‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 43 sur 51 · EX-LIBRIS DE VICTOR DE MUSSET ET DE LA CHANOINESSE DE MUSSET · texte numérisé non relu

EX-LIBRIS DE VICTOR DE MUSSET ET DE LA CHANOINESSE DE MUSSET

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EX-LIBBIS DE LOUIS-ALEXANDRE DE MUSSET-(JUGiN EUS

viendrait à bout, on ne répandrait aucune clarté sur la vie de Fauteur. «

C'est tout à fait mon avis : je l'ai déjà déclaré. Mais en va-t-il de même de vouloir éclairer la formation intellectuelle du poète en étudiant son ascendance? Si je l'avais cru, j'aurais posé la plume et n'aurais rien écrit. Non pas que la généalogie explique tout mais enfin, elle explique quelque chose.

Un sentiment très fort pousse chacun de nous, quelque soit sa modestie, à rechercher dans le passé le mystère de ses origines ; en cela, comme en droit, la « coutume » a raison et « le mort saisit le vif ».

La famille de Musset échappa d'autant moins à cette curiosité, qu'il pouvait être utile, en vue de places à obtenir, de la satisfaire et qu'il ne pouvait en résulter pour elle que plus de considération. Le livre de Paul de Musset prouve qu'autour des enfants de Victor une atmosphère, née du respect pour les vieux parchemins, régnait. Alfred la respira et en subit l'effet, soit qu'il rappelle Talliance de sa famille avec celle de Jeanne d'Arc — avec un

peu de Dandysme, comme dans Mardoche — soit qu'ayant à donner un nom à un personnage de Lorenzaccio, il choisisse précisément celui de son aïeule Cassandre Salviati, dont la fille épousa un Musset, en 1580, et trouva pour une pièce florentine le nom le plus florentin qu'on puisse rêver, celui de Julien Salviati.

Effet inattendu et puissant d'atavisme, diton, le vieux sang toscan reparaît ; la preuve en est dans la prédilection du poète pour les épisodes, les scènes italiennes, pour les situations et les noms d'Italie. Non. L'Italie était à la mode comme l'Espagne et le précepteur des enfants de Victor de Musset, Bougrain, leur apprenait l'italien en se promenant avec eux. N'oublions pas que l'article sur le Tyrol du dictionnaire de géographie de La Martinière suffit à donner au poète assez d'éléments de couleur locale, pour qu'il put écrire La coupe et les Lèvres, comme s'il descendait des hauteurs alpestres.

Ce que ces recherches généalogiques nous ont appris, — ne serait-ce que cela, ne serait-

ce déjà pas beaucoup? — c'est qu'Alfred de Musset est de sang purement français et de race purement française. Lui-même Ta proclamé avec un certain orgueil dans ces vers des Pensées de Rafaël :

France, ô mon beau pays ! J'ai de plus d'un outrage OfiFensé ton céleste, harmonieux langage... Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère, Me pardonneras-tu '?

Ce que sa généalogie nous apprend encore, c'est que cette famille française a évolué, suivant les traditions françaises. Comme tant d'autres, les Musset furent d'abord des légistes, lorsqu'il s'agit de sortir du vulgaire bourgeois et rural ; par là, ils parvinrent à la petite noblesse et à la fortune. Puis, quand au lieu de légistes, il fallut à la royauté des soldats, les Musset servirent ; quelques-uns glorieusement; enfin, à la noblesse de robe, à la noblesse d'épée, celles-là héréditaires, l'amour-propre de chacun voulut ajouter une noblesse plus personnelle : la noblesse des lettres : les Victor de Musset, les Guvot-Des-

herbiers, les Cogners s'efforcèrent de la conquérir.

Préparé par tant de qualités ancestrales : nourri d'un sang généreux et fort, dans lequel, au vieux sang du terroir Vendômois, s'était mélangé celui des Arnault, des du Tillet, des du Bellay, avec une pointe de sang italien, Alfred de Musset fut la résultante exceptionnelle et unique du lent travail d'affinement d'une race.

Ronsard n'a-t-il pas dit?

Le pigeon vient du pigeon et la chièvre Naît de la chièvre, et le lièvre du lièvre; Le fils toujours rapporte Le naturel des parens avec lui.

Alfred de Musset n'était-il donc pas marqué pour être écrivain et poète? Certes. Mais rien ne prédisait qu'il dût être un écrivain d'une rare essence et un poète de génie.

INDEX ALPHABET[QIE

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