‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 2 sur 38 · UN BAZAR · texte numérisé non relu

UN BAZAR

qui reconnaît sa faute et promet devant Dieu de n'y plus tomber. Quant au tapis, ajouta-t-1l avec un bon sourire, vous me permettez, nest-ce pas? de le reprendre. Mais vous n'aurez pas tout à fait perdu votre peine. Je donnerai aux pauvres les cinq sequins que je vous offrais. »

Ainsi fut fait, et le parfum des vertus d’Abba- Oumna embauma longtemps Damas; mais, depuis qu'il est mort, bien des siècles ont passé, et les médecins comme Abba-Oumna sont devenus rares. Je veux croire cependant, pour l'honneur de l’humanité, qu'il y en a quelques-uns encore.

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La barbe d'Henri T”, roi d'Angleterre.

Henri [°*, roi d'Angleterre, visit au xu° siècle après Jésus-Christ; il avait été surnommé Peau Clerc, sans doute parce qu’il savait lire et écrire, ce qui n’arrivait pas à beaucoup de ses contemporains, surdorrrvar ne nogir +OUt parmi les mobs NS

AU XIH® SIÈCLE n'était pas là sa seule qualité : ül

était pieux, soumis, quand il le fallait, aux ordres de l'Église, et il en donna un jour une preuve éclatante.

En ce temps-là, les gens de distinction portaient les cheveux longs et retombant en boucles frisées sur les épaules. Quant à la barbe, la mode était de la porter longue, également frisée et divisée en touffes autour desquelles on enroulait des fils d’or. On voit d'ici les raflinements auxquels pouvait donner lieu cet usage plutôt bizarre. Mais l'Église, qui avait à cette époque la police des mœurs, voyait avec chagrin ces indices irrécusables de corruption.

l'Église.

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La barbe d'Henri [°', roi d'Angleterre. 7

Se parfumer la barbe, se la friser, y suspendre des fils, des rubans et toute autre espèce d’offrandes, était-ce une occupation suflisamment virile pour des chevaliers appelés un jour ou l’autre à défendre la Terre Sainte et à exterminer les infidèles ? Aussi les excommunications pleuvaient contre ceux qui s obstinaient à garder une coiffure aussi diabolique. Mais c'était peine inutile : la mode, l’odieuse mode triomphait de tous les anathèmes de notre sainte mère

Il fallait trouver autre chose : ce fut à Serlon, évêque de Seez, que revint cet honneur. Il officiait un dimanche matin dans l’église d’'Argen- sk Ÿ tan, quand il vit tout à coup ÉVÊQUE Du xn° srècze. entrer le -roi d Angleterre Henri [*, escorté d’une foule de seigneurs coiffés, parés et musqués comme lui. Comme il n'y avait pas de sièges, ils s’assirent sans façon sur des mannes apportées par des paysans qui, suivant la coutume d'alors, entreposaient leurs légumes et leurs denrées de toutes sortes dans le lieu saint. A la vue de ces travestissements idolàtriques qui souillaient ainsi l’église, le bon évêque Serlon ne put contenir son indignation et il parla avec force contre les mœurs

dépravées du jour.

« N'avez-vous pas honte, dit-il en s'adressant au roi et aux seigneurs, n’avez-vous pas honte d’être aussi frivoles que des femmes dans le choix de vos coif-

fures? Laissez aux pèlerins ces cheveux longs que leurs voyages les obligent à garder; laissez aux Sarrasins ces poils dont ils couvrent leur figure. Le Christ aime les têtes rases et les joues dénuées d’ornements même naturels. »

Et, comme ses auditeurs tout émus courbaient la tête sous la véhémence de ses adjurations, il s s’écria, s'adressant à un de ses acolytes :

« Thibault, apporte-moi une paire de ciseaux! »

Thibault obéit. Alors Serlon, brandissant les ciseaux et s'adressant au roi :

C’est à vous, seigneur, de donner l'exemple.

Approchez. »

Henri I‘ s’approcha, et l’évêque, animé d’une sainte indignation, lui coupa en cinq ou six coups de ciseaux les belles touffes de sa barbe et ses longs cheveux lustrés qui lui descendaient jusqu’au milieu du dos. Ce fut ensuite le tour des autres seigneurs, le comte de Meulan en tête, puis les grands ofliciers de la couronne, puis les chevaliers. Tous, les uns après les autres, durent s’exécuter.

Quand ce fut fini, le saint évêque, jetant un regard de mépris sur les boucles qui jonchaient le sol, Les bénit avec enthousiasme, et ils sortirent de l’église, rasés, rafraichis et méconnaissables. On n’osa pas rire tant qu'ils furent là; mais, aussitôt que le der- ‘nier eut franchi le seuil, les autres fidèles furent pris d’un rire fou qui retentit sous les hautes votes de la cathédrale et qui gagna jusqu'aux cleres et aux enfants de chœur. Seul, Serlon ne riait pas.

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