LA VIELE
peu près de même taille que l'alto moderne, la vièle proprement dite, celle dont lo nom servit pour désigner d'une façon générale, durant le Moyen Age, tous les instruments de musique à cordes frottées, se jouait tantôt placée sous le menton, tantôt appuyée contre la poitrine. Ce qui la différenciait des autres vièles, telles que la rubèbe et la gigue, c'est qu'elle avait un manche indépendant de sa caisse de résonance, ne faisant pas corps avec cette dernière, et que le fond de cette caisse était le plus souvent plat.
On doit la considérer comme étant imitée du crouth, à cause de ces deux })articularités. Et même, si l'on admettait, ainsi que nous le laissons entendre à la lin
V I Ji L E
Manuscrit de Froissart (xv^ siècle).
38 LES ANCKTRES DU VIOLON
du précédent chapitre, qu'elle ait été inspirée à la fois du croutli et de la lyra, (jue l'on ait appliqué les principes du premier à la seconde, pour l'obtenir, on devrait encore lui donner la même origine, car elle aurait, dans ce cas, bien plus emj)runté au crouth qu'à la lyra. Mais comme ce sont les princi[)es de construction qui caractérisent un instrument et non sa dimension plus ou moins grande, ni le dessin de ses contours, en réalité, la vicie à archet n'était donc pas autre chose qu'un dessus de crouth à manche dégagé.
Nous avons déjà expliqué, en parlant du crouth, qu'un instrument était dans l'obligation d'avoir un manche indépendant lorsqu'il possédait un certain nombre de cordes, et cela, pour permettre aux doigts de les toucher toutes. Nous n'y reviendrons pas, puisque la vicie était régulièrement montée de cinq cordes, ainsi qu'en font foi les textes d'Elie Salomon et de Jérôme de Moravie, et comme le montrent la plupart de ses reproductions. Mais nous ajouterons que le fond plat était également d'une grande nécessité pour la vièle, non seulement parce qu'elle aurait été plus difficile à tenir, soit sous le menton, ou bien appuyée contre la poitrine si le fond en avait été bombé; mais encore parce que son manche fixé à un des bouts de la caisse ne permettait guère de la construire autrement qu'avec un fond plat et des éclisses.
Tout porte à croire que l'art de la lutherie n'était pas très avancé dans ce temps-là, et si ces vers suivants du Roukui (F Alo.randre :
Li uns tiennenl une vièle, l'arçon lu de saphii-; Et l'autre une harpe, moult fu boine à oir.
nous montrent que la vièle, l'instrument artistique de l'épocpie, j)ossédait parfois des ornements d'une grande richesse, il est de toute ])robabilité qu'on la construisait, le plus souvent, d'une façon assez sommaire, tout simplement d'un seul morceau de bois creusé ou bien de deux :
LA VIl^.LE 39
l'un pour le manche et Tantre pour la caisse, sur larpiclle on collait la table.
La viMe a occupe une i)lace prépondéranle dans la nausifjue au Moyen Age, et son histoire est intimement liée à celle de Tart. On la voit entre les mains des trouvères' et des troubadours ', des jongleurs et des ménestrels ', au nord, au sud, à Test, à l'ouest, partout enfin où Ton chante une ballade ou un lai d'amour :
l^i aulcuns chantent pastourelles; Les autres dient en leurs vièles Chansons, rondiaux et estampies, Danses, notes et gaberies; Lais d'amour chantent et ballades.
(Jkannins Ai.lart.)
C'était bien un instrument à archet :
J'alai o li el praelet,
0 tote la yièle et l'archet,
Si 11 ai chanté le muset.
(COT.IN MrSF.T.)
Félis, qui cite ces deux vers % dit : (( L'archet n'a jamais servi à jouer de la vielle, cet instrument s'appelait rote dans le Moyen Age. » Les mots : h vïèle et larchet, ne laissent cependant aucun doute sur ce point. Nous nous réservons,
1. Les trouvères élaienl les poMes chanteurs el musiciens (h^ lOuesl el du nord de la France.
'1. Troubadour, eu {U'ovencal h-nliddor. signifie : houveur de ]>()csic el de musique.
:>. Les joni^-leurs el les uuMieslreis claienl parfois poMes. mais, le plus souvent, chanteurs et instrumentistes. Ils iuter[)rétaient les (euvres des trouvères el des troubadours, lesquels ne cultivaient la poésie el la musique que pour l'honneur; tandis que les autres en faisaient leur nuMiei-.