‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets (volume 3)Chapitre 19 sur 158 · FLUTE ET VIE LE A TROIS CORDES · texte numérisé non relu

FLUTE ET VIE LE A TROIS CORDES

Manuscrit des Minnesinger (xme siècle).

peu près de même taille que l'alto moderne, la vièle proprement dite, celle dont lo nom servit pour désigner d'une façon générale, durant le Moyen Age, tous les m f le instruments de musique à cordes frottées,

Manuscrit se jouait tantôt placée sous le menton, Osv«"»ttï*r tanlôt appuyée contre la poitrine. Ce qui la différenciait des autres vièles, telles que la rubèbe et la gigue, c'est qu'elle avait un manche indépendant de sa caisse de résonance, ne faisant pas corps avec cette dernière, et que le fond de cette caisse élait le plus souvent plat.

On doit la considérer comme étant imitée du crouth,

cause de ces deux particularités. Et même, si l'on

admettait, ainsi que nous le laissons entendre à la fin

du précédent chapitre, qu'elle ait été inspirée à la fois du crouth et de la lyra, que l'on ait appliqué les principes du premier à la seconde, pour l'obtenir, on devrait encore lui donner la même origine, car elle aurait, dans ce cas, bien plus emprunté au crouth qu'à la lyra. Mais comme ce sont les principes de construction qui caractérisent un instrument et non sa dimension plus ou moins grande, ni le dessin de ses contours, en réalité, la vièle à archet n'était donc pas autre chose qu'un dessus de crouth à manche dégagé.

Nous avons déjà expliqué, en parlant du crouth, qu'un instrument était dans l'obligation d'avoir un manche indépendant lorsqu'il possédait un certain nombre de cordes, et cela, pour permettre aux doigts de les toucher toutes. Nous n'y reviendrons pas, puisque la vièle était régulièrement montée de cinq cordes, ainsi qu'en font foi les textes d'Elie Salomon et de Jérôme de Moravie, et comme le montrent la plupart de ses reproductions. Mais nous ajouterons que le fond plat était également d'une grande nécessité pour la vièle, non seulement parce qu'elle aurait été plus difficile à tenir, soit sous le menton, ou bien appuyée contre la poitrine si le fond en avait été bombé; mais encore parce que son manche fixé à un des bouts de la caisse ne permettait guère de la construire autrement qu'avec un fond plat et des éclisses.

Tout porte à croire que l'art de la lutherie n'était pas très avancé dans ce temps-là, et si ces vers suivants du Roman d? Alexandre :

Li uns tiennent une vièle, l'arçon fu de saphir; El l'autre une harpe, moult fu boine à oir.

nous montrent que la vièle, l'instrument artistique de l'époque, possédait parfois des ornements d'une grande richesse, il est de toute probabilité qu'on la construisait, le plus souvent, d'une façon assez sommaire, tout simplement d'un seul morceau de bois creusé ou bien de deux :

LA VIÈLE 39

l'un pour le manche et l'autre pour la caisse, sur laquelle on collait la table.

La vièle a occupé une place prépondérante dans la musique au Moyen Age, et son histoire est intimement liée à celle de l'art. On la voit entre les mains des trouvères1 et des troubadours 2, des jongleurs et des ménestrels 3, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, partout enfin où l'on chante une ballade ou un lai d'amour :

Li aulcuns chantent pastourelles; Les autres client en leurs vièles Chansons, rondiaux et estampies, Danses, notes et gaberies; Lais d'amour chantent et ballades.

(Jeannins Allart.)

C'était bien un instrument à archet :

J'alai o li el praelet,

0 tote la vièle et l'archet,

Si li ai chanté le muset.

(Coi. in Mtset.)

Fétis, qui cite ces deux vers ', dit : « L'archet n'a jamais servi à jouer de la vielle, cet instrument s'appelait rote dans le Moyen Age. » Les mots : la vièle et l'archet, ne laissent cependant aucun doute sur ce point. Nous nous réservons,

1. Les trouvères riaient les poètes chanteurs el musiciens de l'ouest et du nord de la France.

2. Troubadour, en provençal trobador, signifie : trouveur de poésie et de musique.

3. Les jongleurs et les ménestrels étaient parfois poètes, mais, le plus sou vent, chanteurs et instrumentistes. Ils interprétaient les œuvres des trouvères et des troubadours, lesquels ne cultivaient la poésie et la musique que pour l'honneur; tandis que les autres en faisaient leur métier.

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