‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets;Chapitre 66 sur 181 · Jd., 21 mai · texte numérisé non relu

Jd., 21 mai

En 1780, Pugnani et Viotti quittèrent Turin, et parcoururent ensemble l'Allemagne, la Pologne, la Russie, l' Angleterre et la France, où ils arrivèrent à la fin de l'année I7SI. Partout Viotti excita le même enthousiasme qu'à Paris.

11 rejoua au Concert spirituel pendant la semaine de Pâques de 1783 ; mais trouvant qu'à une séance où la salle était presque vide on ne lui avait pas fait tout le succès qu'il méritait, il prit la résolution de ne plus se faire entendre à Paris dans les concerts, et n'y joua depuis que dans des réunions particulières.

La reine Marie-Antoinette lui donna le titre de son accompagnateur avec une pension de six mille francs. En 1784, le prince de Conti lui confia la direction de sa Musique. Léonard, le coiffeur de la reine, ayant obtenu, en 1788, le privilège d'un théâtre d'opéra italien, prit Viotti comme associé. Deux ans plus lard, en 1790, Viotti fonda, avec Feydeau de Bron, le théâtre connu sous le nom de théâtre Feydeau.

La Révolution ruina Viotti, qui se rendit à Londres au mois d'août 1792. Très mal accueilli par les émigrés, qui le crurent, à tort, un agent secret du parti révolutionnaire, il partit pour Hambourg et y séjourna trois ans. Il revint à Londres en 1795 et s'en absenta pendant les quelques mois qu'il passa à Paris en 1802, où, sur la prière de ses nombreux amis et admirateurs, il joua dans la petite salle du Conservatoire. Viotti resta à Londres jusqu'en 1819, époque où il fut nommé directeur de l'Opéra, à Paris. Il quitta de nouveau cette dernière ville, en 1822, pour retourner à Londres, où il mourut le 10 mars 182i, âgé de soixante et onze ans.

Rodolphe Kreutzer (Versailles, [766-Genève, 1831 , qui déjà eu 177!), à l'âge de treize ans, s'élait fait applaudir dans un concerto de sa composition, ne craignit pas de se faire entendre à côté de Viotti.

Fils d'un musicien de la Chapelle royale, il fut l'élève d'Antoine Stamitz. Tout bon violoniste a travaillé ses études et ses concertos.

De 17U2 à ITHï, Kreutzer parcourut l'Italie el l'Allemagne, où il excita un véritable enthousiasme. Nommé professeur au Conservatoire, à la fondation île cet établissement, il y enseigna jusqu'en IfSiT. Premier violon solo à l'Opéra, il monta au pupitre de chef d'orchestre en isiT. Louis XYII1 le nomma maître de sa Chapelle en INI 5. Kreutzer fit représenter plus de trente ouvrages tant ;'i l'Opéra qu'à l'Opéra-Comique. Il collabora à la première mélhode de violon publiée par le Conservatoire de Paris.

De 1783 à 1787, débutèrent successivemenl au Concert spirituel les violonistes : André-Henri Michaut, Henri Guérillol, les frères Alday, Pierre-Noël Gervais, Mathieu- Frédéric Blasius, Marie-Joseph Bouvier, Jean-Jacques Grasset, qui succéda à Gaviniès comme professeur au Conservatoire, en 1800; Alexandre-Jean Boucher, Guérin aîné, un élève de Rodolphe Kreutzer; Andréas Romberg, Marcou el Nicolo Mestrino, que Viotti choisit comme chef d'orchestre de l'Opéra italien, en 1788.

Jacques-Pierre-Joseph Rode (Bordeaux 1771 — Bourbon, près de Damazan, 1830), le plus brillant élève de Viotti, débuta, en 1790, au théâtre de Monsieur opéra italien d;ins un entr'acte, avec le treizième concerto de son maître, et il obtint le plus vif succès. Il lit aussi entendre, aux concerts du théâtre Feydeau, les troisième, treizième, quatorzième, dix-septième el dix-huitième concertos de Viotti.

D'humeur voyageuse, Rode s'engagea, en I7'.ii. comme clarinettiste dans un régiment qui allai! faire campagne en Vendée; mois il n'y resta pas longtemps, car. la même année, on le voit en Espagne, où il reçut un accueil chaleureux. S'élant embarqué pour Hambourg, une tempête le jette sur le> côtes d'Angleterre; il court à Londres voir \iotti, puis repart pour Hambourg rejoindre le chanteur

Garât; après un court séjour il file à Berlin, et rentre à Paris en 1796.

Nommé professeur au Conservatoire, premier violon à l'Opéra, violon solo de la Musique du premier Consul, il abandonne tout, en 1802, repart pour Berlin, où il reste quelque temps avant de prendre la route de Saint-Pétersbourg. Il arrive dans cette dernière ville en 1803, et y devient premier violon solo de la Musique de l'Empereur. Entre temps, il avait visité plusieurs villes d'Allemagne. Spobr, qui l'entendit à Brunswick, en parle en ces termes :

« Plus je l'entendais, plus j'admirais son jeu : oui, je n'hésitai pas à mettre sa manière, qui était encore alors le reflet fidèle de celle de son grand maître Viotti, au-dessus de celle de mon maître Eck, cl à m'efforcer de m'approprier ses compositions par une étude pleine de soin. Et cela ne me réussit pas mal, car jusqu'au jour où je me fis une manière personnelle, j'étais, parmi les jeunes violonistes de l'époque, la copie la plus fidèle de Bode. Je parvins surtout à jouer tout à fait dans sa manière son huitième concerto, ses trois premiers quintettes, et les célèbres variations en sol majeur '. »

Vidal, auquel nous empruntons la traduction de ce passage, ajoute non sans raison :

« Nous pouvons être justement fiers de cette appréciation de Spohr; car tout l'éclat de notre école de violon date de cette époque où Bode, Kreutzer et Baillot établirent les grands principes qui la guidèrent dans la bonne voie dont elle n'est pas sortie depuis ". »

Après un séjour de cinq années en Bussie, Bode revint à Paris en 1808, et s'y fit entendre de nouveau. En 1811, il parcourut l'Autriche, la Hongrie, la Bohème, la Bavière et

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