‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 10 sur 51 · Renseignements fournis par .M. le marquis de Beauchesne · texte numérisé non relu

Renseignements fournis par .M. le marquis de Beauchesne

LES ANCÊTRES d'aLFRED DE MUSSET G?j

rien à désirer » ; l'autre, Champrin, dont le certificat est appuyé par cinq camarades de Musset, atteste « qu'il n'a point cessé de se comporter avec zèle et patriotisme ' ».

i\ous le voyons « chef aux entrées au magasin des effets à Tours », magasins de l'armée de l'Ouest, depuis le 1" messidor an III

1. Voici d'après les Archives du Ministère de la Guerre deux pièces se rapportant à cette période de la vie de Victor de Musset.

Le citoyen Veilhan, directeur de l'hôpital militaire do Marmoutier atteste que le citoyen Victor-Donation Patay, agent des hospices militaires, travaille depuis le 20 thermidor audit hôpital de Marmouticr avec zèle et intelligenoe, atteste en outre que ses opinions sont celles d'un bon républicain et que son civisme no laisse rien à désirer. En foi de quoy. Marmouticr-lès-Tours, le 30 fructidor an H.

Veilhan.

Certificat de résidence, citoyen PaÛiay.

Nous soussignés Directeur de l'hospice militaire de Marmouticr certifions à tous qu'il appartiendra que le citoyen Victor- Donatien Musset-Patay âgé de 26 ans passés, natif de la Vaudourière, district de Vendôme, département de Loir-et-Cher, employé audit hospice suivant la commission qu'il en a reçu du citoyen Lamors directeur général des hospices de l'Ouest en date du 8 thermidor, 2» année rép., est resté constamment et sans interruption attaché à l'hop. nv de Marmoutier depuis cette époque et qu'il n'a point cessé de s'y comporter avec zèle et patriotisme ce qui est attesté de plus par les citoyens Louis Guinnebaux, Louis-Michel, Le Chapellier, Jean -Baptiste Senamand et Piern; Boilève, tous quatre employés audit hospice de Marmoutier.

En foy de quoy,

Le Df Champrin.

(19 juin 1795) jusqu'au l'^'' prairial an IV (20 mai 1796).

Dans une lettre écrite sous la Restauration ({"■janvier 1822), Victor de Musset affirme « qu'étant employé militaire, il eut le bonheur d'arracher en 1793, 1794, 1795, plusieurs victimes à l'échafaud ». « De ce nombre, ajoute-t-il, était M. Jolivet, attaché à S. A. R. Monsieur. Ce prince lui envoya la croix (en 1814) par M. le comte François d'Escars. »

Paul de Musset, dans sa Biographie (T Alfred de Musset^ est moins précis que son père et plus dramatique.

Victor de Musset, dit-il, rencontra sur la route de Tours un noble condamné à mort qu'on reconduisait {sic) à Paris pour le livrer à l'échafaud. La vue de ce malheureux lui inspira une pitié profonde. Sous les fenêtres d'une auberge où les gendarmes s'étaient arrêtés, il amena une charrette chargée de foin, y reçut le prisonnier, partit avec lui par des chemins de traverse qu'il connaissait et se déroba aux. poursuites. Cette prouesse aurait pu lui coûter cher, si le général Marescot, qui s'intéresssait à lui, ne l'eût mis en sûreté à l'ombre du drapeau en le prenant à son service.

Tout cela est possible, mais il n'en est resté aucune preuve.

Que Marescot, qui était de Tours, s'intéressât à Victor de Musset, soit parce qu'il lui était apparenté par les liens de cousinage, soit qu'il eût connu son frère, d'un an plus âgé que lui, à la Flèche, c'est certain ; mais, entre le moment où Musset quitta le service des hôpitaux et celui de l'habillement et l'époque où il entra dans l'administration du génie, où Marescot fut de bonne heure tout puissant, nous le trouvons nanti d'un autre emploi.

Du 3 pluviôse an V (2*2 janvier 1797), au 18 frimaire an Vl (8 décembre 1797), il est « employé dans l'administration de l'enregistrement et des domaines ». Puis, interruption de deux ans, à la suite de laquelle commence l'existence parisienne de Victor de Musset.

Dans une note de 1811 « certifiée véritable » par lui et signée « V. de Musset », il

affirme « qu'il a servi onze ans dans le corps du génie » et a qu'il a fait la campagne de Marengo ». Il y a du faux et du vrai. Avoir été à Marengo, il faut bien l'admettre, puisque c'est lui qui le dit, mais ses états de services elles pièces officielles n'en gardent pas trace. Il est vrai qu'à cette date de 1811, il entrait au ministère de l'intérieur et qu'il pensait — je le calomnie peut-être — qu'il n'était pas mauvais d'y avoir l'air un peu militaire ^

1. Aux Archives Nationales, F. 17 se trouve le résumé suivant des services de Victor de Musset :

ans. mois, jours.

Chef du secrétariat général du bureau central des commissairos ordonnateurs et des guerres de l'armée de l'Ouest depuis le I^"^ ventôse an II (19 février 1794) au 21 thermidor an H (8 août). 5 20

Agent des hôpitaux militaires depuis le 21 thermidor an II jusqu'au !'"■ messidor an III (19 juin ■1795) 10 10

Chef aux entrées au magasin général des effets militaires de l'armée do l'Ouest depuis le 1" messidor an III (19 juin 1795) jusqu'au 1" prairial an IV ("20 mai 1796) H

Employé dans l'administration de l'Enregistrement L't des Domain(^s du 3 pluviôse an V (22 janvier 1797) au 18 frimaire an VI (8 décembre 1797) 10 16

Employé en qualité de 1" rédacteur au bureau contrai des fortifications du 1" pluviôse an VIII (21 janvier 1800) au 14 janvier 1805 . .

Nommé ciief de ce bureau et de celui de l'Inspection générale du génie;, 24 nivôse an XIII (14 janvier 1805) au 1" octobre 1811 Il 9 21

Le l^'" pluviôse an VIII (21 janvier 1800) il fut nommé, grâce à Marescot, « commis titulaire au bureau de l'inspection du génie » avec 2 400 francs d'appointements. Il se peut que Marescot qui fit, en effet, la campagne de Marengo Tait emmené comme secrétaire; mais, encore un coup, nulle trace officielle n'en est venue jusqu'à nous.

Du 1*^'" vendémiaire an X au l*^'" vendémiaire an XI, il est réduit à 2 000 francs. Quelque chose arrêtait l'essor de sa carrière et c'était peut-être de n'avoir aucun grade militaire, carie T'" germinal, an XI, il est nommé garde du génie de 2' classe et le P'" messidor, gardeadjudant du génie. Il monte successivement. A la création de la première inspection générale du génie, il s'y voit attaché; puis, le 13 janvier 1805, il devient chef des bureaux des dépôts des fortifications, en remplacement de M. Santot, démissionnaire. Le 23 décembre 1807, il est confirmé dans cette fonction.

Brusquement, en 1811, il bifurque dans cette carrière qu'il semblait devoir parcourir aisément. Le 10 octobre 1811 il donne sa dé-

mission d'adjudant du génie par une lettre au ministre de la guerre. Elle est acceptée par décision du 11 octobre, n°406.

Monseigneur, disait-il au ministre, S. E. le ministre de l'intérieur ayant bien voulu m'accorder un emploi dans ses bureaux, j'ai l'honneur de prier Votre Excellence d'accepter ma démission d'Adjudant du génie.

Attaché par le général Marescot h. la première inspection générale du génie depuis la création de cette dignité, nommé chef des bureaux particuliers par ce général, confirmé par Votre Excellence et continué par Son Excellence Monsieur le comte Dejean, j'ai tâché de mériter les suffrages de mes chefs et j'ai regretté amèrement que d'impérieuses circonstances me forçassent à me séparer de bienfaiteurs que mes voeux et ma reconnaissance suivront toujours.

Je suis avec un profond respect. Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.

Victor de Musset.

lû oclobrc 1811.

Que s'était-il donc passé? Marescot, avait toujours été un protecteur vigilant ; mais^ depuis 1808, il était en disgrâce et en 1811 il était condamné, Marescot qui avait signé la capitulation de Baylen, fut, de même que Dupont, emprisonné jusqu'en 1811. A cette

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époque on réunit solennellement un conseil d'enquête et la perte du général n'était douteuse pour personne. Le directeur qui l'avait remplacé avait peut-être fait sentir à Musset qu'une créature de Marescot ne saurait demeurer au ministère. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle est plausible.

Il se tourna d'un autre côté et trouva appui auprès de Montalivet, ministre de l'intérieur, qui le nomma, le 1^' octobre 1811, chef de bureau des prisons, des établissements pénitentiaires et des eaux thermales.

Dès qu'il avait vu sa situation assise, Victor de Musset s'était marié. Il avait épousé, le 2 juillet 1801, Edmée-Claudine Guyot-Desherbiers, fille d'un avocat de talent. Deux enfants étaient nés : Paul, en 1804, Alfred, en 1810. C'étaient de lourdes charges, malgré ses 16 000 francs de traitement. De plus, la maladie avait visité la maison. Il fut obligé de mettre le ministre au courant de sa gêne par cette lettre touchante :

Monseigneur, Les maladies coûteuses de ma femme et de mes

enfants m'ont réduit, depuis six mois, dans une position si pénible que j'ai été obligé d'avoir recours à M""' de Marescot. Mais son prochain départ, sa propre situation, me font ardemment désirer de lui rendre 800 francs que je lui dois encore. J'ai ouï dire que sur votre autorisation le caissier de votre ministère faisait des avances aux employés. J'ose vous le demander. Monseigneur...

y. DE Musset.

Les choses s'arrangèrent sans doute et l'on vivait tranquille lorsque survint la première Restauration. Nous savons que Victor de iMusset traversa cette période difficile victorieusement grâce à la croix de la Légion d'honneur que lui envoya le comte d'Artois par le duc d'Escars. Mais, à la seconde, il semble avoir conçu des inquiétudes. Avait-il quelques ennemis? Avail-on découvert quelque chose contre lui? On ne sait. On constate seulement qu'il fait donner ses amis.

Le comte de Montesquiou remet au ministre une note où il rappelle les services de ses ancêtres, la mort de son frère, Charles-Henri, à l'armée deCondé; l'évêque de Chàlons écrit que sil « a signalé au ministre plusieurs

ennemis de Tordre », il croit de son devoir de rappeler « la moralité, les principes, l'attachement à votre personne de M. de Musset ».

Le protégé de l'évêque de Châlons et de M. de Montesquiou ne fut pas inquiété.

Cependant sa situation au ministère n'était pas très solide et, en haut lieu, on n'attendait qu'une occasion de se débarrasser du fonctionnaire de la Révolution et de l'Empire, de l'homme de lettres peu orthodoxe.

Paul de Musset raconte que, sur la fin de l'Empire, un émigré, d'Hotland , rentré en France, chargé d'une nombreuse famille, vint faire appel à sa charité. Musset l'aurait nommé inspecteur de la Maison centrale de Melun. Musset aurait reçu l'ordre de révoquer le nouveau fonctionnaire , dénoncé comme royaliste ; par deux fois il aurait écrit à l'Empereur pour défendre son choix et finalement il aurait eu gain de cause.

La mémoire de Paul de Musset a dû se trouver en défaut; c'est bien de la prison de Melun que vint la disgrâce qui frappa son

père, mais ce ne fut pas sous l'Empire et ce ne fut pas la récompense d'un bienfait. L'événement se produisit sous la Restauration, en 1818, et fut l'œuvre de M. Laine, ministre de rintérieur. M. d'Hotelan. et non d'Hotland, cause de la disgrâce, défendit énergiquement celui que Paul représente, à juste titre, je n'en doute pas, comme un homme de bien.

Voici la lettre qu'il écrivait de Melun le 24 mars 1818 :

Monsieur,

Lorsque j'ai eu l'honneur de vous écrire pour M. Bouvier, je vous dis un mot de M. de Musset et de la peine que me faisait le malheur qu'il venait d'é^ prouver, j'ignorais entièrement la cause de cette catastrophe et je ne l'attribuais qu'à l'impérieuse économie, mais je me consolais dans lespoir que le souvenir de ses services, de ses bonnes qualités lui procurerait incessamment une autre place.

M. de Musset, qui avait gardé avec moi le plus profond silence, m'apprend aujourd'hui ce qui a occasionné la mesure prise pour supprimer son bureau. A l'étonnement où m'avait jeté la première nouvelle de cette suppression, a succédé la douleur de voir ce brave homme, victime d'un soupçon de connivence avec noire enlrcpreneur, à l'occasion de la nouvelle soupe.

La connaissance parfaite que j'ai de M. de Musset et surtout Tamour de la vérité m'obligent, Monsieur, à venir au secours de l'innocence persécutée.

La décision de Son Excellence, relativement à la nouvelle soupe, me fut annoncée officiellement le 29 janvier dernier. Content d'avoir obtenu ce que je sollicitais depuis longtemps, j'en pressai l'exécution. M. Michon, voyant que l'indemnité qui lui était accordée en raison de la cherté du blé, -allait servir pour la soupe que Son- Excellence substituait au bouillon, me fit beaucoup de réclamations et ne parut nullement content. Il fit cependant la soupe demandée, mais en même temps il écrivit à M. le préfet (2 février), pour lui représenter qu'au taux oîi étaient les denrées et où elles sont encore aujourd'hui, le prix de la soupe dépasserait de beaucoup l'indemnité, et il le priait, dans le cas où cette indemnité servirait de payement pour ladite soupe, de lui accorder cinq centimes pour cinq francs d'augmentation au-dessus du prix de trente francs l'hectolitre de blé.

M. Michon, ne recevant pas de réponse, voulut reprendre l'ancien régime, ce à quoi je m'opposai.

Il est donc bien constant que l'entrepreneur était et est encore mécontent. Eh ! où est donc la connivence? Si le caractère de M. de Musset ne repoussait pas un pareil soupçon, la mesure prise, si contraire aux intérêts de cet entrepreneur et qui l'a si fort mécontenté, serait plus que suffisante pour convaincre de son innocence.

Signé : P. -S. -II. d'IIotelan.

Ainsi, c'est sur une vulgaire question de soupe, sur une accusation de connivence avec un entrepreneur pour du pain substitué à du blé, qu'on a remercié Victor de Musset en 1818, sous prétexte d'économie, en supprimant son bureau et en le rattachant au service général des prisons.

Le préfet de la Somme, conseiller d'État, écrivit au ministre une lettre dont il est nécessaire de citer les principaux passages :

... Je veux vous parler de M. de Musset, dont le bureau vient d'être supprimé, et de sa famille. Il a l'espoir d'être replacé par Votre Excellence, mais qu'elle veuille me permettre de lui dire qu'il en a aussi bien besoin...

Il est le beau-frère de M. Desberbiers, mon allié, aujourd'hui sous-préfet de Fougères, excellent fils qui a recueilli chez lui 31. son père et M""' sa mère, tous les deux septuagénaires et le premier infirme, qui sont absolument sans fortune. En allant prendre la direction du dépôt de mendicité de Rennes, en 1816, M. Desherbiers père tomba, en sortant de la diligence à Mayence, et se cassa l'os de la cuisse dans la hanche. Il est resté estropié. M. de Musset époux de la sœur de M. Desherbiers, participe à cette bonne œuvre, à remplir ce devoir de piété filiale dont son beau-frère, avec ses modiques appointements, ne saurait s'acquitter tout seul. 31. Desher-

biers, le père, dont j'ai, Monseigneur, Thonneur d'être l'allié, est un ancien jurisconsulte de Paris, très désintéressé, qui n'a jamais acquis de fortune. C'est un des hommes les plus dévoués à leurs semblables que j'aye jamais connus. Il défendit, pendant les temps les plus terribles de la Révolution, plusieurs personnes traduites devant le tribunal révolutionnaire. Ayant ensuite été chef de division à la justice à l'époque da Directoire, il rendit d'innombrables services aux victimes de la Révolution. En l'an VII, il présida, à Paris, la bonne partie des élections de cette année-là. Il fut nommé député au Corps législatif, d'où il sortit, à son tour, en l'an XII ou XIII. Dans toutes ses fonctions publiques, il rendit des services à tous ceux qui étaient malheureux ou persécutés. Nous avons, ma famille et moi, les preuves de ceux qu'ont reçus de lui un grand nombre d'émigrés.

Venant à M. de Musset, le préfet ajoutait :

Les sentiments politiques de M. de Musset et sa conduite dans le ministère, ainsi que ses talents, sont ccmnus et appréciés de Votre Excellence ^

Un oncle qui signe de Ménisson écrit des environs de Joinville, le 22 mai :

M. Victor de Musset, mon neveu, qui me prie de

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