IL A ETE TIRE DE CET OUVRAGE
Quin!{e exemplaires sur Hollande Van Gelder Zoonen, numérotés de i à i5
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Des sept poètes qui constituèrent la Pléiade, tant célébrée par les historiens de lettres, l'un des moins connus est, certes, Estienne Jodelle. Bien que son nom soit dans toutes les mémoires, qui peut se flatter d'avoir lu ses oeuvres ? Il fut célèbre en son temps, mais son insouciance à recueillir des ouvrages qui lui avaient valu la faveur royale, tut telle, que la plupart de ceux-ci se perdirent. Aussi ne fallut-il rien moins que la sollicitude de ses amis pour que l'on gardât quelque témoignage de sa muse greco-latine. Le recueil qui les contient parut pour la première fois en 1674, un an après la mort du poète. Il offre tout à la fois, un mélange d'essais juvéniles — assez justement dénommés dans la préface « l'Adolescence de l'auteur » — et de pièces de circonstance, odes, sonnets, épithalames à la louange
des grands, auxquels se joignent une Comédie fort plaisante, VEugene et deux tragédies Didon et Cleopâtre, renouvelées des anciens.
Le succès d'un tel livre fut assez vif pour nécessiter sa reimpression en i583 et en iSgy, mais il ne justifia pas, que nous sachions, le dessein qu'avait son premier éditeur, Charles de la Mothe, de le faire suivre de quatre ou cinq tomes, à peu près semblables, dont on possédait alors la matière. Que sont devenus ces manuscrits inédits du poète? Nul ne le sait, et ne le saura sans doute jamais, tant d'orages ayant détruit, depuis cette époque, les meilleurs monuments de la tradition, et d'autre part, la postérité se montrant rebelle aux rimeurs. Des siècles ont passé; l'oubli est venu, et peut-être Jodelle ne fournirait-il de nos jours qu'un simple nom, qu'une épithète aux anthologies, si la gloire de Ronsard, dont il avait été le disciple et l'ami, ne l'eut éclairé de son reflet. Le xix^ siècle, on le sait, affecta de réparer les injustices des siècles qui le précédèrent. On s'informa des écrivains de la Renaissance. Les gloses provoquèrent des curiosités. Nous eûmes un jour une édition de la Pléiade. Jodelle parut pour la quatrième fois et son mérite, jadis obscur, s'accrut du zèle de ses commentateurs. 11 devint pour tous, le père de notre théâtre national, bien que ses pièces ne soient pas, à proprement parler, des œuvres originales. On vanta les mérites de son vers rude, mais puissant, et si français, qu'une édition de ses poèmes peut, ainsi qu'on le vérifiera, se passer de tout commentaire philologique.
Il est aujourd'hui une sorte de grand ancêtre duquel on ne saurait écrire sans montrer quelque circonspec-
tion. Qu'on nous permette donc de l'honorer à notre tour et de le révéler à tous ceux qu'intéresse l'évolution du sens lyrique. En réimprimant, sur les originaux, les meilleurs de ses poèmes, nous ne nous dissimulons pas les critiques que ne manqueront pas de nous faire quelques curieux surpris de ne point trouver ici ses pièces tragiques. Nous oserons le dire, ces ouvrages caducs, au style ampoulé et solennel, ne nous ont pas paru offrir un si vif intérêt (i) que nous devions élargir notre cadre ou restreindre un choix qui montre réalisés l'inspiration tour à tour grave et enjouée, et l'éloquence hautaine de notre auteur.
Ad. B.
(i) Ainsi qu'on le verra, nous avons fait exception pour les Chœurs de la tragédie de Didon, que nous réimprimons en partie. La Comédie de VEugéne ne saurait inspirer, non plus, un tel jugegement. C'est une des œuvres les plus spirituelles de notre Théâtre comique.
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