‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 62 sur 151 · ROTE A QUATRE CORDES · texte numérisé non relu

ROTE A QUATRE CORDES

Manuscrit

de la biliothèquc de Gand

(xive siècle).

M r s I c I K .\ s 1) iiprrs im niMiuiscril, de la l)il»lic>t li("'(|ii(' iiiil ioiialc (xV hirclc).

LA RUBÈBE ET LE REBEG

ON devait connaître la rubèbe à peu près vers la même époque que la vièle, car elle est souvent citée dans les anciennes poésies, sous les noms de rebèbe, rebelle, rubèbe, etc., en même temps que cet instrument et que tous ceux que l'on pratiquai! alors :

Harpes bien sonnans ci rebebes.

{Roman de la Rose.)

Guitcrne, rebebe ensement Harpe, psaltérion, douçaine N'ont plus amoureux sentement Vielle, fleuthe traversaine.

(EUSTACHE DeSCHAMPS.)

Sonnez, tabours, trompes, tubes, clarons,

Flustes, bedons, symphonies, rebelles, Cymbales, cors doulx, manicordions.

(MoLiNET, Chanson sur la journée de Guinegate.)

128 LKS ANCÈTKKS J)U VIOLON

Guillaume de Macliault, poète el musicien du xiv' siècle \ n'oublie pas de la faire figurer dans son j)oème Lï Temps pasiour, au chapitre : Comment li amant [ut au dîner de sa dame :

Mais qui véist après man^ier Venir meneslreux sans dangicr Pignez et mis en pure corps Là furent meints acors.

Car je vis là tout en un cerne Viole, rubèbe, guiterne, L'enmorache, le micamon Citole et le psaltérion ; Harpes, labours, trompes nacaires.

Orgues, cornes plus de dix paires.

Cornemuses, flajos et chevrettes, Douceines, simbales, clochettes Tymbre, la flauste brehaingne Et le grand cornet d'Allemaingne, Flajos de sans, fistule, pipe.

Muse d'Aussay, trompe petite, Buisines, èles, monocorde Où il n'a qu'une seule corde, Et muse de blet, tout ensamble ; Et certainement il me samble Ou'oncques mais tele mélodie Ne fut oncques vene ne oye, Car chacuns d'eus selonc l'acorl De son instrument sans descort,

1. Guillanine de Macliault, né en Chanipai^ne vers 1284, était secrétaire de Jean de Luxembourg, loi de Bohème; il a composé des motets, des ballades, des chansons, ainsi ({u'une messe à trois et à quatre parties, qui fut exécutée, dit-on, au sacre de Chailes V, roi de France, en 1364. Un fragment de conveisation, rapportée par Monleil dans son Histoire des François, etc., montre que de Machault avait des admiraliMus enthousiastes : « Vous trouverez des personnes (pii osent bien vous demander si la musi(iue des anciens était meilleure que la nôtre? Ah. père André! qu'il est des honmies malhouieusement nés! Pour eux la magnilicence du déchant n'existe pas. Pour eux n'existent pas les mélodieuses compositions d'Adam de la Halle et de Guillaume de Machault. qu'on entendra encore avec transport dans mille ans d'ici; car nos plus fameux chantres ne cessent de vous dire (pi'il en seia de la musique actuelle comme du vin dont ils boivent : /ilus elle vieillira plus on la trouvera bonne. »

LA lUIil^liK Kl LI-; UKIiEC 12Î)

\'i()l(' ', ^uilciiic, cilolc, Harpe, li()in|K', coiiic, Hajolc, IMpc, soiillc, imisc, iijujiiJiiiM', 'l'ahoiiic, cl <|ii;iii<|iir on |)U('I l'aiic, De (lois, (le jKMincs ri de I ai'clicl Ois cl vis en c(^ parclicl.

C'est encore à Jérôme de Moravie qu'il faut s'adresser pour avoir la déliniliou de la rubèbe et connaître son

accord :

<( La rubèbe, dit-il, est un instrument de musique qui n'a que deux cordes à une dislance d'une quinte l'une de l'autre; cet instrument se joue comme la vièle, avec un archet. Ces deux cordes, tant par elles-mêmes qu'autrement (c'est-à-dire sans et avec application des doigts sur les cordes)* rendent dix sons, savoir: depuis C,/a, lU (w/ grave), jusqu'à D, /«, sol, re [re à la neuvième de Vut), de la manière suivante. Celui qui veut jouer de la rubèbe doit tenir cet instrument de la main gauche, entre le pouce et l'index, immédiatement près de la tête, de la même manière que l'on tient la vièle. S'il louche avec l'archet la première corde, sans y appliquer les doigts, elle donne le son C,/rt, ut, \iit grave) ; si l'on applique l'index sans l'arrondir, ainsi que nous l'entendons dans l'application des autres doigts sur la rubèbe comme sur la vièle, mais en le laissant tomber naturellement sur cette corde, elle donne D, sol, re {re grave). Si l'on applique le médiaire immédiatement auprès de l'index, ce que l'on doit faire de tous les autres doigts, tant sur la rubèbe que sur la vièle, on obtient le son E, la, mi (mi grave) ; en appliquant l'annulaire ou quatrième doigt, on obtient le son F, fa, ut (/'(<« grave) . Il est, en outre, nécessaire que ce soit la corde suivante qui forme les autres

1. Tous ces mots sont les conjugaisons des verbes violer, guitcrner, cito- 1er, etc.

2, Nous donnons la traduction du latin, publiée par M. Pernc, Revue musicale, t. II, p. 457 et suiv., qui a été déjà reproduite par Coussemaker. Les mots entre parentlièses, no sont pas, dans le texte primitif.

LKS ANCÉTRKS DU VIOLON

sons. Sans application de Tindex, elle donne G, .sv>/, ;y?, ut (i'o/), et avec l'application A, A/, mi^ re [la) ; de môme, par l'application du mcdiaire tombant sur la corde non naturellement, mais tourné et tiré au-dessous près de la tête de la rubèbe, on a le son B, fa [si bémol); par l'application de ce même doigt non tourné, mais tombant naturellement, la corde rend le son B, mi {si bécarre). Ce qui démontre que, du même doigt, on forme non un seul son, mais deux, savoir : B, />/ [si bémol) et B, ??zt [si bécarre). De même, par l'application du quatrième doigt, on obtient G, soi^ fa, ut [ut octave àhU grave) ; et, par l'application de l'auriculaire, on obtient pour complément D, la, sol, re [re octave de re grave), et la rubèbe ne peut monter davantage*. »

La corde la plus grave donnait donc : /' <i l'autre : "y* —

et

. De sorte qu'avec l'application des

doigts la rubèbe avait l'étendue suivante :

r i^ Corde, V 2^ Corde. ^

XE

fe

On voit, par cet exemple, que la rubèbe n'offrait que de très faibles ressources à l'exécutant, aussi paraît-elle avoir été moins estimée que les autres instruments à archet de son temps, car elle n'est pas au nombre de ceux que devait posséder un bon jongleur, suivant Giraud de Galençon, et ne figure pas non plus dans le fabliau Les deux Bordeors ribaus ; ce qui semble indiquer qu'elle n'était pas rangée parmi les instruments artistiques et que son rôle était secondaire.

Page 1