Thésaurus Antiq. Teuton., etc
3. Sciendum est quod antiquum Psalterium instrumentum decachordum utique erat, in hâc videlicat délia- litterœ figura multipliciter myticà. Scd postquam illud symphoniaci quidem et ludicratores, ut quidam ait, ad suum opus traxerant, formam utique ejus el figuram commoditati sua' habilem fecerant, et plures chordas annectantes et nomine barbarico Rottam appelante?, mysticam illam Trinitatis formam transmutando.
4. Delectat me quoque cytharistum habere qui possit cytharizare in cythara, quam nus appellamus Rottam.
on voit deux exemples dans le manuscrit de saint Biaise, du xnc siècle, publié par Gerbert, et que si cette dernière avait un manche surmonté d'une touche en dessous de ses cordes, elle ressemblerait à un crouth et vice versa. » Donc, si ces deux instruments avaient une si grande ressemblance, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que l'on ait donné, justement à cause de cette ressemblance, le nom de l'un à l'autre, et cela, bien qu'ils ne fussent pas joués de la même manière? Puis, rien ne dit que le mot rote, dérivé de chrotta, nom d'un instrument ayant occupé une place importante, n'ait pas été, durant les vmc, ixe et x° siècles, employé dans un sens générique, comme le fut plus tard le mot vièle?
11 résulte donc de tout ceci que la vièle à roue se nommait symphonie ou chifonie durant le Moyen Age; que la plus grande des vièles à archet portait alors le nom de rote, et que ce nom servait aussi parfois pour désigner la cythara teutonia, sorte de psaltérion que l'on jouait seulement avec les mains, c'est-à-dire sans se servir du plectre.
La rote à archet, qui avait une personnalité bien accusée, celle dont nous allons nous occuper ici, était la plus grande de toutes les vièles. Sa caisse de résonance, comme celle de la vièle proprement dite, était à fond plat avec des éclisses, et son manche se dégageait aussi du corps sonore. Elle se jouait, tantôt appuyée sur la cuisse gauche, comme son prédécesseur le crouth, tantôt appuyée contre le genou, ou bien encore placée entre les jambes, comme se joue le violoncelle.
On trouve une représentation de la rote, la plus ancienne peut-être, sur le chapiteau de l'église Saint Georges de Boscherville, du xne siècle, auquel nous avons déjà emprunté
un exemple de vièle à archet. Cette rote, que Fétis appelle une rubebbe1, est jouée par un personnage couronné qui la tient entre ses jambes. Son manche est complètement dégagé du corps sonore. On ne peut y voir, dans l'état actuel, ni les ouïes, ni les cordes, ni aucun des accessoires, mais on y remarque de légères échancrures sur les côtés de la cuisse pour le passage de l'archet.
La rote est, en effet, la première toutes les vièles sur laquelle des écl crures ont été pratiquées.
Comme l'instrument était assez grand, et, par conséquent, large en proportion, le jeu de l'archet y devenait plus difficile que sur les vièles plus petites.
A cause de la largeur de sa caisse de résonance, il aurait fallu un chevalet excessivement élevé pour permettre à l'archet d'atteindre toutes les cordes sans frotter en même temps sur les bords de la table ; c'est pour obvier à cet inconvénient, que l'on fut obligé de la rétrécir au milieu.
Un bas-relief en marbre, de la fin du xoc siècle, qui est au musée de Cologne, représente un musicien jouant aussi
d'une rote à archet. De forme [élégante, avec des échancrures et deux ouïes assez larges, elle est tenue appuyée
ROTE
Chapiteau de Saint-Georges
de Boscherville
XIIe siècle).
1. Parlant du chapiteau de Boscherville, Fétis dit : « On y voit la rubebbe à deux cordes, tenue entre les jambes du personnage qui en joue avec un archet. » Histoire générale de la musique, t. IV, p. 50 i.
contre le genou gauche, et soutenue par la jambe droite de l'artiste. On y compte trois cordes attachées à un cordier et passant sur un chevalet. Tous les détails, y compris le sillet de la touche, sont exécutés avec beaucoup de soin. Le corps de l'instrument se prolonge de chaque côté et sur une partie du manche, ce qui se voit assez souvent sur les instruments à archet allemand de cette époque. Cette forme du haut de la caisse a été adoptée pour les violes, et l'est encore assez souvent pour la contrebasse actuelle. Le bras droit du musicien, ainsi que les doigts de sa main gauche, sont brisés. Il ne reste qu'une petite partie de l'archet, celle qui était adhérente à la table.
Une autre rote, plus allongée, se voyait sur un vitrail de la chapelle de la Vierge ou chapelle d'Hervée1, de la cathédrale de Troyes. Cette verrière, qui datait des premières années du xmc siècle, représentait un arbre de Jessé, détruit ou dispersé aujourd'hui.
Jouée par un roi David, qui la tient comme l'ancien crouth ,
appuyée sur sa cuisse gauche, cette rote est très élancée, et peut, à cause de l'élégance de ses formes, être considérée comme un type de cette époque. Montée de quatre cordes, fixées à un attache-cordes, dans le genre de ceux des guitares, car il n'y a pas de cordier, elle a quatre ouïes, dont deux sont percées en dessous des larges échancrures
ROTE
Bas-relief en marbre de la fin du xiip siècle (musée de Cologne).
1. Cette chapelle est ainsi désignée, parce que c'est l'évêque de ce nom qui l'a fait bâtir en \2ï.ï.
de la caisse, et les deux autres, dans le haut de la table de chaque côté de la touche. Sur le cheviller, cinq points en losange figurent les chevilles, bien qu'il n'y ait que quatre cordes (celui du milieu n'était sans doute que décoratif). L'archet, excessivement long, en forme d'arc, est tenu de
la façon inverse à celle qui a été adoptée depuis, à peu près comme le tenait le célèbre contrebassiste italien Dragonetti.
Quel était l'accord de la rote?
Jérôme de Moravie n'en parle pas; mais il est à supposer que lorsqu'il dit dans son chapitre xvni : « Nous parlerons d'abord de la rubèbe, puis des vièles — « Jdcirco primo de rubebd, posteà de viellis dicemar », il a, comme le fait justement remarquer Coussemaker, « par ce mot collectif i>z'e//is, voulu désigner tous les instruments à archet de son temps, et y comprendre la rote et la gigue.
Cette conjecture se fortifie en voyant la plupart des auteurs du Moyen Age employer le mot vièles dans un sens collectif. » Il est donc probable qu'un des accords indiqué pour la vièle s'appliquait également à la rote, qui était non moins estimée et recherchée.
ROTE
Vitrail de la cathédrale de Troyes (xme siècle^.
Les trouvères et les troubadours employaient surtout la rote pour accompagner ou pour jouer les lais. M. Edéleslan
du Méril ' nous apprend que le lai était un air, un accompagnement, qui devint assez célèbre pour désigner un certain genre de poésie, mais que, dans le principe, on ne l'appliquait qu'au travail du musicien.
11 y avait des lais pour chaque instrument, mais ceux de rote paraissent avoir été les préférés de Marie de France :
Le lais escontant d'Aiélis
Que hum Yrois doucement note
Moult le sonne en sa rote.
(Lai de l'Espine.)
Elle y joignait quelquefois celui de harpe :
De cest Gunte K'oi avez Fu Gegemer le lai trovez, Ou hum dist en harpe è en rote :
Boine en est à oïr la note.
La rote a donné son nom aux rotruenges, chansons à ritournelles ou à refrain :
Assez aves oi chançons Et Ions respis et nouviaux sons Dire fables et rotruenges Lais de rotes et de nouvielles Et autres mélodies belles.
(Roman des Sept Sages.)
Mult or à la cort jugléors Chantéors, instrumentéors.
Mult poissiez oïr chançons Rotruenges et noviax sons, Vièleures, lais et notes, Lais de vièles et de rotes Lais de harpes et de frétiaux Lyres, tymbres et chalumiaux Symphonies, saltérions, Monocordes, cymbres, corrons.
(Roman de Brut.) 1. Edélestan du Méril. Histoire de la poésie Scandinave, p. 299 et suivantes.
Employés comme termes collectifs, les mots viel ou vieller se rapportent souvent à l'action de jouer des rotruenges, et, dans ce cas, doivent désigner la rote :
Se pot avoir moi un viel Tôt moi diser bon rotruel.
[Roman du Renan/.
Viellent ménestrel rotruenges et sons.
(Du Gange, Suppl. au Gloss.)
Le nom de rotulœ a été donné à des espèces de noëls, que Ton chantait autrefois dans les églises pour bercer l'enfant Jésus.
On voit la rote figurer dans les bals et dans les fêtes :
Quand les tables furent ostées Les rotes se sont arotées Pour dansier et faire festes.
M>. de M. Douce *.)
Vers 1320, Mario-Sanuto l'indique parmi les instruments destinés à une croisade : « ... et aligna alxa gênera dulcia musicorum, ut sunt violœ, cylhane et rotai1. »
Eustache Deschamps cite encore la rote :
Plourez harpes et cors sarrazinois
La Mort machault la noble rhétorique
Rubèbes, leuths, vielle, syphonie,
Psalterions, tous instrumens coys,
Rothes, guiterne, flaustes, chalemie,
Traversâmes, et vous nymphes de boys,
Timpane aussi mettez en œuvre dois; Et le choro n'y ait nul qui le réplique Faictes devoir plourez, gentils galois,
La Mort machault la noble rhétorique
Boteor est mis pour joueur de rote, par d'anciens poètes,