‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 36 sur 151 · TU LES A N CET H K S DF VIOLON · texte numérisé non relu

TU LES A N CET H K S DF VIOLON

Muset adressa à un comte de Champagne qui l'avait congédié sans lui offrir le moindre présent :

Sire, ciiens j'ai vielle Devant vos en vostre oslel Si ne m'avés rien donné

C'est vilanie 1 Foi que doit sainte Marie En si ne vos fièvre — je mie, M'ausmonière est mal L»ai'nie Et ma borse mal farsie.

Mais il devait y avoir beaucoup d'aléas dans le métier de jongleur, et tous n'étaient pas riches :

Il ot un jugleour à Sens Oui moult est de povre rivière, N'avoit pas souvent robe entière, Mes moult souvent en la chemise Estoit au vent et à la bise*.

Le dit de la Manille^ pièce de vers du xiif siècle, contient le récit d'un ménestrier populaire qui fait l'éloge de cette monnaie', et avoue qu'il en reçoit beaucoup plus que de deniers, de sous et de livres :

Si je ne menjoie de lart De char de vache ne de buel Devant que aucuns X ou IX M'eust doné por mon chanter, Je me pourroie bien vanter Jamais de char ne manjeroie Ouar certes je ne troveroie Qui tel présent me voustit fère.

Tant s'eusse bien d'arçon trère.

Si me convient le petit prendre Ouar je ne puis la grand alendre

1. De Bahbazan. Contes cl Fnhliau.r, Parii^. n.j(), l. II. p. 18i.

2. La maille était une petite monnaie de enivre qui valait la moitié d'un denier.

LA Vir.I.F "i

Kn aucune plnc(» m'aviout

Que aucun prcudliomnie me vient

Pour oscoulcr cliançon ou noie,

Que lost m'a donné sa cote,

Son garde-corps, son hérip^aul.

Si en suis plus liez el plus haul

El en elianle plus volontiers.

Tels i a qui de ses deniers

Me donne, iiij, ou iij, ou ij.

Oyez, il y a plus de ceus

Oui me donnent ainz moins que plus,

Et je suis cil qui ne refus

Denier, monnoie, ne maaille,

Ainz le praing-, ainçois que je faille.

La situation de ce pauvre diable était loin d'être brillante, et peut se comparer à celle des mauvais racleurs qui, de nos jours, courent de cafés en cafés accompagnant des chanteurs et des chanteuses interlopes, faisant la quêle et acceptant à la fois les sous et les pièces blanches. Aussi les vrais jongleurs faisaient-ils tout leur possible pour ne pas être confondus avec cette basse catégorie d'artistes qui ravalaient la profession. On en trouve la preuve dans une requête adressée à Alphonse X, roi de Caslille et de Léon, par le jongleur Giraud Riquier, et dont voici un court extrait :

« Il n'est pas convenable de comprendre tous les jongleurs sous une même dénomination, puisqu'il y a entre eux de grandes différences. Ceux qui font bien leur état ont le droit de se plaindre de ce qu'on les confond avec de misérables coureurs de rues qui jouent de quelque instrument tant bien que mal et qui chantent au milieu des carrefours, entourés de la plus vile canaille, mendiant leur pain sans pudeur, n'osant se montrer dans une noble maison et s'en allant ramasser quelques sous dans de méchants cabarets. Est-il juste d'appeler jongleurs des gens dont la seule ressource est de montrer des singes et autres bêtes?

l'A LKS AiNCÊTUES DU YIOI.ON

(( La jonglerie a été instituée par des homnnes de science et de savoir pour divertir la noblesse et lui faire honneur par le jeu des instruments. Aussi les nobles seigneurs ontils eu des jongleurs à leur service et en ont-ils encore par bienséance. Puis vinrent les troubadours pour raconter les hauts faits, louer les preux et les enhardir dans leurs prouesses; car qui ne peut les faire peut les juger, et celui qui sait ce qu'elles doivent être n'est pas tenu de les accomplir. Ainsi commenç^a la jonglerie et chacun vécut à son plaisir chez les nobles \ »

La vie joyeuse et facile des ménestrels, les présents qu'ils recevaient, l'estime dont ils jouissaient, en fit tellement augmenter le nombre, que Philippe-Auguste les chassa. Mais ils ne tardèrent pas à rentrer dans le royaume et s'organisèrent sous le nom de Meneslrandie. C'est à cette époque que fut instituée la royauté des ménestriers.

Roquefort, à qui nous empruntons la plupart de ces renseignements, dit : « L'art de la jonglerie ou de la menestrandie fut alors divisé en quatre espèces de talents. Les trouvères ou fabliers composoient les romans, les fabliaux, etc. ; ils mettoient en rimes les sujets que les chantères exécutoient. L'un étoit poète, et l'autre acteurmusicien ; quelquefois, ils réunissoient ces deux arts. Les conteurs débitoient les productions des fabliers et faisaient en rime ou en prose les récits et les contes. On a quelquefois même confondu les historiens sous ce nom. On nommait chantères ou ménestriers les musiciens dont le métier étoit de chanter et de jouer des instruments. Les jongleurs, qui jouoient aussi d'un instrument, étoient une sorte de

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