Roquefort. Glossaire de la Idi.yue romane
2. Bottée de Tol'Lmont. Dh<r,:'rlalion sur les instruiyiejiis de niusigup au Moyen Age.
15r) LKS ANCftTHRS DU VIOLON
11 n'y aurait rien d'impossible h ce que le nom de la gigue vînt de gigot. Emile Gouget dit :
(( Jambqn, Jambonneau. — Violon (argot d'orchestre). La couleur et la forme de ces deux objets ont quelque analogie. A ceux qui, trouvant ce rapprochement bizarre, s'indigneraient de voir la charcuterie envahir le domaine de l'art, nous rappellerons qu'au xvii' siècle la contrebasse du hautbois était appelée cervelas et qu'au Moyen Age on se servait d'un violon à trois cordes, la f/if/ffe (de gigua, jambe, cuissej, ainsi nommée à cause de sa ressemblance avec un gigot \ »
Quoi qu'il en soit, la gigue était très estimée des jongleurs et des ménestrels ; les trouvères parlent rarement de la harpe, de la vièle et de la rote, qui étaient les instruments les plus recherchés, sans la nommer. Guillaume de Machault la désigne sous le nom de gingue dans son poème sur la Prise d'Alexandrie :
Là avoit de tous instrumens;
Et s'aucuns me disoit : Tu mens.
Je vous dirai les propres noms
Qu'ils avoient et les seurnoms,
Au moins ceuls dont j'ai connoissance
Se faire le puis sans ventance ;
Et de tous les instrumens le roy
Dirai le premier, si comme je croi :
Orgues, vielles, micamon,
Rubèbes et psaltérion,
Leus, moraches et guiternes
Dont on joue por les tavernes;
Cimbales, cuitolles, nacquaires,
Et de flaïos plus de X paires
C'est-à-dire de XX manières.
Tant de fortes comme de Icgières;
Cors sarrazinois et doussaines,
Tabours, flaustes traversaines,
Demi-doussaines et flaustes
Dont droit joue quand tu flaustes :
i. Arf/ol musical, Pariïi. 1(S!)2.
LA (IKillK l;i7
Tromjx's, hiiisincs cl Irompollos, (iiii^ucs. i"()l('s, li;n*|)<'s, clicvrcllcs, (loriicimiscs cl clialcincilcs, Muscs d'Aiissay riches cl l)cllos, KIcs, IVostianx ol monocorde Oui à Ions iiislniiiiciis s'accorde; Musc {\c hici' (ju'oii prend en lerr(; Trcpic, rcschaqucil d'An^l(^lerre, Chifonic, llaïos de sans; El si avoit plusieurs corsans D'armes, d'amour de sa gent Qui esloienl courlois et gent.
Mais tous les cloches sonnoienl Oue si très grant noise menoient Que c'esloienl un grant merveille, Le roi de ce moult se merveille, ■ Et dist qu'oncques mais en sa vie Ne vist si très grant mélodie.
L'auteur donne ici une bien plus longue énuméralion des instruments de musique de son époque que dans Li te?nps /tastour, et l'on peut voir que certains d'entre eux ne sont pas orthographiés de la même manière dans ses deux poèmes.
La gigue dérivait aussi de la lyra . Sa caisse, à fond bombé, sans éclisses et sans échancrures sur les côtes, se prolongeait en diminuant insensiblement, de façon à tenir facilement dans la main, jusqu'au cheviller, qui, le plus souvent, décrivait une courbe gracieuse en revenant sur lui-même, et dont l'extrémité était parfois ornée d'une tête sculptée. Percée de deux ouïes, la table, tout à fait plate, était surmontée, <Ju côté du cheviller, par une touche aussi large qu'elle, et qui devenait une sorte de double table, car on y pratiquait aussi des ouvertures sous forme de rosace ou de losange ; de
Lt:S ANCÉTIU:S DU VIOLON
sorte que, sur cette partie de Tinstrument, un second corps sonore était disposé au-dessus du premier. Etroite et elfilée, sa largeur, beaucoup moindre que celle du rebec, la différenciait de celui-ci; mais son diai)ason devait aussi offrir
des dissemblances qui empêchaient de les confondre. Instrument chantant par excellence, elle était plutôt propre à faire en-, tendre des mélodies, des airs vifs et sautillants que des accompagnements et il est bien certain qu'Aymeric de Peyrac faisait allusion à la gigue et la confondait avec le rebec, à cause de sa forme, lorsqu'il écrivait que celui-ci rendait des sons imitant les voix de femmes.
En France, en Angleterre et en Allemagne, elle était généralement montée de trois cordes ; mais en Italie, où elle fut également très répandue, les vieux maîtres des différentes écoles de peinture, qui nous en ont laissé de ravissants modèles, la représentent presque toujours avec un plus grand nombre de cordes ; ce qui ferait supposer qu'elle y avait un caractère plus relevé , qu'elle y était un instrument plus artistique que dans les autres contrées.
L'exemple que nous donnons, emprunté à un tableau de Cima da Conegliano (1480-1520), nous montre un ange jouant d'une gigue où Ton remarque tous les détails de construction que nous venons de décrire. Montée de quatre