LES VIOLES
xN a vu que nos anciens poètes se servaient parfois du mot viole comme synonyme de vièle :
Devant eux font li jugleor chanter Rotes, harpes et violes soner.
[liunian de Garin.)
Guillaume de Machault écrivait indifféremment vielle ou
viole :
Orgues, vielles, micamon
Rubèbes et psalterion
{La prise d'Alexandrie.)
Car je vis là tout en un cerne Viole, rubèbe, guitêrne.
{Li Temps paslour.)
ISO LKs AN(:i>Tnh:s Dr violo.n
La première de ces dénominations était généralement employée par les trouvères, tandis que la seconde semble avoir été préférée par les troubadours :
Lus viola lais del Cabrefoil, E Tautre cel de Tintafoil; Lus cantet cels del fis Aimaiiz, E l'autre cel que fes Iwanz :
L'us menct arpa, l'autre viula Lus flauslella, l'autre siula.
(GiRAUD DE Cabrera, Hunuiii <lt Flamenca.)
Le même auteur dit aussi :
Mal saps viular Mal t'enseignet Cel que t'montret Los dolz à menar ni Tarcjon.
A partir du xv' siècle, le nom de viole resta définitivement à l'instrument à archet, à éclisses et à manche et cela, quelle que fût sa taille. C'est aussi vers cette époque que la symphonie hérita du nom de vielle, qu'elle a toujours porté depuis.
Les violes étaient le résultat des améliorations successivement apportées aux vièles. Ce n'était plus un ensemble d'instruments, mais bien une famille, dans laquelle chaque individu, tout en ayant quelques petits détails particuliers et des proportions différentes à cause de son diapason plus ou moins élevé, reproduisait à peu près le même modèle.
Les nouveaux instruments sont uniformes, on ne les voit plus tantôt plats, tantôt bombés. Que la viole soit petite ou grande, la caisse de résonance est toujours plate, des éclisses assez hautes en font le tour et relient les deux
LI'IS VM)Li:S 181
hihlt's. — Lt'r^ r('li<nHi'iM<'s |)i';ili(jiiées sur les côtés sont en roiinc (le ( ] Irrs oinciL — L<i l;il)l(' (rii.irmonic; csl h'^rreinent voOI('m', Liihlis (|iir celle du loiid, ^n''i)<''i'alem(»nt [)I;ite, est [>i-es(jiH luii jouis e()Uj)ée en si filet (lu r^)ii'. du innnehc. — L(îs ouies, ré«j;ulièi-einent fixées nu nc)nil)re de dcîux, sont percées de eli.'Kjue e<Ué du ( liev.'det h !a hauleui- des écliancrures ; ell(»s re]>r(''S(Mi(eiil , le jdus souvent des (^, souf d^ms la viole d'anioui- où ce sont des llanimes. — Sui" 1rs grandes violes, on voyait aussi au \v' et au xvT siècle une rosace découpée h jour, enln^ le chevalet et la touche, vers l'extrémité de celte dernière, (pii n'était pas très longue; cette rosace^ ne se rencontre que très rarement sur les basses de violes du xviT et du xvni* siècle. — Les bords des tables ne dépassent pas les éclisses, ils sont coupés au ras de ces dernières. La table d'harmonie étant presque toujours en sapin, pour donner de la solidité à ses bords et les empêcher de s'effriter, on y incrusta des filets qui en suivaient tous les contours. Celle du fond en eut aussi, et souvent ces filets étaient assez capricieux.
La division des cordes était marquée sur la touche des violes, comme cela se pratique encore sur la mandoline et la guitare; il y avait sept cases, qui étaient faites tout simplement avec de la corde à boyau entourant à la fois la touche et la poignée du manche. Cet usage fut abandonné lorsque les exécutants devinrent plus habiles; mais il reste encore quelques basses de violes ayant ces divisions, et nous avons vu d'anciens manches de violes où l'on distinguait parfaitement les emplacements qu'elles y occupaient.
Les violes sont toujours munies d'un cordier, qui est souvent de coupe élégante. Au lieu du trifolium et de l'équerre renversée que l'on remarque dans les anciennes vièles, on adopta la forme de crosse légèrement recourbée en arrière pour les chevillers des violes. Les têtes sculptées, qui commençaient à être de mode au Moyen Age, devinrent plus tard d'un usage général. Dans les petites violes, ce sont des
ij:s anci^.tres du vk)1.on
têtes de femmes. Les basses de violes ont tantôt des têtes de cheval ou de lion; parfois des rois y sont représentés.
Pour créer la famille des violes, qui était très nombreuse, il n'y eut pas à faire un grand effort. La rote du chapiteau de Saint-Georges de Bosclierville, contenant déjà, en principe,