Ouvrage déjà cité
3. Félis raconte que l'abbé Le Blanc ne trouvant pas d'éditeur à Paris, envoya son manuscrit à Amsterdam : « Lorscpiil apprit <pic Pierre Mortier consentait à « l'imprimer; il en fut si transporte de joie, qu'on assure qu'il partit pour la Hol- « lande en l'état où il se Irouvait quand la nouvelle lui parvint, c'est-à-dire, en « robe de chambre, en pantoulles, et en bonnet de nuit. » Biographie nniverselle.
-J70 Li:S ANCÊTRES DU VIOLON
Correttc, le fameux Corrette, celui dont les élèves élaienl appelés par dérision les anachorètes (les ânes à Corrette), vint aussi à la rescousse, en inventant la viole d' Orphée l
Il explique le nouvel inslrumenl dans un ouvrage ayant pour titre : MétJtodes pour apprendre à jouer de la contrebasse à 3^ à 4 et à 5 cordes ^ de la quinte ou alto et de la viole d'Orphée^ nouvel instrument ajusté sur l' ancienne viole ^ utile au concert pour accompagner la voix et pour jouer des sonates^ etc., par M. Corrette, Paris, 1780.
Voici le boniment de l'auteur :
« L'ancienne basse de viole, après avoir brillé à la cour et à la ville, à la fin du xvii^ siècle et au commencement de celui-ci, se vit préférer le violoncelle. Malgré la défense qu'en prit M. Tabbé Le Blanc , elle périt d'orgueil à ses yeux et fut trop heureuse de se retirer dans un petit sentier des Champs-Elysées, où elle a fait sa cinquantaine dans un silence perpétuel, et sans être regrettée d'aucun amateur.
« L'essai que je fais aujourd'hui de la retirer de son exil dans la manière d'en jouer expliquée au chapitre dixième, me fait croire qu'elle durera présentement aussi longtemps que le jeu de l'oie renouvelé des Grecs.
« Je la présente au public sous le nom de viole d'Orphée, parce que je suppose qu'Orphée, pour charmer la cour infernale, quand il fut pour retirer des Enfers son Euridice, choisit l'instrument le plus mélodieux, le plus touchant et le plus analogue à la voix, telle qu'est en effet notre viole d'Orphée, sur laquelle on pourra jouer non seulement la basse continiie, mais encore des sonates, sans avoir l'embarras de démancher à tout moment, car ce n'est que la différence des sons aigus qui peut faire plaisir à l'oreille et non la difficulté de les exécuter.
« Les dames, en jouant de notre viole d^ Orphée, n'en paraîtront que plus aimables, l'attitude en étant aussi avantageuse que celle du clavecin. Si les dames n'ont point
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.hloph' le \ ioloiicclle, c'est la (liriicullr (le drinancher pour cxi^cuter les r\r> (lui cl la (iiii'clr des cordes (jiii en sont (Mii^c; aussi les instruments a<j;r(''al)lcs comme clavecins, «u'gues, liai'jK's, nrnjtares, mandolines, (jninlons, cistres et la viole (rni-j)|i('»(\ sont plus analoguc^s à la douceur de leur caractère (jue les hautbois. Lassons, trom[)ettes, cors de chasse et limballes. »
Malgré les invectives de l'abbé Le Blanc et l'invention de Corrctte, la viole (init par s'éteindre tout doucement, après une lon«i;ue et brillante carrière.
La \iole a hérité de quelques locutions populaires qui appartenaient primitivement à la vièle. Bœuf violé est de ce nombre.
(« On appelle bœuC violé, dit Richelet, celui qu'on promène le jeudi gras par les rues au son de la vielle. »
l^t aussi : La viole fait la plus douce musique.
Certains proverbes se rattachent directement à la vfole :
A douleur de dent
N'ay de viole n'instrumcnt.
Le Parlement n'a pi'esque jamais dansé sans viole Cependant, La Fontaine n'admet pas la viole pour la danse, et dit :
Car la viole, propre aux plus tendres amours, N'a jamais jusqu'ici pu se joindre aux tambours.
L'amour est joueur de viole, dans Y Histoire comique de Franrion, par Charles Sorel, 1G33. Voici le passage :
(( L'avarice joue de la harpe, la prodigalité du cornet; mais ce n'est pas du cornet-à-bouquin, c'est du cornet à jeter les dés. L'amour joue de la viole; la trahison joue de la trompe et la justice joue du hautbois. »
Selon le père Mersenne, le son de la viole est languissant et propre à exciter la dévotion. La vision de saint François d'Assise semble lui donner raison. Voici cette mystique légende :'
(( Un jour, (lit la tradition, épuisé par ses abstinences et haletant de ses combats, le saint demanda à Dieu de lui accorder un instant du bonheur du ciel. Pendant qu'il le priait ainsi, un ange lui apparut, environné d'une grande lumière, lequel tenait une viole de la main gauche et un archet de la main droite; et François demeurant tout ébloui à l'aspect de cet ange, celui-ci poussa une seule fois l'archet sur la viole et en tira une mélodie si douce qu'elle pénétra l'âme du serviteur de Dieu, le détacha de tout sentiment corporel; et si l'ange eût retiré l'archet jusqu'en bas, l'âme du saint, entraînée par cette irrésistible douceur, se fût échappée de son corps *. » .
La poétique viole personnifia donc à la fois, au cours de son existence, la musique terrestre et la musique céleste.