‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 59 sur 151 · LA · texte numérisé non relu

LA

contre» lo ^eiioii f^^niichc, ri sonlonno \)i\v 1<m jaml)('- droite de rnrlislr. On y coinplc Irois cordes «lUachées h un cordier el |)assant sni* nu clKn'alel. 1'ous les détails, y conipris le sillel de la touche, sont exéculés avec beaucoup de soin. \.c corps (\c riiisirunient se prolonge de cliafjue coté et sur une partie du manche, ce qui se voit assez souvent sur les instruments à archet allemand de cette époque. Cette forme du haut de la caisse a été adoptée pour les violes, et Test encore assez souvent pour la contrebasse actuelle. Le bras droit du musicien, ainsi que les doigts de sa main gauche, sont brisés. Il ne reste qu'une petite partie de l'archet, celle qui était adhérente à la table. Une autre rote, plus allongée, se voyait sur un vitrail de la chapelle de la Vierge ou chapelle d'Hervée\ de la cathédrale de Troyes. Cette verrière, qui datait des premières années du xin" siècle, représentait un arbre de Jessé, détruit ou dispersé aujourd'hui.

Jouée par un roi David, qui la tient comme l'ancien crouth,

appuyée sur sa cuisse gauche, cette rote est très élancée, et peut, à cause de l'élégance de ses formes, être considérée comme un type de cette époque. Montée de quatre cordes, fixées à un attache-cordes, dans le genre de ceux des guitares, car il n'y a pas de cordier, elle a quatre ouïes, dont deux sont percées en dessous des larges échancrures

ROTE

Bas-relief en marbre de la fin du XII** siècle (musée de Cologne),

1. Celte chapelle est ninsi ({('«sionôc. parce qiH' (-'('«t IrvcMpie do ce nom qui la fait l)Alir m l>-23.

de la caisse, et les deux autres, dans le haut de la table de chaque côté de la touche. Sur le cheviller, cinq points en losange figurent les chevilles, bien qu'il n'y ait que quatre cordes (celui du milieu n'était sans doute que décoratif). L'archet, excessivement long, en forme d'arc, est tenu de

la façon inverse à celle qui a été adoptée depuis, à peu près comme le tenait le célèbre contrebassiste italien Dragonetti.

Quel était l'accord de la rote?

Jérôme de Moravie n'en parle pas; mais il est h supposer que lorsqu'il dit dans son chapitre xvni : « Nous parlerons d'abord de la rubèbe, puis des vièles — (( Jdcirco primo de rubebâ^ posteà de vïellis dicemur », il a, comme le fait justement remarquer Coussemaker, « par ce motcollectif^?ie//i^, voulu désigner tous les instruments à archet de son temps, et y comprendre la rote et la gigue.

Cette conjecture se fortifie en voyant la plupart des auteurs du Moyen Age employer le mot vièles dans un sens collectif. » Il est donc probable qu'un des accords indiqué pour la vièle s'appliquait également à la roto, qui était non moins estimée et recherchée.

ROTE

Vitrail de la cathédrale de Troyes (xiii** siècle).

Les trouvères et les troubadours employaient surtout la rote pour accompagner ou pour jouer les lais. M. Edélestan

LA ROTF. 158

(Kl Moril ' nous apprend que le lai (Hait un air, un accompa- «i^nciniMit, (pii devint assez célèhrc pour désigner un certain i^cnre de poésie, mais (jnc, dans le principe, on ne l'appliquait (pfau Iravail du musicien.

11 y avait des lais pour cliacjue instrument, mais ceux de rôle paraissent avoir été les préférés de Marie de l'rance :

Lo lais osconlnnl (TAir'lis

Que hum Yrois doucement noie

Moult le sonne en sa rote.

{Lai (le l'Espine.)

Elle y joignait quelquefois celui de harpe :

De cesl Gunte K'oi avez Fu Gegemer le lai trovcz, Qu'hum dist en harpe è en rote :

Boine en est à oïr la note.

La rote a donné son nom aux rotruenges^ chansons à ritournelles ou à refrain :

Assez aves oi chançons Et Ions respis et nouviaux sons Dire fables et rotruenges Lais de rotes et de nou vielle s Et autres mélodies belles.

[Roman des Sept Sages.)

Mult or à la cort jugléors Chantéors, instrumentéors.

Mult poissiez oïr chançons Rotruenges et noviax sons, Vièleures, lais et notes, Lais de vièles et de rotes Lais de harpes et de frétiaux Lyres, tymbres et chalumiaux Symphonies, salhM'ions, Monocordes, cymbres, corrons.

[Roman de Rrul.

i. Edélestan du Méril. Hisloire de la poésie Scandinave, p. 209 et «iiivnntes.

d24 LES ANCÊTRES DU VIOLON

Employés comme termes colleclifs, les mots viel ou vieller se rapportent souvent à Faction de jouer des rotruenges, et, dans ce cas, doivent désigner la rote :

Se pot avoir moi un viel Tôt moi (User bon rotruel.

[Roman du Eenard.)

Viollent ménestrel rotruenges et sons.

(Du Gange, Suppl. au Gloss.)

Le nom de rohtlœ a été donné à des espèces de noëls, que Ton chantait autrefois dans les églises pour bercer l'enfant Jésus.

On voit la rote figurer dans les bals et dans les fêtes :

Quand les tables furent ostées Les rotes se sont arotées Pour dansier et faire festes.

(Ms. de M. Douce *.)

Vers 1320, Mario-Sanuto l'indique parmi les instruments destinés à une croisade : « ... et alïqua alia gênera dulc'ia mmkornm^ ut sunt violœ^ cytharœ et rotai'^. »

Eustache Deschamps cite encore la rote :

Plourez harpes et cors sarrazinois

La Mort machault la noble rhétorique

Rubèbes, leuths, vielle, syphonie,

Psalterions, tous instrumens coys,

Rothes, guiterne, flaustes, chalemie,

Traversaines, et vous nymphes de boys,

Timpane aussi mettez en œuvre dois; Et le choro n'y ait nul qui le réplique Faictes devoir plourez, gentils galois,

La Mort machault la noble rhétorique

Boteor est mis pour joueur de rote, par d'anciens poètes,

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