‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 6 sur 151 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

cythares, etc., sont reproduites sur les monuments figurés que nous ont laissés les Egyptiens, les Assyriens, les Grecs et les Romains, tandis que l'on n'y voit pas un seul instrument à archet.

Le dieu Hasard, qui jouo un si grand rôle dans la plupart des inventions, ne resta sans doute pas indifférent à la naissance de l'archet, qui fut peut-être découvert par suite d'une circonstance fortuite. Cependant, afin d'apporter la plus grande lumière possible sur ce point, il est utile de rechercher si cet agent du son, qui donne l'expression, la chaleur et la vie à la corde, n'est pas la conséquence d'un besoin musical, si nous n'en sommes pas redevables au désir bien naturel d'imiter la voix humaine sur les instruments; en un mot, si sa création ne s'imposait pas comme moyen d'exécution pour produire certains effets impossibles à rendre en pinçant les cordes. Or, puisque l'archet permet non seulement de soutenir un son, mais encore de faire entendre plusieurs sons soutenus à la fois, qu'il rend possible la prolongation du son, et par conséquent des harmonies, examinons donc les genres de musique qui réclamaient son emploi.

Si l'on s'en tient au premier de ses effets, qui s'applique à toute espèce de mélodie, l'archet aurait pu venir au monde sur n'importe quel point du globe, aussi bien à Pékin qu'à Paris, à Bombay qu'à Moscou, et cela, quel que fût le système musical employé dans le pays d'origine; que la gamme s'y trouve construite par tons, par demitons, par quarts de tons, ou que ces intervalles y soient combinés de n'importe quelle façon.

Pour le second effet, qui implique une échelle de sons comportant des harmonies naturelles, la préférence devrait

INTRODUCTION xv

être accordée à l'Occident, car non scnlemcnt les gammes orientales ne se prêtent pas toujours aux combinaisons de sons simuUancVs, mais les peuples eux-mêmes n'ont pas un goût harmonique très prononcé. Villoteau cite un fait bien caractéristique ri ce sujet: « J'ai connu à Paris, dit-il, un Arabe qui aimait passionnément la Mnrsnllaise, et qui me demandait souvent de lui jouer cet air sur le piano; mais lorsque j'essayais de le jouer avec son harmonie, il arrêtait ma main gauche en me disant : iVon, pas cet mr-Ui; V antre sndewent. Ma basse était, pour son oreille, un second air qui l'empêchait d'entendre la Marmllaïse. »

Quoi qu'il en soit, que l'archet ait été trouvé par hasard ou que Ton doive sa création à un besoin musical quelconque, ce n'est pas en Orient, mais en Europe, en France, qu'il est signalé pour la première fois.

Venantius Fortunatus, évêque de Poitiers, à la fin du vi*" siècle, cite le crouth breton, dont nous avons déjà parlé, comme un instrument aussi connu de son temps que l'achillienne grecque, la lyre romaine et la harpe. Pour être mentionné de la sorte, il fallait bien que le crouth fût déjà d'un usage très ancien.

Il n'était cependant pas encore connu en Gaule lors de la conquête romaine, et Jules César n'en parle pas dans ses Commentaires^ où il constate le goût musical des Gaulois. Le grand capitaine évite, il est vrai, d'y parler avantageusement des peuples vaincus, et s'étend, au contraire, avec beaucoup de complaisance sur tout ce qui est favorable aux Romains, mais comme il était très passionné de musique*, cet instrument l'aurait sans doute vivement intéressé par sa

1. Jules César allira de nombreux musiciens près de lui; Suétone porte à dix ou douze mille le nombre de ceux qui vivaient à Rome de son temps.

Page 1