur une musique mystérieuse, on voit la cheminée de la tour s'agrandir et s'exhausser; puis la plaque du fond s'entr'ouvre. Un paie rayon de lune se projette par l'ouverture, et sur ce jet lumineux s'avance majestueusement Belzébulh, l'œil en feu, le front menaçant. A ses pieds est accroupie Urielle, démon de l'ordre féminin, immobile et n'osant regarder son terrible maître.

Page 1