‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle: les luthiers et les fabricants dChapitre 47 sur 159 · I. Arch. liât., icf. Hfir., 0, 83, f" 119 h · texte numérisé non relu

I. Arch. liât., icf. Hfir., 0, 83, f" 119 h

H'I LteS ANCÊTRES DU VIOLON

du royaume, tenue, le 25 juin 1747, dans la grande sallp de Sainl-Julien, il soumil de nouveaux règlements, (|ui lurent aeceplés el homologués, le mois de juillet suivant, par Icllres palenles du roi.

A peine mis au jour, ces statuts soulevèrent un toile général. Les compositeurs clavecinistes et organistes refusèrent à nouveau de reconnaître l'autorité du roi des violons, et celui-ci dut s'incliner devant Tarrêt que le Parlement rendit en leur faveur, le 30 mai 1750; mais les plus grandes difficultés vinrent des prétentions excessives des lieutenants qui exerçaient en province.

Un nommé Barbolin avait achelé de la communauté une lieutenance générale héréditaire, qui comprenait li peu près les deux tiers du territoire de la France, et cela, moyennant quarante livres tournois pour le Bordelais, soixante livres pour deux autres provinces, etc., *. Kntièrement maître de sa gestion, il avait cédé ses droits à des individus que rien n'indiquait pour remplir de telles fonctions : ainsi, c'était une sorte de charlatan, le sieur J.-O. Josson, (|ui avait le Maine et l'Anjou; l'Orléanais et la Dauce étaient gérés par Ch. Champion, garçon perruquier; Sauvajeau, cabaretier, administrait lilois; le Maire, marchand d'orviétan, trônait à Bourges, etc.

Tous ces délégués ne se gênaient aucunement pour délivrer des lettres de maîtrise h tout venant, au prix de dix livres, et de contraindre des organistes prêtres, des chanoines violoncellistes, à se faire recevoir maîtres à danser pour qu'il leur fût permis d'accompagner le plain-chanl dans les églises.

Un mémoire réclamant la suppression des lieutenants de province, ainsi que l'annulation des pouvoirs de Barbotin, fut rédigé par les mécontents et soumis au roi en son Conseil, le 13 février 1773.

1. Almanadi du thcd(n\ KUl do la luiisiqiic du roi, 11 7i, p. i:i cl H ^cili' |ku* A. Vidal).

LE VIOLON KT SIÎS DÊIUVÉS 83

Toutes les lieulenances furciil abolies. Guîgnon démissionna, et Louis XV supprima la royaulé mcnélrièrc par redit suivant :

Edil du lioi portant suppression de t office du Roi et Maître des Ménestriers (Versailles, 1773).

« Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous présents et avenir, salut. Notre amé Jean- Pierre Guignon, nous ayant très humblement fait supplier d'agréer sa démission pure et simple do rofficc de roi et maître des ménétriers et joueurs d'instrumens, tant hauts c|ue bas, dans noire royaume, dont nous Tavons pourvu par nos lettres du ([uinze juin mil sept cent c|uarante-un, nous nous sommes fait rendre compte des pouvoirs et privilèges généralement attribués à cette charge, et bien informé que Texercice desdits privilèges, que ledit sieur Guignon s'est abstenu de mettre en usage, paroit nuire à Témulalion si nécessaire au progrès de Tart de la musique, que notre intention est de protéger de plus en plus, nous avons jugé à propos, en déférant à la demande dudit sieur Guignon, de supprimer à toujours ladite charge. A ces causes et d'autres à ce nous mouvant, de l'avis de notre Conseil et de noire science, pleine puissance et autorité royale, nous avons, par notre présent édit perpétuel et irrévocable, éteint et supprimé, éteignons et supprimons la charge de roi et de maître des ménétriers et joueurs d'instrumens tant hauts que bas de notre royaume, vacante par la démission volontaire cju'en a faite le sieur Guignon. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers les gens tenant notre cour de Parlement à Paris, que notre présent édit ils aient à faire publier et à registrer, le contenu en icelui exécuter pleinement, paisiblement et perpétuellement^ cessant et faisant cesser tous troubles et empêchemens, et nonobstant toutes choses à ce contraires. Car

tel est notre plaisir. Et, afîn que ce soit ferme et stable à toujours, nous y avons fail mettre notre scel.

« Donné, à Versailles, au mois de mars. Tan de grâce mil sept cent soixante-treize, et de notre règne le cinquantehuitième.

Signé : « Louis ».

Et plus bas. « Par le roi : Piiélypeaux, Vila de MaupEou w, et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de soie rouge et verte :

« Registre, ouï, etc.

« A Paris, en Parlement, le trente un mars mil sept cent

soixante-treize.

Sifffié : « Le Jay ».

« Collationné par nous. Chevalier, conseiller secrétaire du roi, son protonotaire et greffier en chef civil de sa cour de Parlement. »

En Angleterre, pendant la seconde moitié du xvi" siècle, la reine Elisabeth, qui se piquait d'être bonne musicienne et jouait fort bien du luth, avait Thabitude, paratt-il, de s'offrir, pendant son dîner, un concert de douze trompettes, deux timbales, accompagnées de fifres, de cornets et de tambours.

A la fin de son règne, les violes commencèrent à être très cultivées, et nous avons vu que Uocan suivit Henriette de France à Londres, lorsqu'elle épousa Charles I".

Sous le nom de masques^ on organisa alors, à la Cour et chez les nobles, des représentations théâtrales équivalentes à celles de nos ballets, et où le roi, la reine, les princes et les princesses du sang, ainsi que les premiers personnages du royaume, figuraient.

Le nombre des masques représentés sous Charles I" fui presque aussi grand que celui des ballets à la Cour de France.

Les membres des quatre chambres de la Cour en donnèrent un des plus somptueux, à While-Hall, en 1633, pendant la nuit de la Chandeleur, pour fêler le roi de son heureux retour d'Ecosse, où il avait momentanément apaisé les mécontents.

James Shirley écrivit la pièce, dont la musique fut composée par Simon Yves et Lawes. De la Varre, Duval, Robert et Mari, musiciens de la chapelle de la reine, et plusieurs artistes anglais et étrangers prirent part h Tcxéculion musicale, qui comprenait quarante luths, des violons, des violes, etc., et d'excellentes voix.

Lord Whiteloch, qui a laissé une description de ce masque, dit que sa représentation coiHa 30.000 livres, environ 750.000 fr. , chevalft italien de molon

et que les rrançais de la Alusi-

que de la reine, invités h la collation qui suivit, eurent

Tagréable surprise de trouver chacun sous son couvert,

pour premier plat, quarante pièces d'or, à Teffigie de leur

souverain.

En 1653, le D"" Benjamin Rogers composait déjà des airs à quatre parties pour le violon, et John Jenkins publia à Londres, en 1660, douze sonates pour deux violons et basse. Ce sont les premières sonates de violons écrites par un compositeur anglais.

Après la restauration, Charles II créa une Bande de vingtquatre violons, comme celle de Louis XIV. Thomas Ballzar, né à Lubeck, un des meilleurs joueurs de violon de son temps, en était le chef. Antony Wood le rencontrant à Oxford, le 24 juillet 1658, lui dit : « Je vous ai vu faire

courir vos doigts jusqu'à la plus haute extrémité de la touche et les faire revenir insensiblement jusqu'au sillet avec rapidité et en mesure, chose que personne n'avait vue en Angleterre auparavant*. »

Ces compliments de Wood h Baltzar nous montrent que celui-ci ne jouait pas seulement h la première position, mais qu'il démanchait.

Baitzar fut inhumé dans le cloître de l'église Saint-Pierre à Westminster.

Déjà, Carlo Farina de Mantoue, violoniste de l'Électeur de Saxe, avait fait paraître, à Dresde, en 1027, son Capviccio siî^avagante^ qui montait jusqu'au ré de la troisième position, sur la chanterelle. Il est vrai que ce morceau contient des imitations de l'aboiement du chien, du chant du coq, de la flûte, du fifre, et que l'on doit y battre la corde avec le bois de l'archet. Cependant, tous ces effets plus ou moins artistiques n'empêchent qu'il y avait là un progrès réel dans le mécanisme de la main gauche, et cela, à une époque où les joueurs de violon de tous les pays n'osaient faire 1'*//, par extension avec le petit doigt, sur la chanterelle.

G.-I3. Fontana ne chercha pas des effets nouveaux dans l'œuvre de sonates qu'il écrivit vers 1630; toutefois, il mérite d'être signalé, car ce fut lui qui, le premier, composa la véritable sonate pour le violon.

On remarque une plus grande habileté d'exécution dans les compositions de Battista Vitali, violoniste du duc de Modène, né à Crémone, en 1G44, lequel publia sa première œuvre à Bologne, en 1660.

En Allemagne, où nous venons de voir Carlo Farina faire imprimer son Caprkdo slraoaganle^ en 1627, les violonistes, bénéficiant de l'expérience des maîtres italiens, cherchaient à augmenter les ressources de l'instrument.

Après le départ de Baitzar en Angleterre, on en trouve

i. Memoii'H ofmusic bij lUe hnn. liotje.r Surt/i, I.uikIuii, 184G.

encore de très remarquables, pour le temps, dans la Musique de l'Electeur de Saxe, une des plus réputées de rKuropc.

(linq violonistes français, certainement habiles, en faisaient partie en 1679, ce sont : Aymé Dertlain, G. Crosmier, Pierre Janary, Antoine Mustan et Jean Lesucur, qui recevaient chacun 250 thalers par an de Jean Georges II *.

Jean Paul de WesthofT, orip[inaire de Lubeck, s'y fit aussi remarquer de 1670 l\ 1688. Il fut successivement capitaine dans l'armée danoise, sous les ordres de Gustave- Adolphe, violoniste et professeur de langues h la Cour de Saxe, enseigne d'une compagnie colonelle qui fit campagne en Hongrie contre les Turcs, dans l'armée commandée par le général Schultz, et, de retour à Dresde après cette guerre, il y reprit sa place dans la Musique de l'Electeur.

En 1682, il fit un voyage en Italie et en France, et reçut un brillant accueil à la Cour de Florence et à celle de Louis XIV. Ce monarque, qui l'entendit en décembre 1682, ne se fatiguait pas de lui faire jouer une pièce de sa composition, à laquelle il donna le nom de ia Guerre^.

L'heureux Electeur de Saxe posséda encore Johann-Jacob Walther, né en 1650, à Witterda, près Erfurt, qui occupe une place des plus importantes dans l'histoire du violon, en Allemagne.

D'abord laquais d'un grand seigneur polonais, chez lequel il reçut les premiers principes du violon, il entra plus tard dans la Musique du souverain saxon, et devait s'y trouver avec Westhoff.

Ses œuvres dénotent une grande hardiesse d'exécution, et celle qui porte le titre Iforiulm Chelicus^ vni violino^ (hiohm^ (rifntset çuaior, etc., in-i", oblong, de 129 pages, gravées sur cuivre, à Mayence, en 169t, dont on publia une deuxième

1. MdiiiTZ FuHSTFXAN. Zuv Gcsc/iicfilc thr Mnsik iiutl «les Thralcrs am llnfr (frr Kuyfftrsfrn ron Sachsen, inne-nGS, 2 vol. J)iTS<h', 18ril, l. F, p. 402 ri siiiv.

2. AfrivîMre, décembre 1082, p. 386-387; iWem, janvier 1083, p. {\(\.

édition, toujours à Mayence, en 1708, contient ce passage Preliidio X/JI, page 57, troisième portée :

Il dut faire d'excellentes études de composition, car le Preludio XXIII de ce même ouvrage est entièrement accompagné par les quatre notes de basses :

, fi. 6

harmonisées ainsi, et se répétant dans le même ordre jusqu'à la fin du morceau.

A l'époque où Wallher publiait son Hortulus Chelicus^ Corelli, résumant à lui seul tous les progrès accomplis successivement pendant le xvn* siècle, fixait la position véritable de la main gauche, donnait de la légèreté et de la grâce au jeu de l'archet, et fondait ainsi, par son génie, la première école de violon proprement dite : de sorte que l'Italie, après avoir vu nattre et amener le violon à son état de perfection, fut encore le berceau de la grande école de ce bel instrument.

Né à Fusignano, près d'Imola, sur le territoire de Bologne, en février 1653, Ârcangelo Corelli, qui était de très bonne noblesse, reçut les premières leçons de contrepoint de Matteo Simonelli, chantre de la Chapelle papale à Rome. Battista Bassani, maître de Chapelle de la cathédrale de Bologne, un musicien illustre de l'Italie au xvn* siècle, passe pour lui avoir enseigné le violon, mais cela n'est rien moins que certain, car, Bassani, né vers 1057*, et par conséquent plus jeune que Corelli, aurait dû posséder un talent assez

i. FifTis. Biographie universelle.

précoce pour devenir son maître. Du reste, les premières années de la corrrôrc de Corclll sont peu connues. On assure cependant qu'il voyagea en Allemagne dans sa jeunesse et passa quelque temps au service de l'Electeur de Bavière.

Quoi qu'il en soit, (lorelli se lixa h Home, vers 1681, et sauf quelques courtes absences, y resta jusqu'à la fin de ses jours.

Le cardinal Oltoboni devint son protecteur et son ami, il lui confia la direction de sa Musique, larjuellc donnait une

séance tous les lundis, où Corelli se faisait toujours entendre.

Il a publié, de 1683 à 1712, six œuvres de sonates pour violon, qui sont toutes remarquables. L^1ne des plus belles, la cinquième, parue en 1700, se termine par des variations sur Tair très h la mode alors des Folies d' Espagne.

Corelli avait étudié non seulement les maîtres italiens et allemands, mais aussi Lully. Titon du Tillet nous l'apprend dans ces termes :

« J'ai oui dire à un gentilhomme de feu M. le Cardinal d'Estrée et à Baptiste, un de nos plus grands violons, que ce cardinal étant à Rome et louant Corelli sur la belle composition de ses Sonales^ il lui dit : Monseigneur, c'est que j'ai étudié Lully\ »

Il jouissait d'une grande réputation mûme en Angleterre. Roger North raconte que : « les jeunes gens de la noblesse et de la bourgeoisie qui voyageaient en Italie tenaient à honneur de prendre des leçons de (^orelli *. »

Il aimait passionnément la peinture et avait formé une très belle galerie de tableaux. Corelli mourut h Rome dans le palais de son protecteur le cardinal Ottoboni, le 18 janvier 1713, et fut inhumé au Panthéon, dans la première chapelle de gauche.

Ses élèves les plus célèbres sont :

Francesco Geminiani, né à Lucques vers 1680, qui avait étudié la composition sous Scarlatti, et commencé le violon avec Carlo Ambrosio Lunati, surnommé il gobbo. Il se fit entendre à Londres, en 1714, se fixa en Angleterre, et mourut à Dublin, en 1702.

Pietro Locatelli, né i\ Bergamc, en 1693, est mort à Amsterdam, où il habitai! depuis fort longtemps. Ce violoniste a laissé beaucoup de compositions pour son instrument,

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