DAJXEâ Barrington, Archaeologia, déjà cité
14 LES ANCÊTRES DU VlOLOiN
On verra dans les chapitres suivants que la vièle à archet et les premières violes ont aussi été montées avec des cordes basses indépendantes ou pédales. Appelées vyrdon dans la Grande-Bretagne, ces cordes portaient en France le nom de bourdon, qui est certainement le même mot passé dans la langue romane. Le nom de bourdon a été donné aux cordes basses des instruments à archet, pendant le Moyen Age et jusqu'au début du xix^ siècle ; en dernier lieu, il ne servait plus que pour désigner les cordes filées, qui portent aujourd'hui le nom des notes qu'elles sonnent à vide '.
Le chevalet du crouth à six cordes étant aussi plat que celui du crouth à trois cordes, et sa caisse de résonance n'ayant pas d'échancrures sur les côtés pour le passage de l'archet, celui-ci devait forcément toucher plusieurs cordes, sinon toutes, à la fois, et par conséquent, produire une harmonie quelconque en raison de l'accord et du doigté.
Edward Jones constate la nécessité de faire entendre l'harmonie de plusieurs cordes lorsque l'on joue du crouth, et dit encore que le crouth à trois cordes était le moins estimé des deux, parce qu'il ne pouvait pas produire une harmonie aussi complète. Il s'exprime ainsi à ce sujet :
(( Les joueurs et ménestrels de cet instrument n'étaient pas tenus en la même estime, en le même respect que les bardes de la harpe et du crouth, parce que le crouth à trois cordes n'exigeait par la même habileté et harmonie ^ »
Une note sur le crouth, lue, le 3 mars 1770, à la Société des Antiquaires de Londres, par Daines Barrington, alors juge des comtés de Caernarvon et d'Anglessey, dans le pays de Galles, et publiée, en 1775, dans les Annales de cette société, vient confirmer le dire de Jones :
1. Dans sa mélliode de violon, publiée en 17oG, Léopold Mozart, père de l'illustre auteur de Don Juan, désigne la quatrième corde du violon, le sol, sous le nom de boui-doii.
2. The porformcrs, or Minstrels of tliis instrument were not in tlie same estimation and respect as the Bards of Harp and Crwtli, because the three stringed crwth did not admit of equal skill and harmony. A Dissert., etc., p. 116.
LE CROUTll
« Le chevalet du croulh est tout h fait plat, de sorte que les cordes sont touchées toutes à la fois, et oiTrent une perpétuelle succession d'accords'. »
Daines I3arringt()n avait non seulement vu lecrouth dont il parle; mais de plus, il l'avait entendu jouer par John Morgan, né en 1711, ^ Newburg, dans i'île d'Anglessey, et qu'il considérait alors comme le dernier barde devant s'en servir; car il dit : u L'instrument est destiné à mourir avec lui d'ici à peu d'années. »
John Morgan accordait son crouth ainsi :
e^Corde. 5^ 4^' .r 2^ 1^
ni
Cet accord, qui est conforme à celui que donne Edward Jones, ne devait pas être immuable et pouvait sans doute subir diverses modifications, d'après le caractère et la tonalité du morceau que l'on avait à jouer ou à accompagner. Nous en trouvons la preuve dans l'accord du crouth d'un vieux barde de Caernarvon, qui, en 1801, fit entendre plusieurs airs anciens à M. W. Bingley, et que voici :
G^Corde. 5^ 4'
En réalité, les six cordes du crouth résonnant à vide, ne produisaient que trois sons différents redoublés à l'octave. Elles font l'effet d'être accouplées deux par deux, et si Gruffidd Davydd ab Howel n'avait pas dit : a Ces six cordes sont ingénieusement imaginées pour produire cent sons
1. The bridi?e of the crwlh is pcrfcctly flat, so thnt ail thc slrings are necessarill y struck at thc same lime, and alïord a perpétuai succession of chords. Archœologia, etc., t. III, p. 32.