‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets (volume 3)Chapitre 60 sur 158 · G. Kastner. Danses des Morts · texte numérisé non relu

G. Kastner. Danses des Morts

LA RUBÈBE ET LE HEBEC 137

éclisses; et cela, après avoir décrit séparément la forme de ces deux instruments.

A. Vidal pense que l'origine du rebec vient probablement de l'Orient : « Le rabeb, dit-il, qui a été apporté par les Maures en Espagne, lors de la conquête, vers le commencement du viue siècle, n'est autre chose que le rebec1. » Et dans un renvoi, il ajoute :

« Don Ant. Rod. de Hita indique parmi les instruments usités par les Espagnols au Moyen Age : « el rave gritador « con su alta nota », et plus loin : « el rabé morisco ». Le rave gritador n'est évidemment que notre rebec « dur et sec ». Quant au rabé morisco, c'est, à n'en pas douter, le rabeb arabe. Ce mot de rabé s'est conservé en Espagne à travers les siècles, car, aujourd'hui encore, certaines peuplades de la Catalogne appellent le violon « rabaquet ». [Hisloria de la musica espagnola desde la vcnedia de las Fenicios, hasta el afio 1850. Por Mariano Fucrtes, Madrid, J 855.)

G. Ghouquet fait aussi descendre le rebec du rebab 2. Fétis affirme que l'archet nous vient de l'Inde et que le rebec est d'origine orientale.

Nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce sujet dans l'introduction de cet ouvrage, nous n'y reviendrons pas. Cependant, nous tenons à faire remarquer qu'en établissant des rapprochements entre le rebab sans éclisses des Orientaux et le rebec, on a déplacé la question. Le rebec étant une imitation ou plutôt une continuation de la lyra, c'est donc entre celle-ci et le rebab qu'il faudrait d'abord établir des points de comparaison; car l'on ne se rapprochera de la vérité qu'en remontant jusqu'à l'ancêtre européen du rebec. Or, qu'on le veuille ou non, la rubèbe ou le rebec a eu la lyra pour prédécesseur en Europe, et le lecteur n'aura qu'à se reporter au chapitre qui est spécia-

1. A. Vidal. La lutherie et les luthiers, p. 2. Le mémo passage existe aussi dans Les Instruments à archet, du même auteur.

2. G. Chouquet. Musée du Conservatoire national de musique, Paris, 188i.

lement consacré à ce dernier instrument , pour se faire une opinion sur ce point.

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Un des médaillons sculptés d'une petite frise de la fin du xie siècle ou du commencement du xn% provenant de l'ancienne chapelle du vieux château du Gros-Chigy, et utilisé aujourd'hui dans l'encadrement de fenêtre d'une ferme de la

commune de Saint- André - le - Désert (Saône-et-Loire), dépondant du château actuel, offre une représentation de la rubèbe. Cette sculpture très sommaire n'est intéressante que par la manière dont le personnage tient l'instrument qu'il joue, et qui est la même que celle adoptée de nos jours pour le violon.

Nous ne faisons que signaler les trois rubèbes à deux cordes, qui sont au nombre des instruments à archet du portail de l'église de Moissac ; car elles ne diffèrent que par le nombre de leurs cordes avec les lyra que nous avons déjà reproduites.

L'ange qui se voit à droite, sur le beau tableau de David Gérard, La Vierge et les saintes, du Musée de Rouen, joue d'un rebec qui peut être considéré comme un parfait modèle

RUBEBE

Ancienne chapelle du vieux château du Gros-Chig-y (Saône-et-Loire), xne siècle.

de cet instrument. Il n'y a pas de manche; la caisse, dont le fond est arrondi, se prolonge en se rétrécissant jusqu'au cheviller, renversé et recourbé, qui est garni de trois chevilles placées sur les côtés comme celles du violon. Les trois cordes sont attachées à un cordier et passent sur un chevalet dont les deux pieds reposent sur la table, en arrière des deux ouïes découpées en C presque droits tellement ils sont ouverts. La touche, aussi large que la caisse à laquelle elle adhère sur les côtés, est décorée d'une rosace; de plus, elle s'avance assez loin au-dessus de l'instrument et forme ainsi une double table. Ce détail si caractéristique est particulier au rebec et à la gigue; on le remarque sur la plupart de leurs représentations; du reste, l'instrument donné ici est assez petit, on pourrait même le prendre pour une gigue si ce n'était sa largeur.

Cette peinture offre encore un grand intérêt, car l'archet est tenu de la main droite par l'ange musicien à peu près comme l'on tient aujourd'hui

celui du violon. Son pouce appuie contre la hausse au lieu de presser la baguette; quant à ses autres doigts, ils sont élégamment arrondis au-dessus de la baguette ainsi qu'on le fait de nos jours.

La main gauche de l'exécutant mérite aussi d'être étudiée; le médius appuie à plat sur la chanterelle, et le pouce a l'air de remplir le même office sur la troisième corde.

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