‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle: les luthiers et les fabricants dChapitre 55 sur 159 · Mercure de France, avril 1725, p. 83G · texte numérisé non relu

Mercure de France, avril 1725, p. 83G

Quantz\ qui passa huit mois à Paris, d*aoûl 1726 èi mars 1727, parle avec éloge, dans ses mémoires, du Concert spiriluel cl des violonistes (juignonet Haplisle Anct; il dit aussi hraucoup de bien des Ilrtlistes lilavel, Lucas, Hraun et Naudol, ainsi que des violistes Roland Marais et Forqueray. Son opinion a d autant plus de valeur qu'il venait de parcourir Tltalie, et par conséquent d'y entendre d'excellents chanteurs et instrumentistes.

Jean-Marie Leclair débuta brillamment au Concert spiriluel pendant la quinzaine de Pâ(|ues 1728'. Né à Lyon en 1697, Leclair, qui avait appris le violon dans sa jeunesse, Tut <rabord danseur au théAlre de Rouen, puis maître de hallrt à Turin. C'est alors qu'il composa quelques airs de danse que l'on trouva charmants, et qu'il abandonna les entrechats et les ailes de pigeon pour se livrer sérieusement i\ l'étude du violon, sous la direction de Somis, un des meilleurs élèves de Corelli. C'est Leclair qui, un des premiers après WestholT, fit usage de la double corde ; ses œuvres, encore très estimées aujourd'hui, sont remarquables pour l'époque. Ce maître mourut assassiné, le 22 octobre 176i, en rentrant chez lui, rue Martel. On ne découvrit jamais le coupable, ni les causes du crime.

On entendit le violoniste italien Giovanni Madonis le r'mai 1729. Giamballista Somis, le maître de Leclair, ne vint qu'en 1733 :

« Le sieur Somis, fameux joueur de violon du roi de Sardaigne, a exécuté différentes sonates et des concertos dans la dernière perfection et a été très applaudi par de nombreuses assemblées que la justesse et la brillante exécution de ce grand maître y avaient attirées *\ »

La fille de Jean-Baptiste Somis, Maria-Christina, l'une

1. Qiianl/. ^Unil un (liHislc cl un coniposilcnr de grande voleur. Il ful le maître du grand Frédi^rlc rlécrivilde nombreux solos de niHc pour son roval élève.

2. Mncure tia France, avril el mai 1728, p. 85*» et 106!. n, Mrrcutv <Ip France, avril !i:i3, p. 8! 6.

des meilleures chanteuses italiennes de Tépoque, épousa notre grand peintre Carie Vanloo, pendant le séjour qu'il fit à Turin de 1730 à 1734.

Philidor, qui recrutait son personnel, chanteurs et instrumentistes, à TÂcadémie royale de musique, céda son privilège à cetle administration, en 1734. Le compositeur Royer, originaire Je la Bourgogne, chef d'orchestre de rOpéra, devint directeur du Concert spirituel en 1747. Il eut Gabriel Caperan, Tun des violons du Roi, pour successeur en 1750. Mondonville remplaça celui-ci en 1755. Dauvergne prit la direction en 1762. Berton lui succéda en 1773. Cette institution fut administrée par Gaviniès, Leduc et Gossec de 1773 à 1777, époque où Ton nomma Legros, qui resta directeur jusqu'à la suppression du Concert spirituel qui eut lieu en 1790.

Le violoniste François Cupis de Camargo (Bruxelles 1719 — Paris 1764), joua avec beaucoup de succès au Concert spirituel en 1738. Antoine Dauvergne (Clermont-Ferrand 1713 — Lyon 1797), s'y fit entendre pour la première fois en 1740. Violoniste de grand talent et compositeur dramatique de mérite, Dauvergne fut successivement chef d'orchestre de l'Opéra, maître de musique de la Chambre, directeur des Concerts spirituels, directeur de l'Opéra, et surintendant de la Musique du Roi. Il fut nommé chevalier de Saint-Michel en 1786.

Mondonville (Jean-Joseph Cassanea de) brilla au Concert spirituel de 1740 à 1748 et en fut le directeur en 1755.

Né à Narbonne, le 24 décembre 1711, ce violoniste et compositeur de grande valeur voyagea depuis Tâge de dixneuTans. C'est pendant un assez long séjour qu'il fit à Lille que parurent ses premières œuvres, entre autres : trois grands motets, exécutés avec beaucoup de succès au Concert spirituel, à Paris, en 1737, et plusieurs livres de sonates pour violon.

Parmi ceux-ci, il en est un, ignoré de ses biographes,

LE VIOLON ET SES DÉRIVÉS Hl

que nous avons eu la bonne forlunc de découvrir à la Biblio-

Ihèquc nationale, où

il esl calalogiié Vni 7,

76t. Tel est son lilre :

Les Sons Uannoni-

giicx. Sonates à vio'on

seul avec la basse con-

liniie, par Mondon-

ville. ff!uvie -f', gravée

par L. Hue. A Paris

cl à Lille, chez : Vati-

leiirait Concert i/e Lille

en Flandre. iP Itoir'in

M*' rue Sainl-Uonoré,

à la règle (Cor. Le S'

Le Clerc M' rue du

Houle, à la Croi^ d'or. •

Arec privilèi/e du Itoy

(sans date).

Les six sonalcs que contient cri iiiquarlo de 41 papes sont |)récéd(!cs d'un Avertissement utile pour jouer les sonates dans le goùl de l'auteur. Mondonville y explique la lliéorie des sons liaimoniquosnalurclset montre, à l'aide d'un des- *""^**=' *" <=>i'"''" cuauskui i.ei. cfsu (I/.i.)

JIT*BT APPABTKNU A PAOANINI

sin représentaiït une („„,^, j, G4„„)

touche de violon, les

divisions des cordes où ces sons peuvent être obtenus. Pour

cela , posez le doigt : « en observant de ne le point appuyer ;

Icvez-lc en même temps que Tarchet cesse de toucher la corde. » Inutile d*ajout('r que la théorie trouve son application dans h's pièces qui la suivent.

C'est la première fois, à notre connaissance, que les sons harmoniques furent expliqués et employés. Mondonville, à qui revient cet honneur, mérite donc une mention toute spéciale dans riiistoire du violon, car il fut le précurseur de Paganini.

Nommé surintendant de la Chapelle royale, à Versailles, Mondonville composa pour Téglise, et aussi pour le théâtre. Lors de la guerre des bouffons^ le succès de son opéra Tilon et l'Aurore^ représenté, en 1753, décida du renvoi des chanteurs italiens.

Il mourut dans sa maison de campagne, à Delleville, le 8 octobre 1773.

Le 8 septembre 1741, débuta Pierre Gaviniès, qui parut en compagnie de Joseph-Barnabe Saint-Séverin dit TAbbé, un élève de Leclair:

c( Le sieur Gaviniès, Agé de treize ans, et le sieur TAbbé, h peu près du même âge, jouèrent une symphonie à deux violons de M. Le Clair avec toute la précision et la vivacité convenables; ils furent applaudis par une très nombreuse assemblée \ \>

Pierre Gaviniès (Bordeaux 1728 — Paris 1800) est le chef et le fondateur de Técole française du violon; ses œuvres sont encore étudiées aujourd'hui avec fruit. Il ne cessa de se faire entendre au Concert spirituel pendant sa longue carrière, sauf toutefois durant Tannée qu'il passa h la Bastille, pour cause de conversations trop intimes avec une dame de la Cour. C'est dans sa prison qu'il composa la romance pour violon, devenue si célèbre sous le nom de Romance de Gaviniès^ qu'il exécuta encore à soixante-

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