SAVOIR
1° Un bahut de voyage, couvert de cuir cordouan, avec moult clous d’or et une serrure en fer forgé, curieusement adornée de figures de saints et de saintes bien plaisantes à regarder... 122 livres tournois.
« C’est au plus juste prix, dit Moutardon.
— C’est possible, répliqua le roi, mais ce bahut de voyage a été fait pour ma fille, M"° de Beaujeu : elle a un mari, il paiera. Je biffe Particle. »
2 Une petite potence en bois de charme, avec r'eprésentation en bois verni du bourreau, de ses aides, du confesseur et du patient, pour la délectation et amusement de M5 le Dauphin de France, 25 l.t. 2s.8 d.
Plus un jeu de cordelettes tressées pour serrer le cou du patient, 10 s. 5 d.
« C’est cher, dit Louis XT, mais voilà un jouet utile. On ne saurait trop tôt apprendre à cet enfant les secrets du gouvernement de l’État. Passons. »
3° Une cage (ah!-ah! nous y voilà !) en bois de chéne de deux toises quatre pieds deux pouces de longueur sur
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La dernière Fillette de Louis XI. Ce
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« Oh! le bourreau! il m'écorche vif. 196 livres 5 sous 6 deniers, et pour du sapin encore!
— Du chêne, affirma Moutardon, du vrai chêne français, du chène naturel et national pris directement par maitre Pesquidoux, mon compère, dans la forèt de Loches, apporté par l'Indre à la Loire et de là à Tours où il est au sec dans mes magasins du clos Moutardon depuis trois ans.
— Et moi, s'écria le roi, je te dis que c’est du sapin, du mauvais sapin, poussé dans les sables de la Brenne et amené par ton Pesquidoux à Tours où une main habile, la tienne, Moutardon, l’a transformé en chène authentique, parce que tu comptais sur mon âge et mes infirmités pour m'empécher d'y aller voir. Tu ne connais pas ton roi, Moutardon.
— Si, répliqua le menuisier, décidé à payer de toupet jusqu'au bout. Je connais mon roi et je sais que c’est le plus grand monarque de la terre. Mais je sais aussi que son métier n'est pas le mien. Avezvous la science infuse, Sire? Savez-vous seulement ce que c'est qu'une plinthe? Non, n'est-ce pas? Eh bien, une plinthe, Sire, c'est cette tablette carrée en bois que je touche en ce moment du pied et sur laquelle repose le meuble. Voilà ce que nous autres menuisiers nous appelons une plinthe.
— Eh! que m'importe ta plinthe! Laisse-moi tranquille avec ton jargon.
— Et une lambourde, Sire, savez-vous ce que c’est une lambourde ? Eh bien, une lambourde c’est une pièce de bois sur laquelle on fait reposer les lames du parquet. Voilà ce que nous autres menuisiers nous appelons une lambourde.
— Compère, dit Louis XI, tu parles trop : donc tu as tort. Passe-moi la toise, je veux prendre les mesures moi-même. » |
Armé de la toise, le roi vérifia soigneusement la longueur et la hauteur de la cage, en se reportant à chaque instant aux indications du mémoire. Moutardon le regardait faire, passablement inquiet de ce qui allait se passer. Quand le Roi eut bien vu, comparé, vérifié, grommelé, il se mit à genoux et entra à quatre pattes dans la cage dont il fit le tour en flairant chaque clou. Il avait toujours été tâtillon et minutieux, mais ces défauts avec l’âge s'étaient exaspérés jusqu à la manie.
Quand le roi eut achevé son inspection, avec le sans-gène et l'oubli de toute étiquette qui lui étaient habituels, 1l s'assit tranquillement dans l’intérieur de la cage comme s’il s’apprêtait à y passer son existence et se mit encore à rire, de ce même rire sec, nerveux et agaçant qui déplaisait si fort à Moutardon. Son vieux cœur passionné et vindicatif se gonflait de joie, au souvenir de tous ceux de ses ennemis qui avaient tâté ou tâtaient encore d’une cage semblable. Mais Louis XI n’oubliait pas ce qu’il était venu faire: après quelques secondes données à cette jubilation intérieure, il reporta les yeux sur Moutardon qui se tenait mélancoliquement devant la porte de la cage, la chandelle à la main, et la vue de ce gras homme réjoui, enfin triste, fit du bien à Louis XI. II s’'amusa à le dévisager sans mot dire pour augmenter ses angoisses, puis, avec une grimace de plaisir, 1l tira de la poche de son vieux pourpoint de cuir une sorte de serpette de vigneron.
« Nous allons voir, dit-il, nous allons voir. »
Avec cette serpette il gratta soigneusement la
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peinture encore fraiche dont on avait revêtu le bois.
« C’est du brou de noix, Moutardon, c’est du brou de noix. Je ne sais pas ce que c’est qu'une plinthe ni qu'une lambourde, mais je connais le brou de nOÏR
— C'est Taillebois qui vous a renseigné ? répondit Moutardon d’un ton bourru.
— Peut-être, peut-être. En attendant, voyons ce bois... »
D'un coup de serpette, il entama l’un des barreaux.
« Tiens! tiens! tiens! dit-il, je crois que j'avais rAISON. »
Moutardon ne s’approcha même pas pour voir.
Il savait bien à quoi s’en tenir. Hélas! le fait n’était que trop évident : le prétendu chêne national, facturé impudemment 196 1. t. 5 s. 6 d., n’était que du vulgaire sapin. Le hennin de M"° Moutardon et les robes des six petites filles allaient coûter cher à l’infortuné menuisier,
« Je te ferai pendre, Moutardon », dit Louis XI.
Il était difficile, en temps ordinaire, d’exaspérer | Moutardon; mais enfin la patience d’un menuisier tourangeau qui tient à son cou a des limites. Depuis un moment, le pauvre homme, énervé, ahuri, épouvanté, sentant au surplus qu'il s'était mis dans son tort et qu'il y avait des fautes que Louis XI ne pardonnait pas, jouait machinalement avec la porte de la cage. Le roi, accroupi dans l’intérieur et occupé à taillader l’un après l’autre les barreaux de la cage, ne pensait même pas que cet homme qu’il menaçait püt être dangereux. |
« Encore un, dit-il, encore un autre. Quoi! les montants de la cage aussi, et la plinthe également! Moutardon, je te ferai pendre!» |
Il y avait trop de glands humains suspendus aux arbres qui entouraient Plessis-lès-Tours pour que le menuisier prit cette parole de son royal maître pour une simple plaisanterie! ILeut peur, le sang lui monta au cerveau et sa main tourmenta plus fébrilement la porte. Il pensait à sa femme qui ne le verrait pas revenir le soir et qui n’aurait pas son hennin, à ses
six petites filles dont la dernière, Odette, était sr
mignonne, à son clos où les prunes de Damas étaient si savoureuses, à une feuillette de vin de Vouvray qu'il devait mettre en bouteilles le lendemain, à toute cette bonne existence qui lui plaisait si fort et qu'il faudrait bientôt quitter. Et justement, au moment où il aurait dü parler pour se défendre, trouver un bon mot pour faire rire le roi, une bonne plaisanterie bien grasse pour lui chatouiller la rate, il était incapable d’articuler le moindre son et se tenait funèbre et taciturne devant la monarque que ce silence même exaspérait. Si bien que Louis XI, qui ne savait pas lui-même si sa première menace était sérieuse, finit par se fâcher réellement et, poussé par l'envie d’arracher une parole, füt-ce de rage et de désespoir, à Moutardon, il répéta en ricanant :
«Je te ferai pendre, Moutardon, je te ferai pendre ! Mais ta potence, pour faire honneur à ton gros ventre, sera en chêne et non en sapin. Tu t'y connais : tu sauras faire la différence. Pense à ton salut, compère, il n'est que temps, pense à ton salut.
— Pense d'abord au tien », hurla Moutardon en jetant la chandelle à terre et en lançant la porte à toute volée sur la cage.
Le ressort joua et la porte se referma avec un claquement sec sur le roi qui s’apprêtait à sortir et qui fut rejeté violemment au fond par Le choc. Louis XI
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était pris au piège comme un vulgaire renard.
En un clin d'œil, Moutardon apercçut l’énormité de son crime. L'image d’une potence où son corps se balançait passa devant ses yeux hagards, et, ivre de terreur, il bondit vers l'escalier, tira fortement à lui la porte du cachot et tourna deux fois la clef dans la serrure. Tout cela fut fait dans une sorte de rêve halluciné où la peur lui donnait une force et une agilité extraordinaires. Une seconde après, sans qu'il sût comment, il avait grimpé l'escalier, remettait la clef au clou où La Hure l'avait prise et courait comme un fou vers le Cher pour s’y noyer.
Dans le souterrain, le-bruit de ses pas retentit une seconde à peine, la chandelle qu'il avait jetée s’éteiœnit et le caveau silencieux s’emplit de ténèbres. Horreur! le roi était là, dans un coin de la cage, si accablé par la soudaineté de l'aventure qu'il respirait à peine. Chétif et ramassé dans son angle, il tremblait de tous ses membres. Les quelques vieilles dents qui lui restaient claquaient convulsivement dans sa mâchoire : il avait peur, affreusement peur, effroyablement et inéluctablement peur. Lui, le roi, le maître, l’oint couronné du Seigneur, le fils aîné de l'Eglise, il allait mourir là, oublié de tous, perdu à cinquante pieds au-dessous du sol dans un souterrain où nul ne s’aviserait de le chercher, et son imagination malade lui représenta la découverte de son cadavre bien des siècles peut-être après, quand on démolirait le château. Louis XI n’avait pas peur de la mort pour les autres, il la craignait grandement pour lui-même. L'instinct lui mit aux lèvres une prière, mais sa gorge, serrée par l'angoisse, se refusait à laisser passer les mots et il continua à trembler comme un malade, sans bouger de la place où
l'avait jeté le premier saisissement de la peur.
Puis, peu à peu, chez ce vieillard affaibli par l’âge, mais où la volonté survivait encore, le désir de vivre éclata avec une sorte d'intensité folle. Il bondit de son coin sur les barreaux dont il avait dit tant de mal et les secoua de toute la force de ses vieux muscles usés et détendus. Ils bougèrent à peine. Il se rappela son couteau, le chercha fiévreusement sur le sol et n’y rencontra que de la boue mêlée à des corps visqueux de limaces qui lui arrachèrent un cri de dégoût et d'horreur. Il se cramponna à la porte et la tira à lui avec violence. Le ressort ne bougea pas. Il revint aux barreaux, les secoua désespérément, essaya de les ébranler à coups d’épaules, de les déchiqueter avec ses ongles, de les mordre avec ses dents. Peine inutile : ils résistaient comme du vrai chêne.
Et d’ailleurs, à quoi lui eût servi de sortir de la cage! la porte d'entrée, si épaisse, si soigneusement bardée de fer, était fermée à triple tour. Cette pensée l’accabla : la gorge sèche, le sang aux tempes, il se laissa tomber sur le sol dans un affaissement comateux qui dura plus d’une heure. Il . n'avait plus qu’une pensée, une seule, qui lui tenaillait le crâne : il allait rester là toute sa vie, là, dans cet horrible séjour des ténèbres, de solitude et d'angoisse. Mais ce qui peint bien en même temps l’homme qu’il était, inébranlable dans ses haines et implacable dans ses vengeances, il n'eut pas un instant l’idée de s’apitoyer sur les victimes auxquelles il avait infligé l'horreur d’un pareil supplice. Rester la! mourir! mourir! mourir! Il balbutiait ces mots comme un enfant et avait envie de pleurer. Tout à coup, — dernier effort d’une nature vivace et
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indomptable malgré tout, — un nouveau sursaut de rage le remit brusquement sur pied, mais, au moment où il se dressait de toute sa hauteur, sa tête heurta la partie supérieure de la cage qui avait tout juste quatre pieds d’élévation, et la violence du choc fut telle qu'il perdit connaissance.
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Éperdu, Moutardon galopait à travers la campagne. « Arrête! Arrête! » criaient les paysans qui travaillaient à leurs vignes et dont il dévastait les propriétés avec le sans-gène d’un sanglier qui va faire. un malheur. Mais ce cri justement donnait des ailes au menuisier. Il avait déjà semé en route son chaperon; un de ses souliers le quitta bientôt; l’autre ne le suivait que par un reste d'habitude. Mais c'étaient là de petits détails dont n'avait cure Moutardon. Ce grand criminel d'État, qui en une seconde d’égarement avait dépassé les forfaits des plus grands coupables, galopait toujours, fonçant droit devant lui du côté du Cher, écrasant sans pitié les choux que pourtant il aimait beaucoup, surtout dans la soupe, se cabossant aux noyers, rebondissant de là sur les échalas et tripotant désespérément dans la terre grasse et visqueuse de la riche Touraine. De temps en temps il s'arrêtait pour souffler, pressait entre ses mains sa pauvre tête et poussait un rire sauvage à l’idée de Louis XI bouclé comme un simple La Balue dans une cage à cinquante pieds sous terre; puis, ressaisi soudain par l’énormité de son forfait, pressé d’en finir avec la vie, il repartait de plus belle, misérable et désespéré sous le soleil de septembre qui enveloppait toute la nature et
mettait au cœur de tous les hommes le désir de vivre.
Une ligne d'eau qui miroitait derrière les saules fit enfin pousser un cri de délivrance à l’infortuné Moutardon. D'un bond il fut sur la rive; un autre le jeta dans l’eau. Plouf! il y tomba lourdement, comme un paquet sans âme et sans résistance; l’eau noya ses yeux, bourdonna dans ses oreilles, et sans le moindre effort, même instinctif, son quasi-cadavre toucha le sable du fond et, se relevant ensuite pour remonter, prit naturellement le fil du courant. Tout cela s'était fait si vite que Moutardon percevait encore distinctement tous les bruits du dehors. Des hommes criaient sur la rive; une voix qu'il connaissait, Sans pouvoir dire à qui elle appartenait, donnait des ordres secs et brefs; on détachait la chaîne d’un bateau et une paire de rames frappait l’eau. A ce moment, Moutardon, qui commençait à perdre l'esprit, sentit un corps dur, quelque chose comme du fer, qui lui heurtait violemment le crâne; ce même objet, qui ressemblait à un crochet, après lui avoir balafré la joue gauche dans toute sa longueur, s'inséra adroitement entre son cou et son vêtement de dessous, et Moutardon, tiré sans douceur mais non sans charme de la rivière, émergea ruisselant d'eau, déjà verdâtre, pour revenir à lui sur la berge au milieu de hoquets convulsifs et de nausées. Des figures bourrues se penchaient sur lui, il entendait des paroles qu'il ne pouvait comprendre; mais peu à peu sa respiration devint plus régulière, la couleur de la vie reparut à ses joues, et quand il ouvrit les yeux pour revoir la douce lumière du jour, 1l apercçut entre le soleil et lui Robert de la Hure en personne qui revenait avec sa suite du clos Moutardon où: l'avait envoyé Louis XI.
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A cet instant difficile, qui n'aurait pas eu pitié de Moutardon, s1 durement puni pour une faute aussi vénielle que la confusion du sapin avec le chène? Assis sur son séant, les cheveux noyés d’eau et l'air égaré, il regarda le Cher d’un air d'infinie détresse et souhaita encore une fois le repos dans ses ondes.
« Tout est découvert! » pensa-t-il. Mais il vit bientôt que rien dans les manières de La Hure n'autorisait cette supposition. Le capitaine des gardes avait l'air presque bienveillant; ses ordres étaient précis, un peu secs, comme il convient pour tenir les inférieurs à distance, mais ils semblaient inspirés par la plus pure humanité.
« Défaites-lui ses vêtements. Brülez-lui sous le nez de la corne de cerf, »
Les hommes d'armes s’empressèrent et Moutardon pensa s’évanouir de nouveau à cette horrible odeur.
« Bassinez-lui les tempes avec du vinaigre. »
Deux vigoureux gaillards Iui bassinèrent les tempes de manière à les faire éclater.
« Prenez-le par les pieds, commanda encore La Hure, et tenez-lui la tête en bas. Il rendra l’eau quil a prise. » |
Il faillit surtout rendre l’âme. Quand on le mit sur sa base naturelle, après cette opération que l’usage imposait en ce temps-là dans l'application des secours aux noyés, il tremblait comme un vieillard sur ses jambes; des centaines de mille de petites épingles lui traversaient les pieds. La Hure lui offrit son bras — quel homme aimable c'était, ce La Hure! sans le maudit accompagnement de ferraille dont il accentuait tous ses mouvements, il eût été parfait, — et, après avoir attendu quelques instants pour lui
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donner le loisir de se remettre, il lui dit de sa voix la plus suave : |
« Vous allez mieux maintenant, mon cher ami? »
Son cher ami! quel délicieux gendarme! Moutardon n’en revenait pas.
« Oui, je vais mieux, dit-il, je vais mieux. »
La voix de Moutardon! remblait comme ses jambes et il lui semblait qu'une grande ficelle traversant son Corps était tirée par une main invisible. Mais enfin il allait mieux. |
« Vous avez vu la mort de près, fit remarquer le capitaine des gardes, qui avait les idées courtes, mais justes. |
— Oui, répondit Moutardon, et sans vous... Ah! je n'oublierai jamais votre nom dans mes prières.
— Merci, dit La Hure tout confus.
— Ni ma femme non plus.
— Ah! je vous en prie.
— Ni mes six filles, naturellement.
- - C'est trop, dit La Hure, c’est trop.
— Cela me fait penser qu'elles doivent être inquiètes, les pauvres femmes : je crois que je suis assez bien remis pour aller moi-même les rassurer.
— Êtes-vous vraiment en état de marcher?
demanda La Hure avec un intérêt affectueux, dont - le menuisier fut vivement touché.
— Mais oui, répondit-il, mais oui, jugez-en plutôt par vous-même. » |
Il fit quelques pas, de Pair gaillard d'un homme qui est resté trois semaines dans son lit et qui sort pour la première fois. :
À cette vue, La Hure changea instantanément de physionomie; il déposa le masque bonasse dont il avait couvert quelque temps sa figure plutôt rébar-
nd
bative et, reprenant sa tête de bouledogue officiel : « En ce cas-là, dit-il, au nom du roi, je vous arrête. » | Noyez-vous donc pour avoir au sortir de l’eau des surprises de ce genre-là ! Comment! ce La Hure qui venait de se donner les apparences d’un pur philanthrope n’était au fond qu'un argousin? Et quel argousin! Faisant les berges des fleuves pour arrêter les noyés. Triste métier et triste- personnage! Moutardon ce jour-là en arriva à mépriser l'humanité. Il essaya cependant de protester, d’une voix encore enrouée par l’eau un peu trop fraiche du Cher. La Hure, qui avait lu dans ses yeux les secrets reproches qu'il venait de lui faire et qui tenait à dégager sa responsabilité, l’arrêta d’un geste en lui montrant un poteau tout près de là décoré d’une inscription : « Lisez », dit-il. - Moutardon lut : |
Au nom pu Roi
Défense de se noyer dans le Cher. Tous les contrevenants au présent arrété seront passibles des peines portées par la loi.
La Hure expliqua : le Cher est une rivière royale, Sa Majesté l’a réservée pour son usage personnel et celui des nombreux clients qu'elle expédie par eau jusqu’à la Loire. Tenez, en voici un qui passe, confortablement emmailloté dans un sac de cuir que j'ai préparé moi-même, ce matin.
En guise de conclusion, il ajouta, la main gantée de fer sur l'épaule du pauvre homme, tout transi dans ses vêtements encore mouillés :
« Suivez-Mmoli. »
Moutardon suivit, accablé par tant d'émotions qu'il
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en était devenu presque idiot. Le cortège s’achemina vers le château du Plessis. En tête marchait La Hure, bruyant et digne, bombant sa poitrine couverte de fer où le soleil allumait un feu d’artifice; venait