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Paris So <$e <> | JBRAIRIE ARMAND COLIN <$e <$e <$e 5, rue de Mézières
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Amusettes de l'Histoire
Ami lecteur, qui tiens à l’instruire, ne fronce pas le sourceil devant le titre de mon livre : Les Amusettes de l'Histoire. 11 est.plus sérieux qu'il n'en a l'air. Jadis l'Histoire, en noble dame qu'elle était, écartait résolument de ses domaines les petits et les humbles qui sont légion; elle ne voulait connaitre et fréquenter que les grands
e 9 A ’ personnages, et encore elle ne voyait d'eux que le côté officiel, pompeux et décoratif. C’étaient des marionnettes habillées de pourpre et d'or, mais ce n'étaient que des marionnettes, et quand on avait fermé, après l'avour lu, le volume où étaient retracés leurs hauts faits, on se
demandait avec anscoisse si tous ces conducteurs de peuple $ PEupP avaient eu, comme le commun des hommes, des muscles, des nerfs. un estomac, des appétits ou des indispositions. ; ) PL 1
Nous avons changé tout cela. Il nous plait aujourd hui
de surprendre les empereurs el les rois dans le fonction-
nement, grotesque quelquefois, curieux toujours, de leur
pie privée, et nous cherchons le secret de leurs résolutions
plutôt dans leur santé ou leur caractère que dans les papiers des archives officielles. Il n'y a pas, a-t-on dit, de grand homme pour son valet de chambre. Les Amusettes de l'Histoire vous montreront plus d'une fois la périlé de ce mot si connu. On y verra ausst combien, dans la pie de tous les jours et de tous les hommes, le dramatique coudoie le ridicule et les bizarres enchevétrements de circonstances où se plait quelquefois le hasard. J'aurais pu faire le livre plus compact et plus lourd. Tel qu'il est, j'espère qu'il atteindra son but, tantôt de faire rire, tantôt d'émouvoir, mais toujours de renseigner et d'instruire. Que si quelques-unes de ces histoires le paraissent plus plaisantes que véridiques, je te prie, ami lecteur, en finissant, de te rappeler le mot d'un homme d'esprit : « Les histoires les plus vraies ne sont
pas toujours celles qui sont arrivées ».
CHarLes NorMAND
Un médecin comme on en voit peu.
Abba-Oumna vivait à Damas vers la fin du 1v° siècle de notre ère. C'était un médecin original et comme on en voit peu. Sa porte restait ouverte jour et nuit à tous ceux qui avaient besoin de le consulter; il ne faisait pas de distinction entre le riche et le pauvre, et quand on le blâmait de se prodiguer ainsi, sans souci de son repos et de sa fortune personnelle, il répondait :
« Malheur aux médecins qui exploitent la souffrance du pauvre! Si vous avez le moyen d’être reconnaissants, déposez votre offrande dans le tronc qui est dans mon antichambre. Je ne vous fixe pas de prix, je laisse à votre cœur le soin de me donner une récompense suffisante de mon savoir et de mes Soins. »
À ce métier, on devine qu'Abba-Oumna ne s'était pas enrichi. Beaucoup de ses malades qui auraient pu le payer riaient de sa simplicité qu’ils appelaient
sottise et ne se gêénaient pas pour oublier le tronc quand ïls partaient guéris. Quelques-uns même allèrent plus loin et poussèrent l’effronterie jusqu'à voler ce grand bienfaiteur de l'humanité. Un jour, deux étudiants, qui recevaient les lecons du maitre sans en profiter beaucoup, dérobèrent chez lui un tapis d'une certaine valeur qu'il avait acheté sur ses pauvres économies. Abba-Oumna, rentrant à la maison après différentes courses faites dans la matinée, ne trouva plus son tapis quand il voulut s’'agenouiller dessus pour faire sa prière. Il soupira, mais ne dit rien et fit sa prière sur les dalles de sa chambre, un peu trop froides pour ses vieux genoux. L'après-midi, il se rendit au bazar pour acheter un autre tapis. Les deux étudiants étaient là et devant eux était le tapis volé le matin et qu'ils offraient en vente aux passants. |
« C’est curieux, pensa Abba-Oumna, mais voilà un tapis qui ferait bien mon affaire : il a l'air chaud et velouté; n’était l’air honnête de ces deux jeunes gens, je pourrais croire que c'est le mien. Mais Dieu nous garde des imputations téméraires! Combien ce tapis? dit-il tout haut en s adressant : aux deux négociants improvisés.
— Dix sequins », répondirent-ils en se cachant le visage pour ne pas laisser voir leurs traits à Abba- Oumna. |
Mais celui-ci les avait reconnus, et, au lieu de les faire arrêter, pensant que tout péché mérite miséri-
corde, il ajouta avec bonté :
«Je vous en donnerai cinq sequins, si vous voulez. C’est ce que m'a coûté un tapis exactement semblable à celui-là et que j'ai perdu ce matin, je ne sais trop comment. »
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Il n'avait pas achevé que les deux voleurs, honteux et repentants, étaient à ses pieds, implorant son pardon. Il les releva sans bruit et Les consola.
« Vous me donnez, dit-il, la plus grande joie de mon existence, celle de voir un pécheur repentant