‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle: les luthiers et les fabricants dChapitre 14 sur 159 · I.IÎ VIOLON ET SES DlîfllVlîS · texte numérisé non relu

I.IÎ VIOLON ET SES DlîfllVlîS

« Le son du violon, dit-il, est le plus ravissant, car ceux qui en jouent parfaitement comme le sieur Uocîin, l'adoucissent tant qu'ils veulent et le rendent

inimitable par de certains Ircinblcmens qui ravissent l'esprir. »

On voit, par ce qui précède, que Bocan employait déjà le «vibrato » des doigts de la main gauche, comme moyen d'expression \

L'ancienne estampe, que nous reproduisons p. 33, montre que tous les joueurs de violon n'étaient pas appelés, comme Bocan, à faire danser une Eminence,

C'est sans doute à ceux de cet acabit, que Tabarin fait allusion, dans la scène qui suit :

« Tab. — Voilà mal enfourné, mon maistre, pour le premier coup. Peut-eslre que votre père estoit de Marseille, puisque vous déplorez tant les galériens; pour mon regard, ceux que je trouve faire la pire fortune, ce sont les joueurs de violon, de luth et d'espinette.

« Le M. — Comment, Tabarin! Y al-il quelques-uns au monde qui vivent avec plus de contentement qu'eux? Ilssont continuellement en danses et en banquets.

« Tab. — Ils sont d'une condition si misérable, que toutes leurs commoditcz, leurs biens, leurs richesses et leur vie mesme, ne despend que du bois et de la corde. N'est-ce point estre infortuné? Ceux qu'on meine à la Grève n'en ont point davantage*. »

Les mendiants s'étaient aussi emparés du violon, et sans

i. On a, au xvu* siècle, dansé la bocanc :

LOLIVE

Vous voulez peul-élrc une danse grave cl sérieuse ?

M. Griciiard Oui, sérieuse, s'il en est, mais bien sérieuse.

LOLIVB

Eh bien la couranle, la bocane, la sarabande ?

(Le Grondeur^ comédie de Urueis cl Palapral représenlée en iC91. Acte II, scène XVII.)

2. Les œuvres de Tabann avec les advenlures du capitaine Rodomonl^ la farce des bossus, clc, nouvelle édition avec |iréface et noies par Georges d*Ilarmonville, 1622, Paris, Adolphe Delnha} s, iStiS, p. 93.

LE VIOLON ET SES DIÏRIVËS »t

nul doute Tabarin avait dû rencontrer des couples semblables h celui que nous reproduisons ici d'apr6s une an~ ciennc estampe.

Déjà, en 1592, on voit des joueurs de violon h l'armée du duc de Lorraine :

<< 1592. Mcst en dcspcnse, iceluy comptable; la somme

(le vingt-deux francs, qu'il a plu à Monseigneur de Vaudémonl donner et octroyer aux tambours et violons de Tannée de Son Altesse estant devant Cliasteauvillain '. »

Ajoutons que, dès cette époque, le nom de violons servait à désigner, d'une façon générique, tous les instruments, même militaires. La preuve nous en est fournie par les Mémoires de Du Guesclin, vraisemblablement rédigés à la fin du xvi** siècle :

a Cependant, Charles de Dlois, qui n'avoit point de temps à perdre, parce que la place qu'il vouloil secourir étoit aux abois, partit en diligence avec son armée de Louvaux l'Abbaye. La revue qu'il en fit, monloit à plus de trois mille hommes d'armes; cette petite armée fit une marche si longue, qu'elle vit dans peu le château d'Auray. Quand les assiégés aperçurent du Donjon les enseignes de Charles, et ce corps de troupes qui faisoient un mouvement vers eux, ils arborèrent aussi leurs étendards sur le haut de la tour, et pour témoigner la joie qui les transportoit, ils firent jouer leurs violons sur le même endroit, avec tant de bruit et de fracas, que les assiégeans rcntendirent, et tpurnans les yeux de ce côté-là, virent les drapeaux et les enseignes de la garnison qui flottoient en l'air au gré des vents^. »

Selon le P. Ménétrier, le violon convenait très bien pour dresser les chevaux et les préparer h danser des quadrilles dans les carrousels :

« On ne laisse pas, dit^il, de les dresser (les chevaux) et de les accoutumer à l'harmonie des violons; mais il en faut un grand nombre,, que l'air soit de trompette, et que les basses marquent fortement les cadences '\ »

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