Grille. La peur des pois, p. 3oa
Alfred. Je confesse à votre amitié que mon cœur maternel est encore tout ému de joie et même d'orgueil... J'ai vu dans une enceinte richement décorée, contenant trois ou quatre mille personnes, les quatre Facultés, en grand costume, réunies à tous les corps enseignants, présidées par le grand-maître de l'Université, et donnant à cette assemblée tout ce qu'elle pouvait avoir de pompeux et de solennel. La famille du duc d'Orléans occupait une tribune réservée ; l'intérêt connu de ces princes pour Alfred ajoutait les douceurs de l'amitié aux prestiges de la grandeur ; c'est là que j'ai entendu proclamer le nom de mon fils, que je l'ai vu descendre les gradins aux sons éclatants des fanfares, et venir présenter sa jolie tête blonde pour recevoir la couronne qu'il avait conquise sur quatre-vingt rivaux, l'élite de la jeunesse française ; il recevait les caresses et les encouragements du chef de l'instruction publique, la famille d'Orléans le félicitait du regard et de la main, et moi, sa mère, je fusse restée ignorée dans mon coin, si mes
larmes ne m'eussent trahie; j'en versai de douces mais d'abondantes ; elles ont appris à mes voisins que j'étais l'heureuse mère de cet aimable enfant. Pendant trois jours, nous n'avons vu que couronnes, que livres dorés sur tranches ; il fallait des voilures pour les emporter, c'était une bénédiction ; puis sont venus les amis, les embrassements, les félicitations, parmi lesquelles. Monsieur, les vôtres ne me sont pas les moins chères', »
Plus loin, félicitant M^^ Grille des succès de son fds qui vient de terminer d'une manière brillante ses études de droit, elle ajoute :
« Alfred veut suivre la môme carrière.
Son inclination, en contradiction avec mes désirs secrets, l'y porte. Je renonce pour lui à l'espoir de le voir entrer à l'École Polytechnique. Je crois qu'il est du devoir des parents de céder à la vocation prononcée des jeunes gens, et qu'en toute chose, pour réussir, il ne faut pas contrarier la nature. »