Danse des Morts, p
son temps avaient commis d'autres altérations que celle-là, il les aurait également données, car le mot laïcs lui sert bien certainement à désigner les trouvères et les ménestrels, et ce sont également leurs compositions qu'il nomme chants irréguliers.
Nous pensons que par cette dernière dénomination l'auteur a voulu désigner, non seulement les chanls qui ne se tenaient pas toujours sévèrement dans les limites des tons ecclésiastiques, ceux dans lesquels on employait des notes de passage, des ornements ou fioritures qu'il indique sous les noms de plica, fîos et réverbéra :tio; mais aussi les chanls qui avaient une plus grande étendue que les anciens plainschants, et qui, pour cette raison, devaient utiliser une grande partie des ressources qu'offrait la vièle, accordée de la seconde manière, laquelle, ainsi qu'il le laisse entendre, semble avoir été réglée tout exprès pour ces chants.
Les trois accords différents de la vièle n'étaient pas seulement disposés en vue de jouer des mélodies; mais encore et principalement pour exécuter : « ce qui dans l'art est le plus difficile, le plus solennel et le plus beau », c'est-à-dire, des consonances : la quarte, la quinte, l'octave et leurs redoublements1.
1. C'est de là que sont venus les termes discant, dédiant, double chant, triple, quadruple, médius, et les verbes quart er ou quarloyer, quintoyer, elc.
Diex, ne sa mère duI délit, N'ont en la bouche s'elle organe, Ne qu'en un asne s'il requane, En l'orguener ou wesbloier, Ou deschanter ou quintoier.
En la voiz haute, en la voiz elère Force ne fait Diex, ne sa mère, Tiex chante bas et rudement, Qu'escoute Diex plus doucement, Ne fait celui qui se cointoie Quant organe ou haut quintoie La elère voiz plaisant et bêle.
(Miracles de la Vierge. Gautier de Coissi.)
Par suite de l'absence d'échancrures sur les côtés de la caisse de l'instrument, pour le passage de l'archet, l'exécutant touchait au moins deux cordes à la fois; il devenait donc facile de faire entendre sur la vièle des accords dans le genre de ceux décrits par Hucbald1, sous le nom d'Organam ou Diaphonie/,.
Il existe de nombreux exemples de vièles à cinq cordes, en plus de ceux que nous avons déjà donnés, ce qui porte à croire que les instructions de Jérôme de Moravie étaient assez suivies.
Celle, de forme ovale, qui est sur un bas-relief de l'église de Norrey (Calvados), du xme siècle, a son cheviller brisé : elle possède un cordier très court, on n'y voit pas de chevalet; une ouverture, pratiquée au milieu de la table audessous des cordes, y figure les ouïes.
Mais on rencontre des vièles ayant un nombre de cordes très variable, tantôt trois, quatre ou six, quelquefois deux seulement. Les instrumentistes les montaient sans doute selon leur besoin ou leur caprice; cependant, la négligence des artistes qui les ont reproduites doit bien y être aussi pour quelque chose.
1. Hucbald ou Hugbalde, moine de Saint-Amand (Nord), qui naquit vers 840 et mourut en 932, n'est pas seulement célèbre par ses traités de musique. Il a écrit un poème à la louange des chauves — JEçjloga de Câlins — qu'il dédia à Charles le Chauve, roi de France, et dont tous les mois commencent par des C.