‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 10 sur 151 · Les Danses des morts · texte numérisé non relu

Les Danses des morts

Le roi lui donnait un échiquier à jouer en ivoire et la reine un anneau d'or.

La dot de sa fille était de soixante-dix deniers, le douaire de sa femme d'une livre et demie, sa dot à lui de trois livres.

S'il était insulté, l'injure se payait : six vaches et soixante-dix deniers.

Son meurtre était estimé soixante-seize vaches.

Quand il allait piller avec les soldats du roi, s'il chantait devant eux, il avait droit au meilleur taureau du butin.

Le jour du combat, il devait chanter l'hymne bardique : Unbeniaelh Prydain, chant national de la monarchie bretonne.

Si le roi lui demandait de chanter, il devait faire entendre trois chants de différents genres. — Si c'était la reine qui l'en priait et qu'elle le fît appeler dans sa chambre, il devait s'y rendre et lui dire trois chants d'amour, mais à demi-voix, pour ne pas troubler la cour. — Si un noble lui demandait de chanter, il était aussi tenu de lui faire entendre trois chants. Mais si un paysan l'en prie, qu'il chante jusqu'à l'épuisement, dit le législateur, voulant montrer par là que le barde appartient bien plus au peuple qu'aux rois, aux reines et aux nobles.

Les bardes aspirants recevaient un instrument de musique lorsqu'ils passaient maîtres, soit une harpe, un crouth ou une cornemuse.

Ces détails sont consignés dans le recueil des lois galliques, publiées par le roi Howell Dda, surnommé le Bon, qui régna de 904 à 948, et dans lequel il assigne les privilèges et les devoirs à chaque classe sociale \

Les nouveaux bardes étaient classés dans une assemblée

1. Les prcinièi'os lois ôcrilos sont collos do Dijunwnl Moohnnlh^ i-oi do la Gi'nnde- Brclagne, environ 440 ans avant loro ohnHiennc; puis vinront celles de Martha, roino do co pays, (pii fiiront Iraduilos on saxon par lo roi Alfred et enfin les lois du roi HnwelL qui rcnrormenl la plus orando partie dos premières. Ces lois ont été réunies et traduites en latin par Wollon et Moses William, sous lo titre de Leges Waliicœ, Londres, li:^!).

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nommée Eisicddvod, qui avait lieu tous les trois ans. Des statuts cnlictés, au xii" siècle, parle prince de Galles, Granicd ap Cynan, réglaient tous les détails de ces concours. Le candidat qui ne réussissait pas dans les épreuves devait un pourboire au chef des bardes et était ajourné à TEisteddvod suivant. Cette organisation dura jusqu'au xvi" siècle, elle fut supprimée sous le régne d'Elisabeth. Depuis cette époque, des Eisteddvod ont été néanmoins réunis à des dates indéterminées, mais ils n'avaient pas conservé le même but ni le même caractère, si l'on y conférait parfois le grade de barde, ce n'était plus que comme un titre purement honorifique.

En Irlande, les bardes étaient également estimés et honorés, mais ils perdirent de leurs prérogatives après l'asservissement de ce pays par l'Angleterre, et ne furent plus admis à la table des princes lorsque Richard II eut achevé de soumettre les chefs des quatre comtés indépendants, auxquels on donnait le titre de roi.

Un récit curieux de Froissart peint les rapports intimes de ces chefs avec leurs bardes et leurs serviteurs, et fait en même temps connaître l'époque où ces anciennes coutumes cessèrent, c'est-à-dire vers la fin du xiv*' siècle.

Quoique les bardes irlandais passent pour n'avoir cultivé que la harpe, il sera intéressant, à cause delà situation similaire des bardes gallois, de connaître ce que raconte Froissart, d'après ce que lui a dit le chevalier Richard Scury, qui avait accompagné Richard II en Irlande :

« Quand les Roys estoient assis à table, et servis du premier mets, ils faisoyent seoir devant eux leurs menestriers et leurs prochains varlets, et manger à leur escuelle, et boire à leurs hanaps, et me disoient que tel étoit l'usage du païs, et qu'en toutes choses, réservé le licl, ils étoyent tous communs. Jeteur souffri tout ce faire trois jours ; et au quatrième je fei ordonner tables, et couvrir en la salle, ainsi comme il appartenoit; et fei les quatre Roys seoir à haute table, et les menestriers h une table bien ensus d'eux, et les varlets

d'autre part; dont par semblant ils furent tous courroucés, et regardoyent l'un l'autre, et ne vouloyent manger, et disoyent qu'on leur vouloit oster leur bon usaige auquel ils avoient esté nourris. Je leur respondy, tout en souriant, pour les appaiser, que leur estât n'estoit point honneste, n'honorable, à estre ainsi comme au-devant ils avoyent fait, et qu'il le leur convenoit laisser, et eux mettre à l'usaige d'Angleterre, car de ce faire j'estoye chargé, et me l'avoit le Roy et son conseil baillé par ordonnance. Quand ils ouïrent ce, ils souffrirent (pourtant que mis s'estoyent en l'obéissance du Roy d'Angleterre) et persévérèrent en celuy estât assez doucement, tant que je fu avecques eux\ •>

Edvs^ard Jones, harpiste et croulhiste habile, barde du prince de Galles à la fin du xvnf siècle, a publié deux ouvrages remarquables ^ sur l'histoire des bardes ses prédécesseurs, parmi lesquels figurent deux héros des romans de la Table Ronde, l'enchanteur Merlin^ et le roi Arthur ou Artus, ce dernier comme barde amateur.

Grâce à de persévérantes recherches, Edward Jones a pu établir cette histoire des bardes d'après des chroniques et des manuscrits remontant jusqu'aux premiers siècles de notre ère.

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