‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 34 sur 38 · BISMARCK ET SES CHIENS · texte numérisé non relu

BISMARCK ET SES CHIENS

de plomb qui mettra fin à tes souffrances. Ne t’inquiète pas : c'est l'affaire d’une seconde. »

Ce disant, et sous les yeux de son ami, fou de terreur, il arma son fusil, épaula et mit le doigt sur

la gâchette. Il avait l'air si décidé que M. de Wild-

stock en oublia le marais où il était plongé jusqu'au cou. Il fit un effort surhumain pour échapper au

canon qui le menaçait, parvint à arracher ses pieds.

du mastic noirâtre où ils étaient englués et, se dressant de toute sa hauteur, il fit quelques pas vers [la

berge et vint y tomber, épuisé, presque évanoui,

mais sauvé. Bismarck le considérait toujours du même regard sardonique et méchant. On pense si Wildstock l’accabla d’injures : « Lâche:! sans cœur! misérable! »

Bismarck laissa couler sans rien dire le premier flux de paroles et il répondit toujours sans s’émou- VOIr :

« Mon bon ami, tu vois bien que j'avais raison. En ce monde, il ne faut compter que sur soi-même. … Aide-toi, le Ciel t'aidera. En attendant, tu ne seras

jamais qu’un pauvre chasseur et qu'un piètre sire. Adieu. » |

Il siffla son chien et partit sans plus de cérémonie,

laissant l’infortuné Wildstock se débarbouiller sur -

le bord du marécage.

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= Le cheval du Cosaque.

C'était en 1877, pendant la guerre entre les Russes et les Turcs. Des détachements de troupes russes traversaient à chaque ù instant Bucarest, la M capitale de la Roumanie, pour rejoindre le théâtre des opérations. [ls y étaient toujours bienaccueillis et les cadeaux qu'on leur distribuait avec libéralité, ar- A - gent, tabac, rafrai- =] chissements et Île reste, les consolaient des fatigues subies, et des étapes encore plus dures qui les attendaient de l’autre côté du Danube. La plupart du temps les corps de troupes ne faisaient que passer : l’un d’eux, un jour, avait traversé

la ville, tambours et fifres en tête, et de longs applaudissements l'avaient récompensé de sa belle tenue et de son attitude martiale. Il avait à peine disparu qu'on le vit arriver à fond de train sur la principale place de la ville.

« Place! place! place! » criait-il tout haletant.

Son cheval ruisselait de sueur et donnait les marques d’une extrême fatigue. Il l'éperonnait cependant, il le cravachait à tour de bras en criant toujours d’une voix étranglée :

« Où est mon régiment? place! place! »

Mais sa monture n'en pouvait plus. Arrivée au milieu de la place, elle flageola sur ses jambes, oscilla sans pouvoir reprendre son aplomb et enfin s'abattit comme une masse. Quelques convulsions agitèrent encore son grand corps maigre, puis elle resta sans mouvement, l'œil vitreux et les membres raides.

Le cavalier avait eu le temps de sauter à terre avant la chute de son cheval. Mais sa douleur faisait peine à voir. Il s'était agenouillé près du cadavre et il pleurait. |

« Mon ami, mon seul ami, mon pauvre cheval! » s'écria-t-il.

Et tout à coup, comme rappelé au souvenir d'une effrayante réalité :

« Misérable! misérable que je suis! Je suis déshonoré. Je ne pourrai plus rejoindre mon régiment. Je serai porté comme déserteur. J'aime mieux mourir!»

Il portait déja son pistolet d'ordonnance à la tempe. Mais les bons bourgeois de Bucarest qui avaient assisté à cette scène navrante s'interposèrent.

« Voyons, mon camarade, voyons, le mal est grand, mais 1] n'est peut-être pas irréparable. »

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Le cheval du Cosaque. 143

Le pauvre diable secouait la tête et refusait de se laisser consoler. Alors un des curieux eut une inspiration digne d’un grand cœur, et, ‘tant son chapeau :

« Allons, messieurs, dit-il, c'est à nous qu'il appartient de le consoler et de le mettre en état de rejoindre les siens. Un peu de courage à la poche. Je vais faire le tour de l’honorable société. »

À cet appel chacun de fouiller dans son porte-monnaie. La quête fut fructueuse et quand on lui en remit le montant le Cosaque se confondit en remerciements. |

Puis chacun s’en alla à ses affaires et le Cosaque, encore tout tremblant d’émotion, se remit en marche. Il était arrivé à l’autre bout de la place quand, quittant sa démarche accablée, il se retourna soudain, mit deux de ses doigts dans sa bouche et en tira un coup de sifflet strident. O miracle! à peine le son aigu et strident avait-il retenti que le cheval prétendu mourant leva la tête, se dressa sur ses quatre jambes avec plus de rapidité qu’on n'aurait pu l’attendre de son état et détala du côté de son maitre. Un! deux! le Cosaque était dessus, rendait la bride, et voilà nos deux fripons partis l’un sur l’autre au milieu d’un nuage de poussière. Quel tour, mes amis! On en parlé encore à Bucarest. Inutile de dire que le rusé Cosaque et son complice n'ont jamais repassé par là : ils ont bien fait.

Une manière spéciale d'aimer le chien.

L'homme est l'ami du chien, c’est entendu!

Encore faut-il que cette amitié soit de bonaloietnesoit pas uniquement dictée par légoïsme ou quelque passion plus vilaine encore.

[Il y a quelques années Li-Hung- Tchang vint en Europe. C'était un haut dignitaire chinois, le vice-roi du Peichili ; il était honoré de la confiance de sa gracieuse souveraine, l’impératrice Tso-Hsi, et il avait le droit de porter la plume de paon et la jaquette jaune, dis-

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