‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 3 sur 51 · Le 15 août 1569, elle signe le reçu suivant · texte numérisé non relu

Le 15 août 1569, elle signe le reçu suivant

« Damoiselle Claude Musset, fille de deffunct noble personne Claude Musset, luy vivant, lieutenant-général du bailliage de Blois, seigneur de la Rousseliére, congnois avoir eu et reçeu, de noble homme Jehan Seigneuret, la somme de 15 livres tournois pour trois quartiers échus, sur les droits qu'a la demoiselle sur les magasins à sel de cette ville de Blois ».

Même quittance en 1579.

Bib. Nat. i'IIozier, Pièces originales, dossier cité.

1586 à HuguesDumas, chevalier, seigneur de Saint-Hilarieu et du Rosset, contrôleur général des postes de France, morte sans enfants ; Marguerite, mariée deux fois : la première à un allié Macé de Bombelles, seigneur de Loingville, un des cent gentilshommes de la maison du roi : la seconde, le 16 mars 1584 à René dWlès, seigneur de Corbet, gentilhomme de la chambre du roi. Elle mourut vers 1599, sans enfants de ses deux mariages.

Guillaume, chef de la famille épousa le 9 novembre 1580, Cassandre de Peigné', fille de Jean de Peigné seigneur de Pray ou de Pré et de Cassandre Salviati.

C'est ici, le lieu d'examiner deux traditions dont s'enorgueillissait le poète : la parenté avec Jeanne d'Arc et l'alliance avec Ronsard.

Arsène Houssaye , dans ses Confessions , publiant le manuscrit d'une femme qui avait fait profession de beaucoup aimer et qu'il nomme Georgette, assure, comme le tenant de cette même Georgette, qu'une nuit, Alfred

1. On écrivait dEpeigney ou dePeignej indifféremment à celte époque; j"ai adopté l'orthographe moderne.

de Musset, lui offrit des pêches en racontant « une histoire invraisemblable sur la vertu des pêches appliquée aux jeunes demoiselles ».

« Je lui demandai, — ajoute-t-elle — s'il me prenait pour une Jeanne d'Arc. Alors, il leva le front et parla plus haut : « Jeanne d'Arc, sachez qu'elle fut mon arrière grand' tante ! »

On rapproche d'ordinaire de cette exclamation le fait, que Paul de Musset a trouvé dans les papiers de son frère, les fragments d'un poème sur Jeanne d'Arc, qu'il a publiés d'ailleurs dans les OEuvres posthumes d'Alfred.

Cela prouve que, comme beaucoup, le poète s'était attaqué à cet impossible sujet; mais il est bien difficile d'admettre qu'il crut sérieusement à une parenté, car Catherine du Lys, quatrième enfant de Pierre d'Arc, frère de Jeanne, épousa, au xv' siècle, François de Villebresme, frère tout au plus, si ce n'est cousin de cette Marie de Villebresme qui épousa Denis Musset, octaïeul d'Alfred de Musset.

Quant à Ronsard, le fait s'appuie sur ces données.

Bernard Salviali « marchand florentin »

établi en France dans les premières années du xvp siècle, reçut de François P, le 5 février d512 (n. st.), une somme de 25.000 livres; il avait épousé une blaisoise. Françoise Doucet et acheta en novembre de la même année, le tîef de Talcy; de son mariage il eut un fils et une fille. Le (ils Jean marié à Isabelle Sardini, la fille du seigneur de Chaumont et de la trop célèbre Isabelle de la Tour de Limeuil, l'héroïne de l'escadron volant de Catherine de Médicis. Sa fille, Cassandre Salviati, s'unit à Jean de Peigné, sieur de Pray. Or, dans toute l'œuvre de Ronsard, domine une femme, qu'il nomme Cassandre, et qu'il aima éperdument. Longtemps on crut (et les allusions à la malheuseuse troyenne y aidèrent) que c'était un nom de fantaisie ; on s'avisa enfin que ce nom pouvait bien être une réalité. Tout au long de ses vers il parle de Vendôme et du Loir et comme on lui attribue le fameux refrain sur « la Bonne-Aventure au

gué^ » , on en conclut que la Cassandre de Ronsard n'était autre que la Cassandre de Musset qui portait le même prénom que sa mère et dont le mari avait le fief de la Bonne-Aventure, proche le gué du Loir dans les biens de sa famille, il n'en est rien ; la Cassandre qu'aima le poète vendômois est Cassandre Salviati, qui résida souvent à Vendôme, on en a la preuve par les actes baptismaux où elle apparaît comme marraine ; un autre poète aima aussi une fille de cette maison, c'est Agrippa d'Aubigné qui s'éprit de Diane de Talcy, fille de Jean Salviati et nièce de Cassandre^; il songea même h. l'épouser. Les parents rompirent les pourparlers pour

1. Pour ma part, j'ai cherché, en vain, « la Bonne-Aventure au gué » dans toute l'œuvre de Ronsard, sans Ty trouver jamais. Personne d'ailleurs n'a pu citer exactement une référence permettant de retrouver chez le poète vendômois, l'utilisation ou l'adaptation de cette chanson populaii"e, devenue ronde enfantine.

2. Cassandre de Peigné était, lors de son mariage, cousine au 13" degré de Ronsard (Martellière. Les racines vendômoises... p. 22).

3. (( Mes premières amours, lit-on dans le recueil des lettres de d'Aubigné pour 1570-72, s'attachèrent à Diane de Talsi, nièce de M""^ de Pré, qui estoit sa Cassandre (à Ronsard) ».

cause de religion, Aubigné étant huguenot.

Si donc Alfred de Musset ne peut s'enorgueillir d'avoir eu une aïeule aimée de Ro^isard et, qu'à la faveur de cet amour, un peu de la veine poétique du grand rimeur se soit mêlé à la sienne", il peut, en revanche, revendiquer hautement des attaches florentines.

Les Salviati tirent leur origine de Salvi di Guglielmo di Forese di Gottifredo, dont la famille prit une grande place dans la république florentine. Un de ses membres était un médecin célèbre de la seconde moitié du xm' siècle. Son fils Cambio, médecin comme lui, et un autre de ses enfants Lotto, jurisconsulte distingué, furent élus prieurs de la cité dans les premières années du xiv' siècle. Les deux fils de Lotto, Francesco et Giovanni, devinrent gonfaloniers de justice, l'un en 1331, l'autre en 1356 et en 1379. Forese, fils de Giovanni, fut, à son tour, trois fois gonfalonier et, en 1397, capitaine général de laRo-

2t LES ANCÊTRES D ALFRED DE MUSSET

magne florentine. De ses trois petits-enfants, Tun Giannoro se distingua dans la guerre de Chypre en 1461, l'autre Bernardo fut ambassadeur (le la république auprès du roi d'Aragon, en 1436 et gonfalonier en 1449. Le petit-fils du troisième, Roberto, nommé aussi Roberto, passa en France en 1530 sous Teffet de la situation qu'allait créer, dans Florence, la rentrée des Médicis. En 1529, l'armée de Charles -Quint, sous les ordres du prince d'Orange, les ramena dans la ville d'où ils avaient été bannis. Les Salviati, étaient des ennemis des Médicis; ils prévirent qu'ils seraient exilés et Roberto devança l'arrêt en passant en France. Il eut deux fils, l'un Roberto, seigneur de Talcy, 1er père de Cassandre, l'autre Francesco, grand maître de Tordre de Saint-Lazare.

On ne saurait diminuer l'éclat de l'alliance que les Musset contractèrent en rabaissant les Salviati au rang de simples bourgeois ou de négociants : la jalouse Florence forçait les nobles à se faire marchands, pour leur permettre de prétendre aux fonctions électives,

et Dante, lorsqu'il voulut devenir prieur, fut obligé de se faire inscrire dans la corporation des pharmaciens.

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