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LA VIÈLE
trumenl) et qu'il n'y en ait aucune fixée sur le côté, afin qu'elles soient toutes disposées de façon à recevoir l'application des doigts selon le son (qu'on veut obtenir) et de manière qu'elles forment, par elles-mêmes, les mêmes notes que dans la première manière. Dans cette manière d'accorder, la première corde, c'est-à-dire le bourdon, donne E et F (MI et FA graves), par l'application de l'index et du médiaire. La deuxième corde, la troisième et la quatrième sont comme dans la première manière d'accorder, mais non la cinquième, qui n'est pointa l'unisson de la quatrième, mais qui doit être à la quarte de rf(RÉ), c'est-à-dire placée à l'aigu à la quarte de g (SOL), Alors cette cinquième corde, par l'application de l'index, donnera "a (LA suraigu); par l'application du médiaire recourbé bb (SI bémol suraigu) et du médiaire tombant naturellement B bécarre (SI bécarre suraigu) par l'application de l'annulaire \ (UT suraigu) ; et enfin par celle de l'auriculaire \ (RE suraigu), pour les autres cordes, ainsi qu'on l'a dit précédemment. »
Accordée ainsi, la vièle offrait de grandes ressources ; on ne démanchait pas à cette époque, mais à la première position elle avait trois notes de plus dans le grave, et une de moins dans l'aigu que l'alto moderne :
2^ Corde.
i'.'e Corde.
| 3? Corde.
41 Corde.
5'.' Corde.
TT
Le côté amusant de cette manœuvre, c'est qu'il fallait, comme avec la première manière d'accorder, passer de la deuxième à la première corde, avant de revenir à la troisième, pour faire entendre une gamme montante dans toute l'étendue. Jérôme de Moravie s'est-il expliqué assez clairement? Les deuxième et troisième cordes ne formaient-elles pas une corde double, accordée à l'octave?
« La troisième manière est opposée à la première, en ce
que la première corde donne r (SOL le plus grave) ; la deuxième C (UT grave), la troisième G (SOL, octave du SOL le plus grave); la quatrième el la cinquième d (RÉ aigu). Dans cette troisième manière, à l'exception de b aigu (SI bémol aigu), qu'on ne peut faire sur la troisième corde ', les sons intermédiaires se trouvent comme dans la première manière susdésignée. En pratiquant ce que l'on vient de voir et en le fixant dans sa mémoire, on possédera entièrement l'art de vicier. »
Voici la disposition et l'étendue, avec la troisième manière d'accorder :
l':e Corde.
r. Corde.
3T Corde.
4! et 5!
Cordes.
$ oo *
« Finalement cependant, il est à remarquer que ce qui, dans cet arl, est le plus difficile, le plus solennel et le plus beau, c'est de savoir répondre avec les bourdons par les premières des consonances à chacun dés sons dont se compose chaque mélodie; c'est que le bourdon ne doit être touché avec le pouce que lorsque les autres cordes, touchées par l'archet, produisent des sons avec lesquels le bourdon forme une des susdites consonances, comme la quinte, l'octave, la quarte, etc. ; car la première corde, c'est-à-dire la supérieure des extérieures, que l'on appelle bourdon dans la première manière d'accorder, donne D grave (RÉ grave), et dans la troisième, elle donne V gamma (SOL le plus grave). Or, en suivant la main, ces deux cordes forment consonances avec ces mêmes lettres. Ce qui est facile pour une main habile qui n'ajoute ces moyens secondaires qu'en raison de ses progrès et de la connaissance de la main. »
Kastner, parlant des trois manières d'accorder la vièle
i Nous ne nous expliquons pas pourquoi?
d'après Jérôme de Moravie, dit par erreur, que parmi ses cinq cordes : « on comptait deux bourdons, lesquels, résonnant à vide, formaient une basse d'accompagnement à la mélodie que les autres cordes faisaient entendre ' ». Or, on vient de voir que la vièle avait un bourdon dans la première, ainsi que dans la troisième manière d'accorder; mais qu'elle n'en avait jamais qu'un seul à la fois.
Nous ferons aussi observer que les anciens auteurs désignent presquetoujours, comme première corde, celle qui est la plus grave de toutes, tandis que dans le violon et ses dérivés, c'est la chanterelle, la corde la plus aiguë, qui se nomme ainsi.
On vient de voir avec quel soin Jérôme de Moravie décrit non seulement les diverses manières d'accorder la vièle , mais encore les sons que l'on obtenait avec chaque accord différent, tant sur les cordes à vide que par l'application des doigts.
La musique de cette époque étant basée sur le plain-chant, qui exclut tout intervalle chromatique, il ne
faut pas être étonné que les trois échelles de sons, qu'il donne, ne contiennent qu'une seule altération, celle du si par le bémol, la seule tolérée exceptionnellement, et dans l'aigu seulement, pour éviter l'intervalle de triton, si et /«, que l'on nommait alors le diable en musique :