LES
Ancêtres de nos Animaux
DANS LES TEMPS GEOLOGiaUES
Les sciences naturelles prennent dans notre siècle un développement dont sont frappés tous les esprits philosophiques. L'horizon qu'elles dominent s'étend chaque jour sous la double influence de la géographie et de la géologie. Pour juger les races humaines, les animaux, les plantes, les phénomènes du monde physique^ nous ne sommes plus confinés dans les champs étroits de l'Europe; grâce aux travaux des voyageurs, nous embrassons une vaste partie du monde. Nous obtenons par la géologie des résultats plus admirables encore, nous remontons au delà des temps où l'Homme fut créé. Howsxv^ ç.ci>cv^'\\%-
Albert G AVDKY^ Ane. de nos anim. "^
sons plus seulement les êtres qui furent nos contemporains, nous trouvons dans les couches du globe les dépouilles d'un nombre illimité de plantes et d'animaux: une branche spéciale de la géologie a pour objet l'étude de ces débris fossiles, c'est la paléo7ttologie.
On sait aujourd'hui que les animaux et les végétaux fossiles sont les représentants des générations qui se sont succédé à la surface du globe avant l'apparition de l'Homme. On parvient même à distinguer dans l'histoire du monde plusieurs époques qui ont été caractérisées par des êtres spéciaux. Embrasser par la pensée l'immensité des âges, assister aux premières manifestations de la vie, voir des générations entières tour à tour paraître et s'éteindre, voilà une sphère nouvelle pour les naturalistes et les philosophes.
L'antiquité a eu de très vagues notions sur la paléontologie. Dans les temps modernes, l'abbé Giraud Soulavy Ta entrevue; mais c'est surtout Georges Cuvier qui en a été le fondateur. En effet, avant lui, la géologie était déjà constituée; on savait que l'écorce du globe est composée de terrains divers, et que dans plusieurs de ces terrains on trouve des ossements de Mammifères, des dents de Poissons, des coquilles de Mollusques, des empreintes de plantes, etc. Ces fossiles étaient regardés comme très anciens, car on voyait qu'ils étaient pétrifiés, et Ton jugeait bien que le changement d'un végétal ou d'un ijnimal en un minéral ne peut s'opérer promptement;
puis, on avait remarqué que souvent les roches fossilifères sont recouvertes par de puissantes couches dont le dépôt a dû exiger un temps très long; mais, si grande que fût Tantiquité attribuée aux êtres des temps géologiques, on n'avait pas la preuve qu'ils fussent différents des êtres actuels.
Cuvier entreprit de fournir cette preuve. 11 comprit que pour arriver à une opinion définitive, il était nécessaire d'étudier d'abord les animaux vivants ; voici, par exemple, un Palceothermm : avant de savoir si ce fossile diffère du Tapir, il faut connaître le Tapir. Cuvier pensa aussi qu'il devait s'attacher à l'examen des gros Quadrupèdes ; car on pouvait lui objecter que les coquilles fossiles de formes inconnues ont leurs pareilles encore cachées dans les profondeurs des océans ; maison n'oserait prétendre que, si des bêtes gigantesques comme le Mastodonte vivent encore, elles ont échappé à l'attention des voyageurs. Cuvier forma donc la collection d'ostéologie du Muséum, et quand il eut examiné à fond les êtres actuels, il se mit à l'étude des êtres fossiles ; alors il constata qu'ils offraient des différences, que, par exemple, le Paîœoiherium ressemblait par quelques points au Tapir, mais s'en distinguait à d'autres égards; il vit que V Anoplotberhim s'éloignait encore plus des types vivants: les démonstrations furent si nettes que le doute cessa d'être possible.
Ces révélations de Cuvier firent une grande impression, non seulement dans le monde sav^w\.,vc\'3^.sô.'^^'$.V
public. On apprit avec quelque fierté que si THomme est impuissant à lire dans lavenir, du mpins il saura lire dans le passé; en effet, dans ce xix* siècle, si fécond en admirables inventions, ce n'est pas une des découvertes les moins inattendues et les moins saisissantes que celle de cette science au moyen de laquelle on refait l'histoire des êtres qui ont précédé la venue de l'Homme sur la terre.
Assurément, j'exposerai dans ce livre des idées bien différentes de celles de Cuvier, car cet illustre naturaliste croyait à la fixité des espèces, et aujourd'hui les travaux des paléontologistes tendent à nous faire penser que les espèces sont des modes transitoires de types qui, sous la direction du divin Ouvrier, poursuivent leur évolution à travers l'immensité des âges. Mais cette différence d'opinion ne saurait nous faire cesser d'admirer Thomme qui a le premier tracé la route où nous marchons ; c'est un devoir de reconnaissance de saluer la mémoire du fondateur de notre science; saluons-la donc de grand cœur, comme le souvenir d'une gloire française; et, s'il nous arrive de cueillir quelques doux fruits à l'arbre de la science paléontologique, n'oublions pas que cet arbre, c'est Georges Cuvier qui l'a planté.
Je viens de rappeler que la première phase de la paléontologie a consisté à prouver qu'avant l'époque actuelle, il y eut une époque caractérisée par des êtres spéciaux. Dans la seconde phase du développement de cette scierrce,
HISTOIRE DES PROCltÈi 'tïE-L A lî A LÉjO^N TOLOGIE 5
les paléontologistes ont eu pour but de montrer que les temps géologiques se partagent en un grand nombre d'époques, ayant chacune leur faune particulière.
Déjà Cuvier avait cru que les Vertébrés fossiles se rapportent à des âges différents:
Age du Mammouth; Age du PaJœotherium; Age des grands Reptiles.
Mais vers le même temps, Smith en Angleterre, et Alexandre Brongniart en France avaient scruté les terrains riches en coquilles fossiles, et avaient reconnu que les animaux ont été renouvelés un plus grand nombre de fois que ne Tavait pensé Cuvier.
A mesure que la science se développa, on vit s'accentuer de plus en plus la croyance à la multiplicité des époques d'apparition de faunes. Alcided'Orbigny surtout formula hardiment la théorie de la succession des êtres. 11 supposa qu'il y avait eu vingt-sept époques d'apparition; il fit le relevé de tous les animaux Mollusques et Rayonnes connus de son temps à l'état fossile; il en compta dix-huit mille qu'il répartit entre les vingt-sept étages suivants :
Terrains tertiaires.
Crétacé.
Terrains / secondaires. \
Jurassique.
Triasiqpe.
Terrains primaires.
' Subapentiin, étage étudié d'abord au pied des i versants de l'Apennin.
' Falwiitn, étage des faluns (nom donné au ' i sable coquillier dans la Touraine).
' Parisien, étage de Paris.
^ Suessonien^ étage de Soissons (Suessones). I Daniéft, étage de Faxoé dans le Danemark (Dania).
Sénonient étage de Sens (Senones), TuTQnien, étage de Tours (Turones).
Cénomanien^ étage du Mans (Cenomanum) .
Albien, étage développé sur les bords de
l'Aube (Alba).
Apiien, étage d'Apt (Apta Julia).
Néocomien, étage de Neuchâtel en Suisse
(Neocowum).
Porilandien, étage de i'île de Portland, au sud
de l'Angleterre.
Kimméridgien, étage de Kimmeridge, dans le
sud de l'Angleterre.
Corallien, étage des Coraux.
1 Oxfordien, étage d'Oxford.
I Callovien, étage de Kelloway (Caïlovium), I Batbonien, étage de Bath.
Bajocien, étage de Bayeux (Bjjocœ), Toarcien, étage de Thouars (Toarcium), dans
les Deux-Sèvres.
Liasien, étage moyen du lias (le nom de lias est donné par les carriers du sud de l'Angleterre à une roche argileuse noirâtre).
Sinrmurieit, étage de Semur (Sinetnurus), dans la Côte-d'Or.
^ Saliftrien, étage du sel (sal, fero), ' à Concbyîim, Muschelkalk des Allemands.
Permien. étage du gouvernement de Pcrm,
en Russie.
Carbonifère, étage du charbon.
Dévonien, étage du comté de Devon, dans le
sud de l'Angleterre.
Silurien, étage du pays des Silures.
On a reproché à d'Orbigny son idée des vingt-sept apparitions successives; cependant cette idée était un
réel progrès sur les anciennes opinions et un grand acheminement vers les opinions actuelles; si, en effet, on admet vingt-sept époques d'apparitions, pourquoi ne pas en admettre cent, pourquoi ne pas en admettre mille, et de là à la théorie de la création continue, il n'y a qu'un pas. Je ne peux, sans un mouvement de sympathie mêlé de tristesse, penser à d'Orbigny qui fut mon premier maître en paléontologie; malgré d'immenses ouvrages, il a eu beaucoup de peine à faire comprendre sa valeur scientifique, et la mort est venue nous le ravir au moment où ses mérites commençaient à être reconnus; nul ne peut nier qu'il ait été un des principaux promoteurs de la paléontologie française.
D'Orbigny lui-même a montré quelle serait l'irrésistible conséquence de la multiplication des époques d'apparition, car il a subdivisé cinq époques en deux, ce qui, en ajoutant l'époque actuelle, fait en réalité trentetrois apparitions.
Ce chiffre était tout à fait insuffisant, comme vont le prouver quelques exemples:
Barrande a étudié le terrain silurien de Bohême et Ta séparé en six; or, ne croyez pas que ce chiffre six veuille dire que, dans la pensée de l'auteur, de nouveaux êtres ont surgi seulement six fois pendant l'époque du silurien ; loin de là, Barrande a reconnu pendant Tépoque de la seconde faune cinq moments marqués par la venue d'espèces distinctes.
Je prends maintenant un exemple dans l'époque secondaire: d'Orbigny avait scindé le lias en trois; M.Ramsay, un des meilleurs géologues anglais, l'a partagé en onze horizons caractérisés chacun par l'apparition de nouvelles espèces. Dumortier, dans l'ouvrage qu'il a publié sur la vallée du Rhône, a séparé le lias en neuf étages, en ajoutant la remarque suivante : « Ces différentes zones, que je ne fais pas plus nombreuses afin de ne pas multiplier les subdivisions, montrent cependant elles-mêmes pour la plupart plusieurs niveaux différents, qui se retrouvent avec une grande régularité de superposition partout où le lias a été étudié avec soin. » En vérité, on ne peut proclamer plus nettement la multiplicité des apparitions successives d'espèces.
Le bassin tertiaire de Paris a été étudié par des hommes très habiles : Lavoisier, Coupé, Cuvier et Brongniart, d'Omalius-d'Halloy, Dufrénoy et Elle de Beaumont, Constant Prévost, de Sénarmont, d'Archiac, Charles d'Orbigny, Deiesse, Collomb, M. Raulin, M, Hébert, etc. Ces naturalistes ont disséqué le sol parisien avec autant de talent qu'aucun anatomiste n'en met à disséquer un corps animal. Deshayes a utilisé ces travaux en séparant couches par couches les coquilles fossiles qu'il a décrites; il a rapporté les formes tertiaires de nos environs à quatre époques:
Epoque des sables supérieurs;
Epoque des sables moyens ; Epoque du calcaire grossier ; Epoque des sables inférieurs.
Or, Deshayes a admis que des formes nouvelles ont apparu quatre fois pendant Tépoque des sables inférieurs, trois fois pendant celle du calcaire grossier, trois fois pendant celle des sables moyens, deux fois pendant celle des sables supérieurs. Mais il n'est question ici que des espèces marines; il faut ajouter au minimum six apparitions pour les êtres terrestres ou lacustres qui ont alterné avec les êtres marins; soit un total de dixhuit apparitions.
Enfin, empruntons un exemple parmi les travaux faits sur les plantes fossiles. M. de Saporta a étudié dans le midi de la France une toute petite portion des temps géologiques, et il voit cette petite portion se partager en cinq époques caractérisées chacune par une flore particulière :
Flore de Manosque (Basses-Alpes) ; Flore d'Armissan (Aude) ; Flore de Marseille; Flore de Saint-Zacharie (Var) ; Flore d'Aix (Bouches-du-Rhône).
Supposons que les renouveUemeTWs à' ^^^fe.c^% 'ô.Vkc^^^^
lieu suivant la même proportion pendant l'immensité des temps géologiques, à quel chiffre faudra-t-il en évaluer le nombre?
En résumé, lorsqu'on cherche à se rendre compte des tendances actuelles de notre science, on tire de son examen les deux conclusions principales que voici :
i** A mesure que les géologues dissèquent avec plus d'habileté l'écorce terrestre, ils la voient se décomposer en un grand nombre d'assises caractérisées chacune par quelques espèces particulières;
2° A mesure que les paléontologistes, profitant des travaux des' géologues, séparent avec plus de soin les animaux fossiles suivant Tâge auquel ils ont vécu, ils trouvent plus rarement des formes identiques, mais au lieu de formes identiques, ils rencontrent des formes analogues ou représentatives, comme si chaque mouvement qui s'est produit au chronomètre des âges géologiques avait correspondu à un changement de nuance dans la coloration des paysages du monde.
Ce que je viens de dire m'amène à parler de ce qu'on pourrait appeler la troisième phase du développement de la science paléontologique : ces êtres qui ont apparu tour à tour à la surface de la terre, quels rapports
ont-ils eus les uns avec les autres? Chaque espèce représente-t-elle une production indépendante de celle qui l'a précédée et de celle qui l'a suivie, ou bien les espèces
s'enchaînent-elles, de telle sorte que les êtres actuels semblent les descendants des êtres d'il y a une centaine de mille ans, et que ceux-ci paraissent avoir eu pour progéniteurs les êtres des plus anciennes époques géologiques? En d'autres termes, la paléontologie nous montre-t-elle une série d'apparitions plus ou moins instantanées d'espèces distinctes, ou bien plutôt n'est-elle pas une sorte d'embryogénie immense ? N'est-elle pas l'histoire d'une lente évolution qui se poursuit, harmonieuse dans toutes ses phases, depuis les premiers jours du monde ?
Si l'heure de trancher définitivement cette question n'est pas encore venue, nous pouvons au moins travailler à en préparer la solution. Les fondateurs de la paléontologie n'ont pu l'élucider, car pour discuter sur les enchaînements des êtres, il leur aurait fallu chercher les points de ressemblance, ils ont dû au contraire s'attacher aux différences. Quel était en effet le dessein de Cuvier ? C'était de prouver que les animaux fossiles se distinguent des animaux actuels ; il a donc été obligé de faire ressortir, non les ressemblances, mais au contraire les moindres différences. Quel était le but des paléontologistes qui, depuis Cuvier, ont le plus contribué à constituer notre science? Leur but était de faire voir que chaque époque a été représentée par des formes particulières ; ils y ont merveilleusement réussi, mais, pour réussir, il a fallu des chefs-d'œuvYt d'2ixv^Vvj^^\<^^ *î>. ^^
rechercher les plus légères particularités des êtres d'épc ques consécutives.
En outre, les fondateurs de la paléontologie n'avaient pas des matériaux suffisants pour étudier les enchaînements des êtres fossiles. Dans la fameuse discussion entre Cuvier et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Geoffroy a eu raison (à mon avis du moins) par l'intuition de son génie, mais les faits acquis semblaient donner raison à Cuvier ; c est pour cela que les meilleurs observateurs, ceux qui avaient l'esprit le plus positif, ont été généralement opposés aux idées de Geoffroy. Du temps de Cuvier, on ne savait pas qu'il y avait eu desSinges fossiles d où ont pu descendre les Singes actuels ; on ne connaissait pas d'intermédiaires entre les Chiens et les Ours, entre les Hyènes et les Civettes, entre les Mastodontes et les Éléphants, entre les Chevaux et les autres Pachydermes ; on ignorait qu'il y a certaines transitions entre les Reptiles et les Oiseaux, entre les Poissons et les Crustacés. Falconer et Lydekker n'avaient pas étudié les Mammifères fossiles de l'Inde; Lartet, Gervais, Kbwalesky, Filhol, Lemoine, Depéret, n'avaient pas appris que les Mammifères fossiles de la France offrent de nombreux types de transition ; Pikermi n'était pas connu ; M. Kaup avait encore peu fouillé le fameux gisement d'Eppelsheim qui, parmi tant de restes de Quadrupèdes éteints, a fourni le colossal Dinotherium ; MM. Leidy, Marsh, Cope, Osborn, n'avaient point, par Tétude des
fossiles des Western Territories, montré les liens qui unissent les faunes d'Amérique et d'Europe; M.Alphonse Milne Edwards n'^avait point fait ses recherches sur les Oiseaux fossiles de la France ; en Angleterre, MM. Owen, Huxley, Hulke, Seeley, en Allemagne, Hermann de Meyer et M. Fritsch n'avaient point publié leurs vastes recherches sur les Reptiles ; Agassiz n'avait pas commencé ses ouvrages sur les Poissons, admirables monuments de la science paléontologique ; Woodward n'avait pas traité des Crustacés fossiles; Deshayes n'avait pas donné la description des coquilles tertiaires de Paris ; les volumes de Barrande sur le silurien n'avaient point paru; Pictet n'avait point parlé de Sainte-Croix, cette petite localité des montagnes du Jura qui projette maintenant de si vives lumières ; M. Davidson n'avait pas étudié les Brachiopodes de tous les temps et de tous les pays ; Henri Milne Edwards, Haime, Duncan, n'avaient pas analysé les caractères des Polypiers ; les micrographes ignoraient encore la polymorphie des Foraminifères; MM. Unger, Heer, de Saporta, Lesquereux, n'avaient pas exhumé des couches tertiaires mille et mille débris de végétaux. J'omets une multitude de noms, et quelques-uns des meilleurs ; je n'en finirais pas, si je voulais énumérer tout ce qui a été dépensé de génie depuis la mort de Cuvier pour ressusciter les êtres des générations antiques. On ne peut s'empêcher d'être saisi d'admiration en présence des travaux de ces Tva\\5iX^\s\ft^ ^\^
d'une main si assurée, ont rétabli les linéaments de ce qui eut vie autrefois ; il faut profiter des travaux de tant d'excellents maîtres. Ils ont accumulé des trésors, si bien que nous commençons à connaître l'embarras de la richesse.
D'Archiac a calculé que les Français seulement ont publié, de 1823 à 1867, cinq mille huit cent cinquantedeux planches de fossiles : ce chiffre est plus éloquent que toutes les paroles pour peindre le mouvement de la paléontologie.
Que serait-ce, si l'on ajoutait les travaux faits dans les autres pays? car nos voisins n'ont pas marché moins vite que nous. Chaque jour de nouveaux fossiles sont tirés des entrailles de la terre. Supposez seulement que nous voyions ressusciter les êtres qui vécurent autrefois sous le ciel parisien : Mammifères et Oiseaux, Reptiles et Poissons, Insectes et Mollusques, Rayonnes et plantes. Quels entrelacements d'existences, quelle exubérance dans la variété ! La nature actuelle, malgré sa magnificence, nous paraîtrait peu de chose à côté des myriades d'êtres qui se sont succédé depuis l'origine des choses. Comment, non seulement l'étudiant, mais le savant le plus expérimenté se reconnaîtra-t-il dans ce fourmillement de vie ? Si les espèces ont été lancées isolément les unes des autres à travers les temps et les espaces, il sera difficile à l'humaine faiblesse d'en embrasser l'ensemble ; w3JSj, si ]es espèces sont comme des fleurs qui s'épa-
nouissent sur des rameaux communs attachés à un petit nombre de tiges, il suffira de découvrir ces rameaux et ces tiges pour avoir quelque idée du monde organique. C'est pourquoi, nous chercherons si l'on peut rencontrer de tels rameaux et de telles tiges ; tout en faisant de l'analyse, nous croirons obéir aux nécessités actuelles de la paléontologie en faisant des essais de synthèse.
Sans doute, nos efforts seront peu de chose ; la science est encore trop peu avancée ; nous ressemblerons à des architectes qui veulent construire un grand édifice, mais qui sont obligés d'attendre parce que beaucoup de matériaux ne sont pas apportés au chantier, et qui alors se contentent d'unir çà et là quelques pierres pour les fondations du futur monument.
Cependant le peu que nous ferons contribuera, je l'espère, à jeter quelques charmes de plus sur notre science, car la diversité des merveilles du monde séduit, étonne, mais parfois fatigue ; la recherche de l'unité ne lasse jamais, elle répond à Un penchant irrésistible de notre âme.