Roquefort, Essai sur la poésie, etc., ouvrage déjà cité
L'un des deux rivaux dit à l'autre .
Ge te dirai que ge sai faire Ge sui jugleres de vièle, Si sai de muse et de frestele Et de harpe et de chifonie De la gigue, de l'armonie :
El el salteire et en la rôle Siii-ge bien chanter une note.
Saint Louis exempta les jongleurs qui arrivaient à Paris du droit de péage qui se percevait à l'entrée de la ville, sous le petit Chastelet, à condition qu'ils feraient sauter leurs singes et chanteraient une chanson devant le péager : « Li singes au marchant doit quatre deniers, se il pour vendre la porte ; et si li singes est à home qui l'ai acheté par son déduit, si est quites, et se li singes est au joueur, jouer en doit devant le paagier, et por son jeu doit estre quites de toute la chose qu'il achète à son usage, et ausitost li jongleur sont quite por un ver de chançon1. » De là le proverbe, payer en gambades ou en monnaie de singe.
Les trouvères cultivaient aussi la vièle, de là les noms et surnoms de viéleurs donnés à quelques poètes musiciens. Parmi les plus célèbres, on cite Jonglet : « qui fut, dit Fauchet, un menestrier appris, fort renommé et estimé. . . comme principal en ce mestier près le dit empereur Conrad ».
1. Establissements des métiers de Paris, par Estienne Boilean, qui fustprévost de Paris, depuis 12.Ï8 jusqu'en 1268, manuscr. fonds de Sorbonne, ehap. delpaage île petit pont. Cité par Roquefort.
» A Rouen, une franchise semblable fut accordée naguère, non pas aux singes, mais aux célestins. Les religieux de cet ordre n'étaient exempts de payer l'entrée de leur boisson qu'à la charge qu'un père célestin marcherait à la tète de la première des charrettes sur lesquelles on conduisait le vin, et sauterait d'un air gai, <Mi passant auprès de la maison i\v, gouverneur de la ville. Le père Lecomte. célestin, donna connaissance à Richelet de celle singulière coutume; il ajoute qu'une fois un de leurs frères parut devant les charrettes plus gaillard que tous ceux qu'on avait vus auparavant, et que le gouverneur s'écria : « Voilà un plaisant célestin! » c'est-à-dire un célestin qui. en matière de gambades, l'emportait sur tous ses compagnons. Cela passa en proverbe; mais lorsqu'on dit à un homme : « Vous êtes un plaisant célestin, on marque à 'cet homme qu'il n'a pas le sens tout à fait droit. » (Kastner, ouvrage déjà cité.
Un sien vielor qu'il a Qu'on appelle accort Jongle!.
Fil appeler par un varlet.
Il est sage et grant a pris.
Et sa voit oi et apris.
.Mainte chanson et maint biau conte*.
Mais il y avait aussi des femmes menestrelles. La belle Dœte, de Troyes, l'une des plus renommées, était également au nombre des poètes chanteurs de l'empereur Conrad, à Mayence1.
A cette même cour de Conrad, Hue de Braie ftelve, ménestrel français, y enseignait la danse :
L'empereres le linl molt corl.
Que li apprist une dance, Que tirent pucelles de France A l'orme! de Tremelli.
Colin Muset, dont nous avons déjà donné plusieurs fragments de poésies, était un viéleur non moins estimé; mais Adenès li rois est un de ceux qui honorent le plus la vièle et la ménestrandie. Trouvère et ménestrel de Henri III, duc de Brabant, un de ses ouvrages obtint le chapel de rose dans un Puy d'amour et lui valut son surnom. Ce poète est l'auteur des romans de Cléomadès, qui contient 18,688 vers. Les enfances d'Ogier le Danois, Aymeri de Narbonne et de Berthe et Pépin. On le représente, sur une miniature de son roman de Cléomadès, la tête couronnée, à demi agenouillé devant la reine Marie de France et tenant sa vièle à la main 3.