‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 9 sur 151 · LES · texte numérisé non relu

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LE CROUTH

CET instrument à table d'harmonie, à éclisses, à manche, à âme, à cordes et à archet est cité pour la première fois dans les vers suivants de Venantius Fortunatus, évêque de Poitiers, à la fm du vf siècle :

Romaniisque lyra plaudat tibi, Barbarus harpa, Graecus archilliaca ; chrotta britana canat.

(Livre septième, chant VII, De Lupo duce.)

Et que le Romain t'applaudisse sur la lyre, le barbare sur la harpe, le Grec sur l'achilienne; que le crouth breton chante.

Encore, qu'il ait été usité depuis le milieu du v' siècle \ la plus ancienne figure du croutli, connue jusqu'à ce jour, se trouve dans un manuscrit latin du xi"* siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, actuellement à la Bibliothèque nationale.

Une miniature de ce précieux manuscrit représente un personnage couronné, assis sur un trône, tenant l'instrument appuyé sur son genou gauche et l'archet de la main droite.

La caisse de résonance du crouth est plate, sanséchancrures sur les côtés; elle se compose d'une table et d'un fonds réunis par des éclisses ou lames de bois circulaires.

Dans le haut de cette caisse, au milieu, il y a un manche.

Deux ouvertures pratiquées de chaque côté du manche, permettent au musicien de passer les doigts de la main gauche, afin de pouvoir actionner les cordes, qui sont au nombre de trois. Cellesci, attachées au bas de la caisse, car il n'y a pas de cordier, sont tendues sur toute la longueur de l'instrument et passent sur un chevalet assez élevé, dont la partie supérieure, celle où reposent les cordes, est plate. La table devait avoir des ouïes que l'artiste peintre a négligé de représenter.

CROUTH A TROIS CORDES

Manuscrit de Saiiit-Mju'tial de Liinog-es (xi^ siècle).

l. Voir Y Introduction.

LE CROUTII 3

De forme peu gracieuse, lourd créispecl, le croutli rappelle une lyre antique ayant une caisse sonore très allongée et se ra|)proclie beaucoup comme construction de la cytliara lenloiiia, à cordes pin(*ées, dent on voit deux exemph^s dans le manuscrit de Saint-Hlaise, du ix" siècle, publié par Gerbert '. Si cette dernière avait un manche surmonté d'une touche au-dessous de ses cordes, elle ressemblerait à un crouth et réciproquement.

En résumé, le crouth du manuscrit de Limoges, n'est autre qu'une lyre à trois cordes et à archet; mais une lyre disposée pour produire plusieurs sons soutenus à la fois. Le moindre examen de son chevalet tout à fait plat, ne laisse pas do doute sur ce point; car il devait être impossible de passer l'archet sur la corde du milieu sans toucher les deux autres et, par suite, on y faisait forcément entendre des harmonies successives, d'autant plus faciles à obtenir, que tous les doigts de la main gauche, y compris le pouce, passaient par l'ouverture à droite de la touche : cette main appuyait donc complètement à plat contre le manche, et chacun des doigts venait presser naturellement les trois cordes à la fois. Ce fait ne saurait être mis en doute, car le pouce ainsi que les autres doigts de la main gauche, sont dessinés avec beaucoup de précision.

Il existe une autre représentation du crouth à trois cordes : crowth trithant, parmi les sculptures extérieures de l'abbaye de Melrose, en Ecosse, qui fut construite au début du xiv' siècle, sous le règne d'Edouard IL

En France, on perd la trace du crouth depuis le ix' siècle, mais en Angleterre, dans le pays de Galles, l'usage s'en est continué jusqu'à la fin du xyin*" siècle.

Le crouth était l'instrument des bardes, qui s'en servaient, ainsi que de la harpe, pour accompagner leurs chants.

Il De canlû et musicâ sacra, déjà cité-

On disait crwt en Armorique; cndt^ crwth^ crudh, crowd dans la Grande-Bretagne \

Ce sont les prêtres du paganisme qui fondèrent les premières associations d'artistes. La Grèce vit éclore plusieurs de ces confréries, qui se livraient, dans l'intérêt du culte, à différents travaux d'ornementation, de peinture, de sculpture, de ciselure et de musique, ajoutant même à ces fonctions celles de composer des hymnes et de cultiver la danse pour former des chœurs autour des autels.

Chez les Germains, les Gaulois et les Bretons, l'institution des bardes, laquelle réunissait les chanteurs et les musiciens de la nation, était comme une branche de Tordre des Druides.

L'association des bardes avait une hiérarchie et se divisait en trois classes : les bardes aspirants, les simples bardes et les bardes en chef. Les bardes aspirants étaient les disciples de ces derniers. (( Ils formaient, dit Hersart de la Villemarqué, diverses catégories et subissaient, durant plusieurs années, divers stages ou épreuves devant un chef des bardes, qui, d'après leur plus ou moins de génie poétique, les admettait dans l'ordre ou les repoussait. Les aspirants ayant part aux largesses des chefs, et recevant des rétributions en argent lorsqu'ils chantaient dans les banquets ou assistaient aux mariages, devaient au chef des bardes, pour prix de ses leçons, le tiers de leur gain. Toutefois, s'ils quittaient leur instituteur^ soit pour manque de capacité et après avoir échoué dans les épreuves, soit pour toute autre cause, ils avaient droit à une harpe ; la loi leur assurait leur gagne-

1. D'après Fctis, le mot crwth vient du celtique primitif crinsigh, musique, qui tire lui-même son orii^ine du sanscrit Knis\ crier, produire des sons puissants. •

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pain. Au contraire, l'aspirant qui était sorti vainqueur de toutes les épreuves parvenait au second degré de Tordre, et prenait place parmi les Ijardes royaux \ »

Apr^s la chute du druidisme, les bardes perdirent leur caractère sacré, ils occupèrent une situation moins prépondérante et finirent par se confondre avec les ménestrels proprement dits chez la plupart des nations. Mais il n'en fut pas de même en Angleterre, en Irlande, en Ecosse et dans l'Armorique, où ils conservèrent leurs principaux privilèges pendant plusieurs siècles. Ils avaient, entre autres, le droit de conduire au roi tout homme qui en insultait un autre et de protéger celui qui manquait de protecteur. D'après Kastner ', ce rôle de médiateurs fut commun aux bardes et aux ménestrels, ils s'interposaient entre le peuple et le souverain pour faire rendre justice au faible et à l'opprimé.

Les bardes étaient très honorés et occupaient un poste élevé à la cour des princes.

Le barde de la chaise, ou barde en chef, portait sur la poitrine un objet d'or ou d'argent qui avait la forme d'une chaise, ou bien un bijou figurant une harpe, ce qui était tout à la fois une récompense de son mérite et la marque ditinctive du grade de maître en musique qui lui avait été conféré.

Le barde royal logeait chez le préfet du palais et était admis à la table du roi.

Ses terres étaient libres d'impositions.

Le roi lui donnait un cheval et des vêtements de laine, la reine des vêtements de lin.

Il recevait des vêtements neufs aux trois fêtes principales de l'année.

1. Hersart de la Villemarqué. Poèmes des bardes bretons du vi^ siècle, Paris, 18.j0. Cet ouvrage est la traduction française, revue et annotée de Y Archéologie (jalloise de Myvyv « Myvyrian Archeology of Wales », par Owen Jones, Londres,

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