LI-HUNG-TCHANG
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tinctions insignes réservées aux services les plus considérables.
Le voyage de Li-Hung-Tchang prouvait d’ailleurs mieux que toute autre chose son dévouement à la cause publique : à cette époque c'était un vierllard de soixante-quinze ans environ, qui n'avait pas échappé aux infirmités que l’âge apporte avec lui, et ce n'était pas sans raison que, suivant l'usage chinois, il trainait avec lui dans ses bagages un cercueil magnifique quil utilisa du reste presque tout de suite, après son retour en Chine. La mission de Li-Hung- Tchang était d'ailleurs trop importante pour être confiée à tout autre qu'à lui. C'était après la guerre sino-japonaise. Les puissances européennes, abusant de la faiblesse de la Chine, dépeçaient sans vergogne son territoire, et un observateur attentif pouvait déjà prévoir la guerre de Mandchourie. Il s'agissait pour le plénipotentiaire chinois d'étudier la situation en Europe même et d'exploiter les rancunes ou les inimitiés qui couvaient sourdement entre les grandes puissances. On vit Li-Hung-Tchang à Paris, où il fut recu avec la courtoisie et aussi la curiosité qui ont toujours caractérisé la nation française; on le vit ensuite à Londres, où les membres les plus fastueux de l'aristocratie anglaise se disputèrent l'honneur de le recevoir. Partout sa plume de paon et sa jaquette jaune firent une profonde sensation; ce fut le lion de la saison et on n'avait rien à lui refnser. Un jour, chez le noble duc de Westminster, Li-Hung-Tchang remarqua un superbe chien — un setter anglais, je crois — qui excita vivement son admiration. Il ne cacha pas le plaisir qu'il avait à le caresser et, quand il partit, après mille et mille politesses cérémonieuses dont les Chinois ont le
secret, il fit comprendre au duc qu'il serait enchanté de garder dans la personne de son chien un souvenir durable de l'hospitalité européenne. Il y a des invitations auxquelles il faut se résigner le plus galamment du monde, et le duc de Westminster, bien qu'il aimât passionnément son chien d’arrêt, consentit à s’en séparer. Il le donna — avec un soupir de regret — à l’homme d'État chinois, qui promit d’en avoir un soin particulier, et Black, c'était le nom du chien, naturalisé Chinois sans avoir été consulté, suivit ses nouveaux maitres dont la couleur et les manières intriguaient son honnête âme de chien anglais.
Quelques mois se passèrent. Li-Hung-Tchang, qui était maintenant de retour en Chine, ne bougeait pas, bien qu'il eût promis de donner des nouvelles de Black. Le duc de Westminster, qui regrettait toujours son chien, voulut savoir ce qu'il était devenu. Il écrivit donc en Chine pour savoir si le Chinois avait été content du présent qu'il avait reçu. Point de réponse. Une seconde lettre n'eut pas un meïlleur succès. Enfin, à un troisième message, plus pressant que les deux autres, il fut enfin répondu comme on va voir. Li-Hung-Tchang, trop malade pour écrire lui-même, avait délégué ce soin à l’un de ses secrétaires, et voici comment celui-ci s’en acquitta. Je supprime les formules de politesse :
« Mylord.
« Son Excellence Li-Hung-Tchang, vice-roi du Petchili, titulaire de la Plume de Paon, etc., etc., me charge de vous faire savoir que son état de santé, toujours chancelant, l’a empêché de profiter comme il l'aurait voulu du chien que vous avez eu la gra-
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cieuseté de lui donner. Comme il lui semblait à point et que les médecins lui défendaient de prendre autre chose qu'un bol de riz matin et soir, Son Excellence a daigné en faire cadeau à ses secrétaires. Nous l’avons mangé hier au soir dans un banquet amical et, suivant l’usage de l'Europe, nous avons bu à la santé de Sa Grâce le duc de Westminster. Veuillez recevoir l'assurance de nos sentiments les plus reconnaissants. IL faut reconnaître que sur ce point spécial votre pays a des produits supérieurs à ceux de la Chine. »
On avait mangé Black! Le duc faillit en faire une maladie. Chiens d'Europe, méfiez-vous désormais de l'amitié des Chinois!
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Le fub de Sir Charles Warren.
Sir Charles Warren commandait un corps d'armée anglais dans la dernière guerre du Transvaal. C’est un bon soldat, mais, comme presque tous les officiers de sa nation, ami de ses aises, et même au milieu des circonstances les plus critiques ne renonçant pas à ses habitudes de confortable.
On sait combien les Anglais , aiment les ablutions à l’eau GÉNÉRAL KRONJE. froide; particulièrement sir Charles Warren adore son tub plus que tout au monde et ne saurait s’en passer un seul jour.
Le matin de la bataille de Vaalkrantz, bien que l'ennemi füt déjà en vue, sir Charles Warren résolut
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de prendre son tub. Il se fit apporter en plein champ la large cuvette en caoutchouc, de l’eau, du savon, et, pendant que'les troupes prenaient leurs cantonnements, sir Charles Warren, dans un costume des plus primitifs, s'épongeait et se savonnait sans se presser, avec un sang-froid tout britannique.
Arrive une estafette au grand galop : le général en chef sir Redvers Buller désire parler à sir Charles Warren.
Celui-ci tout ruisselant d’eau répond :
« Impossible, très occupé pour le moment. »
Seconde estafette au triple galop : sir Redvers Buller persiste dans son désir. Sir Charles Warren persiste dans son refus.
Troisième estafette, troisième réponse semblable aux deux autres. Le général en chef perd patience, accourt lui-même à cheval, et voilà les deux hommes en conférence sur le front de l’armée, l’un à cheval, l’autre l'éponge à la main, et pataugeant au milieu du tub. o
Les soldats anglais, habitués aux bizarreries de leurs chefs, riaient à peine. Ils rirent encore moins, quand, quelques minutes après, éclata une fusillade terrible : les Boers prenaient l'offensive et forçcaient l'ennemi à reculer. Hurrah pour les Boers! Sir Charles