AUTRES SONNETS
SUR UN PORTRAIT d'uNE RESURRECTION
AMOUR est le grand Dieu qui nos cœurs resuscite Apres que dedans nous il nous a faict mourir Pour un autre séjour une vie acquérir Qui belle et glorieuse en bon-heur se limite.
Ainsi voit-on des grains la sepmance petite
Mourir dessoubz la terre, et puis après sortir
Comme resuscitée à fin de consentir
Que l'amoureuse mort ung renaistre mérite.
La sueur va devant l'acquest de la vertu :
Jésus ressuscita quand il eut abatu
Du manoir infernal la maudite puissance :
Ainsi domptant l'enfer de toutes passions
Je veux ressusciter en voz perfections
Et mourant en mon cueur prendre en vostre naissance.
LE mal dont je me plains depuis un si longtemps, L'etfort d'une rubarbe, et l'extrême foiblesse Ou ma grieve douleur ha reduict ma jeunesse Qui me semble seicher en l'avril de ses ans ;
La furie et l'horreur de mill' élancemens. Ne représente rien qu'une mortelle angoisse, A mes sens accablez du mal qui les opresse Comme s'il deust finir le cours de mon printemps.
S'i seroit-ce bien peu sans une triste absence.
Qui me frustre les yeux du plus beau de la France,
Que je n'ay l'heur de veoir estant loing de la cour.
Infortuné séjour, cruelle maladie :
Le jour m'est une nuict, c'est ma mort que la vie,
Puis que je ne voy plus les feux de mon amour.
MADAME, vous devriez, pour le bien de la France, N'aller jamais sans masque et couvrir ce beau tein Qui de son seul regard fait un trop grand butin De tant de cœurs réduits soubs vostre obéissance.
Tous ceux que je connois vous portent révérence Ainsi qu'à leur Déesse, ores que dans le sein Ils ayment mieux couvrir un brasier inhumain Que monstrer en ce feu leur vaine outrecuidance.
Mais nonobstant le masque on voit encor voz yeux On voit la taille droite, et ces rets précieux Qui pourroient enflammer la neige Pyrenée.
Ne vous masquez donc point de peur qu'en ce perdant
On ne voye si peu d'un visage attirant
Puis que c'est le bon-heur de nostre destinée.
BEAUX yeux, fiebvre, destin cause de ma tristesse Dont les regards, la flame et le malheur forcé Ont navré, aflfoibly, et du tout renversé Mon cœur, mon cor[p]s malade, et l'heur de ma jeunesse.
N'estoit-ce pas assez qu'une belle Déesse
Sous une face humaine eust si fort offensé
Ce peu de liberté qu'Amour m'avoit laissé
Sans qu'une fiebvre encor prit vers moy son adresse.
Mais je me plains de peu, ayant perdu mon ame Esclave dessous vous, ce n'est rien que la flame, D'une fiebvre soudaine et le Ciel irrité :
Ainsi un Roy captif de son brave adversaire. Que le destin cruel mect au rang de forsaire, Regrette son Royaume et non la liberté.
SANS languir si long temps en ceste fiebvre ardente. Que ne meur-je soudain libre d'affection, Exempt de ces malheurs ou nostre nation Se plonge d'elle mesme en sa guerre sanglante.
Aussi la seule ardeur en la mort me contente.
Puis que je bruUe au feu de mon affection
Ne vaut-il mieux mourir de telle passion
Qu'en mourant vivre ainsi du mal qui me tourmente
Ha! vie langoureuse : ha! trespas souhaitté,
Mes mortels ennemis tous deux je vous souhaitté,
Et je vous hay tous deux en toute extrémité.
Je souhaitté la mort pour finir mes douleurs
Mais las tout aussi tost ma vie je regrette
Pour l'heur que j'ay de voir les beautez ou je meurs.
,UE ces monts de Fourviere et de la Citadelle Me représentent bien un lieu trop eminent Ou sans yeux, sans esprit, sans aucun jugement Je suis enflammé d'une ardeur immortelle.
Mon indiscrétion aux François naturelle, M'avanture en ce lieu où je puis seulement Espérer un desdain, un mescontentement Trop indigne loyer d'une amitié fidelle.
Faute de jugement, faute d'expérience,
M'ont fait voir de trop près un Soleil de la France.
Que veux-je moins de veùe, ou bien plus de pouvoir.
Non je ne me deu[l]x point d'avoir eu tant de veiie : Je me plains que ma foy soit si mal reconnue Et qu'un respect arreste un si ferme vouloir.
MADAME, près de vous quelque éblouissement Saisit mes sens esmeus d'un estrange marlire, Si bien que transporté je ne puis rien escrire, Rien faire ou discourir qu'avec estonnement.
J'adonne mon esprit à penser seulement En ces perfections qui vous sçeurent eslire Pour un des beaux subjects ou l'amoureux Empire A réservé l'honneur de son avancement.
Mais depuis qu'eslongné de vostre belle face, Je ne puis qu'en pensée admirer vostre grâce, Sans cesser nullement j'escri[s] de vos beautez.
Je discours de vous seule, en vous seule je pense Tel qu'on voit l'Usurier qui craint en son absence Que ces riches trésors ne luy soient emportez.
Avertissement
Vie d'estienne jodelle par G. Colletet Bibliographie