‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets;Chapitre 54 sur 181 · II. CC coins ET ÉTIQUETTE l> ' u N VIOLOK HA. STRADIVARI · texte numérisé non relu

II. CC coins ET ÉTIQUETTE l> ' u N VIOLOK HA. STRADIVARI

commerce du grand luthier. Il commence par le petit préambule suivanl :

* A Crémone, dit-il, demeure aussi mon intime ami Antonio Stradivari. excellent faiseur d'instruments de toutes sortes. Il ne sera point hors de propos de faire ici mention

]. Ce manuscril esl actuelle ni au musée civique de i ré ne, installé dans

lo palais Ponzoni.

spéciale de son mérite. II n'a point de rival comme fabricant d'instruments de la meilleure qualité; il en a fait beaucoup d'une beauté incomparable, richement ornés de figurines, de fleurs, de fruits, d'arabesques et de gracieuses devises entrelacées, tout cela d'un dessin parfait, quelquefois peint en noir, d'autres fois émaillé d'ébène et d'ivoire, travaux qu'il exécute avec la plus grande habileté et qui rendent ses instruments dignes des grands personnages auxquels ils sont destinés. J'ai pensé qu'il convenait de mentionner quelques ouvrages de ce grand artiste en témoignage de la haute estime et de l'admiration universelle dont il jouit. »

Après ce début, Arisi mentionne les commandes et livraisons d'instruments que voici :

« Le 8 septembre de l'année l(>S2, le banquier Michèle Monli, de Venise, lui envoya la commande des violons, altos et violoncelles que ce gentilhomme offrit en présent au roi Jacques d'Angleterre1. »

« En l'année 1085, le 12 mars, le cardinal Orsini, archevêque de Benevento5, commanda à Slradivari un violoncelle et deux violons dont il fit présent au duc de Natanola en Espagne. Le cardinal envoya à l'artiste, outre une rémunération généreuse, une lettre des plus llatteuses où il appréciait ses mérites, l'admettant en même temps au nombre des familiers de sa maison. »

« Le 12 septembre de la même année, Bartolomeo Grandi, dit 11 Fassina, chef d'orchestre à la Cour de Son Altesse royale le due de Savoie (Victor Amédée II, duc de Savoie el roi de Sardaigne), commanda a Stradivari un quatuor pour les concerts de la Cour. »

« Le 5 avril 1686, Son Altesse le duc de Modene, Fran-

1. Hart, auquel nous empruntons la traduction de ces passages du manuscri d'Arisi, déclare que ers instruments furent envoyés en Angleterre vers 1685.

•2. En 1724, le cardinal Orsini lui élu pape -en- le nom de Benoll XIII cl occupa le trône pontifical jusqu'en février 1730, où il mourut n l'âge de quatrevingt-un ans.

cesco II d'Esté, alors âgé de vingt-six ans, commanda un violoncelle à Stradivari, (|iii fut admis, sur une invitation spéciale, à le présenter au duc lui-même. Celui-ci lui exprima le plaisir qu'il ressentait d'entrer en connaissance avec lui. loua hautement son travail el lui offrit, outre la somme convenue, un présent de trente pistoles (en or d'Espagne). »

« Le ±1 août HiSii, le marquis Michèle Rodeschini lui commanda une « viola a gambe » dont il lil présenl à Jacques II, roi d'Angleterre. »

'< Le I!) janvier li>87, le marquis Nicolo Rota commanda un violoncelle pour le roi d'Espagne. »

« Le 7 août de la même année IliST. le noble don Agostino Daria, général en chef de la cavalerie espagnole en Lombardie, résidant alors à Crémone, obtint un violoncelle de Stradivari. »

« Le 19 septembre 1690, Stradivari recul la lettre suivante du marquis Bartolomeo Ariberti, de Crémone :

» L'autre jour, j'ai fait présent à Son Altesse le duc de Toscane' des deux violons cl du violoncelle que je vous avais commandés, et je puis vous assurer, à ma grande satisfaction, 'qu'il les a acceptés avec plus de plaisir que je ne saurais dire. Les musiciens de son orchestre, el il en a d'excellents, ont été unanimes dans l'appréciation de vos instruments, qu'ils déclarent parfaits; ils disent surtout qu'ils n'ont jamais entendu de violoncelle possédant une qualité de son si agréable. C'est au soin extrême que vous ave/, apporté dans la manufacture de ces instruments que je suis principalement redevable de la flatteuse réception avec laquelle Son Utesse a accueilli mon présent, .l'espère en même temps vous témoigner à vousmême, par le cadeau que j'en ai l'ait, ma haute appréciation personnelle el avoir réussi à l'air innaître à un per-

i. Côme III de Médii is

« sonnage si élevé votre grande habileté, ce qui, je n'en « doute pas. vous procurera de nombreuses commandes de « cette grande maison. Pour preuve de ce que j'avance, je <( vous prie de commencer immédiatement deux altos, l'un a pour la partie de ténor et l'autre pour le contralto, dont « nous avons besoin pour compléter notre quintette '. »

« Le 12 mai 1701, don Antonio Cavezudo, chef de l'orchestre particulier de Charles II d'Espagne, écrivit une lettre très flatteuse a Slradivari, en lui disant que. quoiqu'il ait reçu des instruments à archet de bien des luthiers pour différentes Cours, il n'en avait jamais rencontré qui eussent une qualité de son si pure et si belle que les siens. »

Arisi ajoute que don Antonio Cavezudo était aussi au service du duc d'Anjou.

« Le 10 novembre 170:2, le marquis Giovanni-Balt.ista Toralbo, général de cavalerie et gouverneur de Crémone, manda Slradivari auprès de sa personne et, après l'avoir complimenté sur ses talents, lui commanda deux violons et un violoncelle dont il fit ensuite présent au ducd'Albe. »

« Pendant l'année 1707, le marquis Desiderio Cleri écrivit de Barcelone à Stradivari, par l'ordre du roi Charles III d'Espagne, lui commandant pour l'orchestre de Sa Majesté six violons, deux altos et un violoncelle. »

« Le 10 juin 1715, Giovanni Battista Volume', chef d'orchestre de la Musique du roi de Pologne, arriva à Crémone sur l'ordre spécial de son maître pour y attendre la livraison de douze violons qui avaient été commandés à Slradivari : il resta trois mois à Crémone, et quand les instruments furent terminés, il les emporta en Pologne. »

1. D'après celte lettre d'Ariberti, un concerl de violon m1 composai) de deux violons, deux altos ténor >'t contralto ri d'une basse. Il \ avait des Concertos d'église ri aussi des Concertos de chambre.

■i. Il esl sans doute ici question de Jean-Baptiste Volumier, musicien belge, directeur de la Musique d'Auguste, électeur de Saxe et roi de Pologne.

Stradivari reçut la letlre que voici, le 7 juillet IThi, de Lorenzo Giustiniani, patricien de la République de Venise :

" Venise, palais Giustiniani,' Campiello dei Squellini.

« On répète de toutes parts qu'il n'existe point aujourd'hui dans le monde entier un seul fabricant d'instruments de musique qui soit aussi habile que vous. Désirant posséder personnellement un souvenir d'un homme si illustre et d'un artiste si fameux, je vous écris pour vous demander si vous pourriez me faire un violon à la fabrication duquel vous emploieriez tous vos talents, afin de faire le meilleur instrument et le plus beau qu'il vous soit possible. »

Arisi termine son manuscrit par ces mots :

(i On peut voir par ce que j'ai écrit à quel degré d'excellence Stradivari a élevé son art. »

Fétis dépeint ainsi Stradivari et indique le prix qu'il vendait ses violons :

« Palledro, ancien premier violon de la Chapelle royale de Turin, mort il y a peu d'années dans un âge très avancé, rapportait que son maître avait connu Stradivari, et qu'il aimait à parler de lui. 11 était, disait-il, de haute stature et maigre. Habituellement coiffé d'un bonnet de laine blanche en hiver, et de coton en été, il portait sur ses vêlement- un tablier de peau blanche lorsqu'il travaillait, et comme il travaillait toujours, son costume ne variait guère. Il avait acquis plus que de l'aisance par le travail et l'économie; car les habitants de Crémone avaient pour habitude de dire: Riche comme Stradivari. Le vieux La Houssaie, que j'ai connu dans ma jeunesse, el qui avait visité Crémone peu de temps après la mort de Stradivari, m'a dit que le prix qu'il avait fixé pour ses violons était quatre louis </'"/■ '. •

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