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BUSTE D'ENFANT Marbre de Donatello conservé dans une culièrement, tout en
collection privée à Vienne (Autriche).
dessinant les plans du fameux dôme de Sainte-Marie-des-Fleurs, à Florence, occupait ses loisirs à sculpter des statues de saints ou des objets de piété pour les sanctuaires si nombreux de la ville. Il s'était établi ainsi entre les
Rivalité amicale de Donatello et de Brunellesco 47
deux amis une sorte d'’émulation gaie et vive, qui n'allait pas cependant jusqu’à la jalousie. Donatello avait un jour fait un crucifix de bois pour l’église de Santa-Croce (Sainte-Croix), celle qu'on appelle le Panthéon de l'Italie, parce qu’on y a pris l’habitude d’y enterrer les hommes célèbres du pays. Admis à le voir, Brunellesco, après l'avoir considéré quelques instants, se contenta de sourire. Un peu piqué, Donatello lui en demanda la raison.
« Donatello, dit Brunellesco, c'est un paysan que tu as cloué sur la croix et non le fils de Dieu.
— Vraiment, repartit l’autre, tu en parles bien à ton aise. Fais-en donc un autre qui vaille le mien : je l’attends avec confiance. »
Brunellesco ne répondit pas, mais, quand les deux. amis se furent séparés, il rentra chez lui et se mit aussitôt à l’œuvre.
« Eh bien, ce Christ, ce fameux Christ? lui disait de temps én temps Donatello.
— Patienza, Donatello, patienza, tout arrive à point à qui sait attendre. »
À force d’être rebuté, Donatello n’en parla plus, et le Christ était bien loin de sa pensée, quand un beau jour Brunellesco l’invita à déjeuner chez lui. En ce temps-là, les mœurs des artistes, même les plus grands, étaient simples et frugales, et Brunellesco, qui n'avait pas de domestique, faisait son ménage lui-même. Ils s’en allèrent tous deux au Mercato Vecchio (Vieux Marché), et Brunellesco acheta du chevreau, des pastèques, des œufs, du fromage de Gorgonzola.
« Tiens, dit-il à Donatello, porte tout cela à la maison. Il faut encore que j'aille acheter une fiasque de Chianti pour compléter le festin. »
Chargé de tous ces mets succulents, Donatello se rendit à la maison de son ami. La porte était à demi ouverte, il la poussa et entra dans laitelier. Au milieu de la pièce se dressait un crucifix auquel Brunellesco travaillait depuis de longues semaines. Pâle, le corps frémissant de douleur, le visage angoissé et retenant cependant une lueur céleste d'espérance, le Christ était cloué sur la croix. Le spectacle était si beau, l’œuvre était si émouvante, que Donatello poussa un cri et laissa tomber de stupéfaction tout ce qu'il retenait dans ses mains : beurre, œufs, fromage et le reste. Ce fut un désastre complet : adieu le déjeuner!
Au même moment, Brunellesco arrivait. Il se mit à rire en voyant l’effarement admiratif de son ami.
« Il paraît, dit-il, que nous déjeunerons par cœur aujourd'hui. |
— Ah! dit Donatello, pour ma part, je suis rassasié ce matin. Brunellesco, mon ami, pardonne-moi ce que je t'avais dit : à toi, il appartient de sculpter des Christ; je me contenterai désormais des paysans ! »
Les deux œuvres existent encore : le Christ de Donatello est à Santa-Croce, celui de Brunellesco à Santa-Maria-Novella. Je les ai vues toutes les deux; oserai-je dire que si javais à choisir, mon cœur pencherait plutôt du côté de Donatello, et que celuici, dans ce tournoi amical, me paraît plutôt avoir remporté la victoire devant la postérité. Raison de plus pour admirer sa candeur et son parfait désintéressement.
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Naïveté des Indiens.
Dans les premiers temps de la conquête de l'Amérique, les Espagnols accablaient les indigènes de mauvais traitements. Pour les obliger à chercher de l’or, ils les rossaient à coups de fouet, ne leur donnaient pas une nourriture suffisante et, quand ils s échappaient, mettaient à leurs trousses de gros dogues dressés à chasser les Indiens et à manger de la chair humaine. À Cuba, cette exploitation sauvage et inhumaine fut telle que les Indiens, n'ayant plus d'autre voie pour y échapper, résolurent de se tuer. Bientôt, sur les plantations, on les trouva pendus par groupes de cinq ou six aux branches des manguiers ; un des propriétaires les plus sévères de la contrée, le señor don Juan Hanez Porcallo, en perdit ainsi, en une semaine, plus de cinquante. C’était la ruine chacun de ces esclaves représentait une forte somme et Porcallo, ne pouvant plus les exploiter, allait être obligé de vendre ses terres à perte. Son intendant don Fregorio Vasconcellos le sauva. Un jour que les esclaves de la plantation encore survivants étaient réunis, mornes et taciturnes, dans une cour
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5o | Les Amusettes de l'Histoire.
de lhacienda, il s’approcha d’eux une corde à la main et dit : ( « Mes chers amis, il paraît que vous êtes tous
décidés à mourir pour aller retrouver vos parents et vos amis qui sont déjà partis. Eh bien, puisqu'il en est ainsi, vous ne vous enirez pas tout seuls.
Le seigneur Porcallo a résolu d'établir une plantation dans l’autre monde où vous voulez aller et c'est moi qu'il a chargé de vous y accompagner. Une fois là-bas, je vous surveillerai et je vous donne ma parole d'honneur que vous travaillerez deux fois plus qu'ici. Je ne parle pas des coups de fouet : vous savez quelle est mon habileté