‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 146 sur 151 · Fétis. Histoire r/énérale de ht musique, t. IL p · texte numérisé non relu

Fétis. Histoire r/énérale de ht musique, t. IL p

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de son (loiil)I(' jeu de coi-dc's. Noiis ;«lIoîis encore en cm- |)riml('r l.-i (IrxTiplioii ;i l^'élis :

. L.i >;iniiii>[ie, dil il, csl de deux espèces : \:\ prciinièrc îi trois cordes de hoy.in cl <'iiM| cordes m(''hdli<|iies ; r.iiilre .m (jualre cordes (!<» hov.iii cl on/e cordes inéUdlifuies. Le premier de ces deux iiisl niinenls esl la sanm^ie de Bénares. Sa collai riicl ion r>l (''levante, comme tous les produis de la liillieri(» de celle ville, el ses oiiiements sonl de bon goiH...

«... La longueur lolale de Tinslrumcnt est de oi centimètres el la caisse sonore, y comj)ris le inaïudie, depuis le cheviller jusqu'à Lextrémilé inférieure, a 12 centimètres de hauteui'. Les trois cordes de boyau sont tendues par autant de chevilles, qui traversent la boîte du cheviller. Ces cordes passent sur un chevalet assez élevé pour qu'elles résonnent sous l'action de l'archet; elles vont ensuite se réunir au tire-cordes. Cinq chevilles échelonnées sur le côté gauche du manche tendent les cordes métalliques, lesquelles passent sous le chevalet et vont aussi s'attacher au tire-cordes ^ »

Rien de plus charmant en effet que l'instrument dont parle Fétis, et qui est reproduit ici. Un oiseau, un bengali sans doute, perché à l'extrémité du cheviller, semble tenir les cordes au bout de son bec; les côtés de la petite boîte renfermant les chevilles rappellent ceux d'un bonnet Médicis; la touche se trouve au même plan que la table; l'attachecordes se compose d'un simple ruban, et les décorations de la caisse sont d'un goût exquis. Mais il n'y a pas de manche h proprement parler, la caisse, qui va en samincissant, en

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1. Fktis. Hialoire (fthiérnle de la musique, t. IT. ]•. 297 et 298.

tient lieu. En résumé, cette sarungie est construite identiquement comme notre ancien rebec, avec, en plus, de légers évidements à droite et à gauche pour le passage de l'archet.

Usitée dans le Bengale, principalement dans le district de Moursed, ou Mourched-Abad, l'autre sarungie, celle qui est montée de quatre cordes à boyau et de onze cordes métalliques, est beaucoup plus lourde d'aspect; le manche y est presque aussi épais que la caisse, et de forme carrée, comme celle-ci. Ajoutons que le nombre de cordes vibrantes de la sarungie varie très souvent, et qu'il est tantôt de cinq, de sept, de onze, ou de treize.

Décrivant les deux sarungies qui se trouvent au Musée du Conservatoire de musique, à Paris, G. Chouquet, dit, non sans raison : « F.-J. Fétis, dans son Histoire générale de la musique^ déclare que l'idée des instruments à archet et à double espèce de cordes appartient à l'Hindoustan, et Villers Stuart, en étudiant les peintures murales des monuments de l'antique Egypte, a démontré que, 1.400 ans avant l'ère chrétienne, les Egyptiens montaient de cordes métalliques plusieurs de leurs instruments de musique (V. Nile Gleanings^ etc., London, 1879) » '. Or, jusqu'ici, rien n'est encore venu fournir la preuve que la sarungie à archet existait 1.400 ans avant Jésus-Christ. L'opinion émise par Fétis est donc très discutable.

Construit d'après les mêmes principes que la sarungie, le (( robab » persan, qui figure dans la collection de M. A. Couesnon, est monté de trois cordes en boyau, et de dix cordes en cuivre jaune, attachées aussi à des chevilles placées sur le côté gauche de Tinstrument. Le « barbett », encore usité en Afghanistan, possède vingt cordes; il est de forme à peu près semblable à la sarungie du Bengale. En Birmanie, le sarôh, imité de celui que nous donnons, est monté de quatre cordes de boyau et de six cordes mé-

1. Gustave Chouql'et. Le Musée du Cunsercatoire national de nutsique, Paris, 1884, p. 200.

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l.illi(im's. I/iis,i<^^(' (le CCS (Ici'nièros cardes est donc très i*r[)MM(lii (l.iiis Ion! 1 ( h'icfil .

Dr nos jours, les Arnhcs noinincnt le rcl),)!) monté d'une seule corde « ndjnh-cch-cliAér » (rebab (1(^ poète I, parce que le musicien fpii s'en serl pour accompagner le narrateur ou rimprovisateur soutient toujours le même son, pour empêcher la voix de chanij^er d'intonation. Le rebab à d(*ux cordes est appelé <( rebabel-moganny » , c'est-à-dire rebab de chanteur; il est utilisé pour jouer les ritournelles, si chargées de fioritures, et pour accompagner et doubler parfois la mélodie. Il ne semble pas toutefois que l'instrumentiste y fasse usage de la double-corde, tout son art consiste à soutenir une note qu'il orne au gré de sa fantaisie.

Villoteau a donné le dessin d'un « rebab-el-moganny »\ qui offre un certain intérêt par sa construction, car il est le seul de tous les instruments orientaux ayant des éclisses. On ne se trouve plus cette fois en présence (Vun tambourin, ou d'une petite timbale ; mais la table et le fond de ce rebab étant formés chacun par une feuille de parchemin collée >ur les cOtés, il offre beaucoup d'analogie avec un tam-

1. X'iLLOTKAU. Desrrijttiiiii histonqno. dr.. ouvrn^e (l(''jà cilr. |. \\. |il. RB. fio-. ji,

^284 LES ANCI^TRES DU VIOLON

bour très plat, dont la caisse aurait la forme d'un trapèze.

Fétis, qui adora TOrient musical et lui attribue Thonneur d'avoir été le berceau des instruments à archet, définit ainsi le « rebab-el-moganny » :

(( La hauteur totale du rebab est de 92 centimètres. Il diffère de la kemângeh a'gouz en ce que le corps de l'instrument est un trapèze dont le sommet est parallèle à la base, et dont les côtés sont égaux. Les quatre côtés sont en bois et assemblés à queue d'aronde. La table et le dos sont formés chacun par une feuille de parchemin collée sur les côtés.

« Le manche est de forme cylindrique, et le cheviller en est la continuation. Ce cheviller est creusé sur le devant, et il est percé sur les côtés d'un ou de deux trous pour autant de chevilles, suivant le nombre de cordes. Le pied, en fer comme celui de la kemângeh a'gouz, est ajusté dans le manche et traverse le corps du rebab. Les cordes, l'abaisse-cordes, le chevalet et l'archet sont semblables à ceux de la kemângeh ' » . .

En reproduisant les descriptions de Fétis, nous avons tenu à faire preuve de notre bonne foi, et à éviter que Ton puisse nous accuser de partialité; car, si nous ne partageons pas l'avis du bénédictin de la musicographie, quant à l'origine des instruments à archet, nous désirons, ainsi que nous l'avons déjà fait à propos de la rote, mettre toutes les pièces du procès sous les yeux du lecteur, afin qu'il puisse se faire une opinion, même différente de la nôtre, en toute connaissance de cause.

Avant d'aller plus loin, il est bon de rappeler que Fétis attribue l'invention des instruments à archet à l'Orient, mais ne se préoccupe aucunement des rapports qui peuvent exister entre la construction du corps sonore de ces derniers avec celui du violon. Pour lui l'archet résume tout, et cela, que la caisse de résonance soit un tambourin, ou une petite tim-

1. Fétis. Histoire génei'nle de la musique^ t. II, p. 144 et 145.

•i.NSTKr.MKN 1> A AUCIIi:! I)i: I/OKIKNÏ 285

\ui\i\ ou Im'ii ciicoïc imc |.(>lil(' h.ii-cjiic, on un lîMiihoui' i)lal. Taihli^ .ph' loiil iiohv liMv.iil ii.i d'-mliv hiil, (pic de rcconslihh'i- le cliiiiiKHi (jui relie le violon .m preimer inslrument à .Michel jiyniil deux l.iMes, des éelisses, nn cliev<ilet, une iuiie el un ni;ni(die : rn nii ni()l,à riiislriimcnl conlcnanl tous les j>|•illei[te^. (|ui eoii^liliieiii le violon.

Non> ponirions donc nous mellrcî fiieilemenl d'accord avec Félis; nialheurcusemcnl, d ne fonde son o[)inion (jue sur des probabilités, et sur trois mots de sanscrit, qui, selon lui, seraient les noms de rarchetprinnitif en bambou'. Or, on sait combi(Mi il est facile de faire dire tout ce que Ton veut aux anciennes écritures, et Fétis lui-même avoue ingénuement que la plupart des indianistes auxquels il s'est adressé pour la traduction d'anciens manuscrits a ont décliné cette mission, h cause de l'obscurité des textes' ». Après cet aveu, et devant l'absence complète de représentations d'instruments à archet sur les monuments de l'antiquité, nous estimons qu'il est beaucoup plus sage, en attendant la découverte d'un document précis, irréfutable, de s'en tenir à ce que nous avons déjà dit sur ce sujet dans notre introduction.

Le lecteur doit être édifié sur le ravanastron, la kemângcb, le sarôh et le rebab, nous n'avons donc pas besoin d'y revenir pour démontrer qu'ils n'ont que l'archet de commun avec le violon. Quant au « rebab-el-moganny », le seul possédant des éelisses, est-il antérieur au crouth? Qui pourra le dire et en établir la preuve?

Le nom de « kemangeh roumy », donné à la viole grecque, dont la forme est analogue aux produits de la lutherie euro-

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