‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets; (volume 2)Chapitre 73 sur 151 · LA GIGUE · texte numérisé non relu

LA GIGUE

EN France, le nom de gigue semble avoir élé porté exclusivement par la plus petite des vièles, par celle qui servait de dessus ou plutôt de pardessus aux autres instruments à archet. On écrivait : gigueS gighe, gygue, gige, giga.

Gigue, ne harpe, ne vièle Ne vaucissent une cenèle.

{Lai de V oiselet.)

Madame Musique as clochetes El li clerc plain de chançonetes

Portoient gigues et vièles

Salterions et tleutèlos.

\^L(i haldiUe des sept arts.)

\. << dif/a est ivslvnmei)lum musiciim et diciluv rjallice gif/ite... » Maf/isfri Johann is de (ifirlaiidis I)iclionanis, art. L\'F.

154 i.ES ANCÊTRES DU VIOLON

De gighc sot, de simphonic, Si savoit assès crarmonic,

{Roman de Brut.)

Estives, harpes et sautiers,

Vièles, gygues et rotes

Oui chantoient diverses notes.

{Romain dp la Poire.)

On le voioit esbanoier En estrumens oir, soner, Psaltère, harpes et vièles Et giges et chifonies bêles.

{Le Lucidaire.)

Là véissiez maint jogléor, Maint hiralt et maint lecéor Giges et harpes et vièles, Muses, flaustes et frestèles, Tymbres, tabors et sinfonies, Trop furent grans les mélodies.

{Roman de Dolopathos.)

L'us flautella, l'autre viula, L'us mena giga, l'autre rota.

{Roman de Flamenco.)

Mais il n'en était pas de même en Allemagne, où. le mot geige, équivalent de notre mot vièle, s'appliqua d'abord indifféremment à toutes les vièles en général, et plus tard à toutes les violes ; et cela, qu'elles fussent construites de n'importe quelle façon, à fond plat ou bombé, ou bien avec manche dégagé ou non. Autrefois, on disait : gige et gigen :

Ern ist gige noch diu rotte.

{Wolfram von Eschenbach, Parcival,)

Se gige und ir rotte.

iGoTTFRiED VON Strassburg, Trisitan.)

Liren und gigen.

(GOTTFRIRD VOiN SinASSBURO.)

LA (ilCilJK 15:i

Et le verbo ^ci^cn, comme Ui noire viéler, exprimait Taclion (le jouer de la viM(» on de tout antre instrument à cordes et à archet.

An (Irl)ut des recherches sur les instruments, r|neh|ues auteurs ont rinis des o|)inions diverses sur la nature de la n;i^ue. Ho((ue('orten donne lesdélinitions suivantes : « Gigue, f/if/p, sorte d'instrument à vent. — Gifjuc, espèce de danse. — G'ujuc, la cuisse. — Gigueour, (jifjiœvi\ joueur de l'instrument appelé gigue ou gige », etc. \ Bottée de Toulmon reste dans le doute : « Quant à la gigue, dit-il, Teumorache, le micamon et la trépie, j'avoue qu'ils me sont inconnus ^ » Dante en parle dans sa lïunm Comodio'.

E corne ii^it^a c arpa, in Icnipora tesa Di molle corde, fan dolce tintino A tal da oui la nota non è intesa.

{Paradiso, cant. XIV.)

Ce passage montre que la gigue était bien un instrument à cordes, et comme le mot allemand geige s'appliquait à toutes les vièles sans exception, la gigue ne pouvait donc être qu'un instrument à cordes et à archet.

Dans son Roman de Cléomadès^ que nous avons cité dans le chapitre consacré à la vièle, Adenés li Rois ayant écrit :

Et de giguéours d'AUemaigne,

de Coussemaker, qui traduit : « Joueurs de gigue d'Allemagne », en conclut que la gigue était d'origine allemande. Peut-être le vieux poète a-t-il voulu dire : et joueurs de gigue allemands, et caractériser la nationalité des individus qui jouaient ici de la gigue, plutôt que celle de l'instrument ?

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