‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets (volume 3)Chapitre 37 sur 158 · Li Ménestrel de mainte terre · texte numérisé non relu

Li Ménestrel de mainte terre

Oui ère venue por aquerre, De Troie la belle Dœte

I chantoit cette chansonnette :

Quand revient la seson Que l'herbe reverdoie.

:î. Vidal a reproduit cette miniature, dont l'original esl à la bibliothèque de l'Arsenal.

L'épisode des noces du roi Cléomadès avec sa bien-aimée Clarmondine donne une idée très exacte de ce qu'était, au xme siècle, le rôle des instruments de musique :

Se vous à ce point là fussiez Planté d'estrumens oyssiez :

Vièles et sauterions,

Harpes, gigues et canons, Leiis, rubèbes et kitaires, Et ot en plusieurs liens nacaires Qui moult très grand noise faisoient, Mais fors des routes mis étoient.

Cymbales, rotes, tympanons Et mandoires et micamons, I ot, et cornes et doucaines Et trompes et grosses araines, Cors sarrazinois et tabours I avoit moult en lieus plusours; Estrumens de mainte manière I ot, et avant et arrière, De toutes parts et de tous lés

Que ne vous ai pas nommés.

Car maint pays i estoient Ménestrel qui assez sa voient De ce K'assiert à Ménestrel.

Un nommé Blegabres, jongleur du xme siècle, est appelé par Robert Wace le dieu des jongleurs et des chanteurs :

Blegabres régna après li.

Cil sot de nature de cant,

Oncques nus n'en sot plus, ne tant :

De tes estrumens sot maistrie,

Et de diverse canterie;

Et mult sot de lais et de note.

De vièle sot et de rote,

De lire et de satérion,

De harpe sot et de choron,

De gighe sot, de simphonie.

Si savoit assés d'armonie;

LA VIÈLE 77

De tous giex sot à grand planté Plain fu de débonnaireté.

Parce qu'il ert de si bon sens Disoient li gcnt à son tens.

Que il est Dex des jugléors Et Dex de tos les ehanleors.

i Roman de Brut.

Quand les jongleurs étaient en nombre, ils alternaient, se partageaient la besogne :

Après se levon li junglar Cascus se volt faire auzir.

Lus mena harpa, l'autre viula L'us flautella, l'autre siula; L'us mena giga, l'autre rota Lus diz los mots e l'autr'els nota.

(Giraud de Cabrera, Roman de Flamenca.

Le troubadour Perdigos était à la l'ois poète, chanteur et viéleur :

Perdigos fo joglar e sap tro ben violar e trobar e cantar.

Et Pons de Capdueil également :

Pons de Capduilh e trobara e violara e cantara be.

C'est un viéleur, nommé Bierre de Sygelart, que Gautiers de Coinsi fait figurer dans la poétique légende : Du cierge que Nostre-Dame de Rochemadour envola seur la mêle au ménestrel qui viéloit et chantoït devant s' y mage. Ce ménestrel ne passait jamais devant une image de la Vierge sans y prier et sans chanter :

Quant oroison a dite et faite, Sa vièle a dou fuerre traite ; L'arçon as cordes fait sentir Et la vièle à retentir;

Fait si, qu'entour sanz nul délai, S'assemblent tout et clers et lai'.

La miniature placée en tète du miracle représente un moine vêtu d'une robe noire qui tient un cierge immense, tandis que le ménestrel, qui porte une robe rouge, est agenouillé et joue de sa vièle en regardant l'image de la Vierge. Cette peinture est mutilée, l'image de la Vierge a été coupée. C'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir la reproduire ici2.

Il n'y avait pas que devant les images de la Vierge et des saints que l'on chantait et jouait de la vielle; les bretteurs s'offraient aussi des concerts très variés avant d'aller ferrailler au coin d'une ruelle ou d'un carrefour :

A ceulz de Rome veul un petit repairier

Oui contre leur seigneur moult noblement aloient ;

Trompes, harpes, naquaires et vièles sonnoient ;

Nus ne porroit conter la feste qu'il faisoient

A pièce ne pensassent au duel qu'il ateudoit.

[Roman de Florence de Home.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, la vièle était un instrument d'accompagnement:

Quant un chanterre vient entre gent honorée Et il a en droit soit sa vièle atrempée Jà tant n'aura mantel, ne caste des ramée Oue sa première lais ne soit bien escoutée.

lit o\ DE VlLLEXEl VE.

Mais on s'en servait aussi pour jouer les airs des chansons et les populariser:

Cil jongleur en leurs vièles

Vonl chantant ces chansons novels.

Ruinait île In l'une.

1. Gautiers de Goixsi. Le* Miracles de lu Vierge^ manuscrit, Bibl. nat.

■1. Le même miracle se reproduisait un peu partout. Le plus célèbre esl celui

île « la sainle chandelle d'Arras >• \me siècle .

Geljugleor là où ils veunt Tuit leur violes traites uns Laiz sonne/ veunt viellant.

Guillaume i>e Saint-Clair.

Les auteurs des deux citations précédentes ont certainement voulu désigner plusieurs instruments par le mot vièles, dont ils se sont servi d'une faç;on générique, et on peut supposer que la vielle à roue devait en faire partie, car à cette époque tout ménestrel digne de ce nom était tenu de la connaître.

Guillaume de Machault la cite honorablement parmi les instruments qui prenaient part au concert de Prague ; il ajoute qu'aux xnc et xuic siècles elle passait pour un instrument très doux et très harmonieux1. Elle portait alors le nom de symphonie, ou chiffonie, mais les vieux poètes l'ont aussi appelée vièle et viole.

L'une des plus agréables productions du xiu° siècle, le Roman de Gérard de Nevers ou de la Violette, contient le passage suivant :

Après le souper se couchièrent Dusqu'al demain h'il ajourna, Gérars mie ne séjourna, Ains se leva isnièlement Et vesli j vies garnement, Et pent à son col la vicie One Gérars bien et bel vièle*.

Sur la miniature placée en tète du chapitre3 contenant ces vers, Gérard est représenté déguisé en ménestrel et ayant une vielle à roue ou chiffonie pendue à son côté gauche, qu'il porte comme une rapière. Au-dessous de

1. Emile Travers. Les instruments de musique nu xive siècle, d'après Guillaume, de Machault.

J. Le Roman de la Violette, ou de Gérard de Nevers, du xiir siècle, par Gilbert de Montreuil, publié par Francisque Michel. Paris, 1834, d'après le manuscrit de In Bibl. uni., fonds la Vallière, n° '■>:>.

la vignette on lit : « Comment Girart vinst à Nevers la viole au col où il chanta devant L'iziarl. » Logiquement, c'est le tond de l'instrument qui devrait être appuyé sur la hanche du personnage, et non le côté des cordes ; le dessinateur l'a sans doute placé ainsi pour qu'il fût plus décoratif. Dans tous les cas, c'est bien une chiffonie puisqu'il y a une manivelle.

Roquefort ' constate que c'est bien l'instrument que

Comment jjvcwct \> m ft a nawtè Cavxod aucoÇ oiiiCdmvta Seaant feuut v

Miniature du Roman de la Violette, représentant Girard avec une symphonie ou chiffonie, (la vielle actuelle; pendue au côté.

nous appelons maintenant vielle, tout en faisant remarquer que le manuscrit où il figure date du xvc siècle. C'est, en effet, vers 1440 qu'il a été exécuté, d'après les ordres de Philippe le Bon, duc de Bourgogne", mais le roman

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