‹ Les ancêtres flamands de BeethovenChapitre 2 sur 39 · I. Les van Beethoven · texte numérisé non relu

I. Les van Beethoven

E centenaire de Beethoven, le roi de la symphonie, fut commémoré dans le monde entier. Cette unanimité dans l’admiration montre à quel point le monde se passionne pour ce génie dont les œuvres, en dépit de

l’évolution musicale, gardent cette fraîcheur native et cette profondeur qui charment l’esprit et touchent le cœur. La vie musicale de l’hiver 1926-1927 fut consacrée, dans une très large mesure, à l’interprètation pieuse des symphonies, des quatuors et des sonates du Maître. Les musicologues ont rivalisé de zèle pour publier de l’inédit à son sujet : lettres ignorées, souvenirs, anecdotes et autres reliques sortirent de leur cachette poudreuse. Vienne organisa, du 26 au 31 mars 1927, un congrès de musique et un festival pour honorer la mémoire de son illustre citoyen, vaste meeting international où il fut parlé abondamment de lui et de ses œuvres. À ce concert mondial, nous sommes heureux d’associer notre voix. Le thème de notre contribution beethovénienne sera d'ordre purement historique.

Chacun savait que les ancêtres du compositeur étaient originaires des Pays-Bas, mais peu de biographes ont insisté sur ces origines, cela pour diverses raisons. Ainsi, les Allemands ont essayé de germaniser ce nom bien flamand en l’orthographiant de diverses façons : von Biethoven, Bethof, Bethoffen, enfin Beethoven avec suppression de la particule van. C’est sous cette dernière forme que l’auteur de Fidelio a toujours été présenté dans les catalogues, programmes et œuvres publiés anciennement. Les Hollandais ont aussi voulu prouver que la famille van Beethoven était originaire de leur pays. Un curieux petit in-8°, publié à Amsterdam en 1837, tend à démontrer que Beethoven était fils de musiciens ambulants, qu’il vint au monde en août 1772

pendant la foire de Zutphen, en Gueldre, dans une auberge portant l’enseigne “ De Fransche Tuin ” (Le Jardin Français) (1). D’autres ont affirmé que le grand-père du compositeur avait vu le jour à Rotterdam. Enfin, on fixa le berceau de ses ancêtres dans la ville de Maestricht, erreur qui fut encore reprise en 1912 dans l’Histoire de la musique de Van Milligem. Ce consciencieux auteur certifie que les ancêtres de Louis van Beethoven sont originaires des Pays-Bas du Sud (donc la Belgique), notamment d’un village voisin de Louvain, mais que dès 1650, ils vinrent s'établir à Maestricht (2).

Ces légendes, et bien d’autres, étaient encore en circulation lorsque, vers le milieu du xix° siècle, parurent les notices plus scientifiques de Léon de Burbure, de Fétis et de Thayer.

Le chevalier Léon de Burbure (3), archéologue érudit, auteur de notices musicologiques qui font autorité, consacra de 1861 à 1874 une partie de son temps à des recherches sur les van Beethoven (4). Le fruit de ces travaux fut condensé dans une notice sur Louis van Beethoven le vieux, grand-père du maître de Bonn, notice destinée à la Biographie Nationale de Belgique où elle parut en 1868 (5).

Dans cet article, Léon de Burbure nous apprend que les

(1) Cité par Fétis dans sa Biographie des Musiciens, 2me édit., art. Beethoven. L'auteur de cette grotesque brochure serait un nommé Van Marsdyck. — Cfr. aussi l’article : Beethoven est il Hollandais ? signé : G. E. Anders in Revue et Gazette Musicale de Paris, 5me année, n° 38, 25 septembre 1838.

(2) Van Milligem, Ontwikkelingsgang der Muziek, in-8°, Groningen, 1912, p. 298 : “ De voorouders van L. van Beethoven stammen oorspronkelijk uit Zuid-Nederland, uit een klein plaatsje bij Leuven, maar omtrent 1650 gingen zij te Maestricht wonen ”.

(3) Né à Termonde le 16 août 1812, mort à Anvers le 8 décembre 1889, archiviste, archéologue, musicien compositeur et musicographe, auteur de plusieurs notices relatives à la musique à Anvers : La corporation des musiciens d'Anvers, les Facteurs de clavecins anversois, etc.

(4) Les notes manuscrites de ce travail sont conservées à la Bibliothèque de la ville d'Anvers.

(5) Biographie Nationale, Bruxelles, t. II, 1868, pp. 105 à 107.

van Beethoven étaient établis dès le xvi° siècle dans les villages de Rotselaer, Leefdael et Berthem, près de Louvain. Ensuite, il nous fait connaître la branche installée à Anvers. Voici d’abord Guillaume van Beethoven, époux de Catherine Grandjean, cité en 1705 comme marchand de vins à Anvers. Parmi ses enfants, on compte un fils, Henri-Adélard, né à Anvers en septembre 1683 (y décédé en septembre 1745), uni à Marie-Catherine de Herdt (décédée en novembre 1753 à Anvers). Henri-Adélard était membre de la corporation des maîtres-tailleurs ; ses affaires prospérèrent au point que, déjà en 1713, il put se rendre acquéreur de la maison Sphera Mundi sise rue Neuve à Anvers. Malheureusement, les affaires de Henri-Adélard périclitèrent et bientôt la misère guetta la maison du tailleur ; d’où discussions et querelles. Las de cette existence troublée, le fils puiné, Louis, quitta le toit paternel pour chercher fortune.

L’archiviste anversois affirme que ce Louis, désertant le foyer, n’est autre que le futur grand-père du roi de la symphonie. Où fit-il son éducation musicale ? Qui le guida dans cette voie ? de Burbure n’en dit mot. Il sait que le 2 novembre 1731, le jeune Anversois est admis par le Chapître de l’église Collégiale de St-Pierre à Louvain, pour y exercer les fonctions de chantre surnuméraire du jubé, à la demande de Louis Colfs, maître de chapelle à St-Pierre, indisposé en ce moment. Louis van Beethoven assuma la direction du jubé louvaniste pendant trois mois, après quoi nous le trouvons, en mars 1733, agréé comme chantre effectif de la chapelle musicale à la Cour du Prince-Electeur, Clément-Auguste de Bavière, à Bonn.

Chose curieuse, la notice de Léon de Burbure, que nous venons de résumer, et le tome premier de La Vie de Beethoven par A. W. Thayer parurent presque simultanément en 1866 et 1868. Nul doute que l’écrivain américain ait été en correspondances avec le musicographe anversois. Ce dernier aura compris les

services qu’il pouvait rendre à l’admirable chercheur que fut Thayer (1).

Cet Alexandre Wheelock Thayer, consul des Etats-Unis à Trieste, dépensa sa vie en recherches concernant la biographie du grand maître de Bonn. D’une patience et d’une tenacité inébranlables, il réussit à s’entourer d’un ensemble si formidable de documents que rien que leur classement et leur mise en œuvre devaient représenter un travail de Sisyphe. Le premier volume de l’ouvrage de Thayer vit le jour, nous l’avons dit, en 1866-1868 et fut suivi, en 1872, d’un deuxième tome. Le troisième ne parut qu’en 1879 : ce fut le dernier qui sortit de la plume de Thayer. L'auteur n’était parvenu qu’à l’année 1816 de la vie de Beethoven lorsque la mort vint l’arracher à ses travaux. Cet ouvrage, écrit en anglais, fut immédiatement traduit en allemand par le Geheimrat D' Hermann Deiters qui poursuivit l’œuvre interrompue. Les nombreux matériaux rassemblés par Thayer furent classés, contrôlés, corrigés, complétés en vue d’une seconde édition allemande de l’ouvrage. Le premier volume de cette réédition parut déjà en 1901. Il fut complété par les volumes IV et V qui sortirent des presses en 1907 et 1908. — Hermann Deiters décédé à son tour, Hugo Riemann s’attela à la besogne pour terminer la réédition allemande et publier, en seconde édition allemande, les tomes IT (1910), III (1911), IV et V. — A l'heure où nous écrivons, la maison Breitkopf et Härtel, de Leipzig, annonce déjà une troisième et quatrième éditions de certains tomes de l’ouvrage.

Nous avons insisté sur cette biographie de Beethoven par Thayer parce qu’elle constitue un monument musicologique comme 1l en existe peu.

(1) Thayer utilisa plusieurs documents recueillis par Otto Jahn. Ce dernier croyait aussi en l’origine anversoise des Beethoven, il publia déjà les protocoles de la nomination de Louis, le vieux, à la maîtrise de Saint-Pierre à Louvain.

Lorsqu'il entreprit la continuation de l’œuvre de Thayer, Hermann Deiters se donna beaucoup de mal pour redresser certaines erreurs et compléter l’ouvrage. Il refondit, pour l’édition allemande, toute la biographie anglaise et mit à profit les données nouvelles mises au jour de 1866, date de la première édition, à 1901, année de la deuxième. Une vie d'homme séparait ces deux éditions.

Deiters consulta tous les dépôts d’archives et les bibliothèques susceptibles de lui fournir des documents. En étudiant les registres de l’état civil de Bonn, il constata qu’une branche de la famille des van Beethoven, établie à Bonn au xvur siècle, était originaire de Malines (1). Il ne négligea pas ce détail important et s’empressa d’écrire à l’archiviste de Malines la lettre suivante (nous traduisons) :

Coblence s/Rhin, 11 janvier 1899.

Très honoré Monsieur,

Permettez-moi de vous demander un renseignement.

Je m'occupe, en vue d’une réédition de l’ouvrage connu de A. W. Thayer, de la biographie de Louis van Beethoven. Dans ce travail, il est question des ancêtres du compositeur que l’on sait originaires de Belgique.

u Une branche de cette famille habita Malines. Certain Corneille van Beethoven vivait au siècle dernier (XVIII) à Bonn. Il se maria dans cette ville en 1734 et y obtint le droit de bourgeoisie en 1736. D’après des témoignages sûrs, il était natif de Malines. II mourut en 1764.

Un autre, Michel van Beethoven, dont la femme se nommait Sluyckens, mourut à Bonn en 1749. Il était probablement le père de Corneille. L’un et l’autre étaient apparentés au compositeur.

Je me permets maintenant de vous prier de me dire si, dans vos

(1) Dans la 1re édition de Beethoven, Thayer mentionne Michel et Corneille van Beethoven, mais il parait ignorer que ces derniers étaient originaires de Malines. En tout cas il n’en dit rien. :

archives et parmi vos notes, vous ne trouvez pas de renseignements plus précis concernant cette branche de la famille Beethoven. Vous remerciant...

D: DEITERS, Conseiller secret (1).

Nous ignorons la teneur de la réponse de l’archiviste malinois, mais celle-ci aura satisfait le D" Deiters, puisque la deuxième édition allemande du tome I, parue en 1901, contient sur les Beethoven de Malines des renseignements parmi lesquels nous hsons :

ES Du reste, on pourrait faire remarquer cette particularité que le nom de Beethoven était encore représenté à Bonn par une autre branche que celle du grand’père de l’artiste, mais il n’est pas certain qu’il en fut ainsi lorsque Louis van Beethoven (/l’anversois) vint s'établir à Bonn.

Certain Michel van Beethoven, né à Malines en février 1684, fils de Corneille van Beethoven et de Catherine Leempoel était, sans aucun doute (les relations ultérieures avec la famille de Bonn le prouveront), proche parent de la branche anversoise des van Beethoven. Michel épousa, le 18 octobre 1707, Marie-Louise Stuickers, ou Stuyckens. Son fils aîné, né à Malines en septembre 1708, s’appela de nouveau Corneille. Dans cette même ville (Malines), Michel eut encore, jusqu’en 1715, quatre fils parmi lesquels deux du nom de Louis. On sait que cette famille malinoise vint se fixer à Bonn (on ignore à quelle date). C’est là que Corneille, fils de Michel, épousa, le 20 février 1734, dans l’église Saint Gangolph, la veuve de la Porte, née Hélène Calem. Le jeune chantre de la Cour, Louis van Beethoven, fut témoin pour le marié. Au mois d’août de la même année (1734), Corneille porte sur les fonts baptismaux le premier-né de Louis van Beethoven. Corneille représentait ici son père Michel, qui n’était pas encore installé à Bonn à ce moment. Lorsque le foyer de Corneille fut solidement fondé, son père Michel quitta Malines pour venir le rejoindre à Bonn. C’est la que Michel

(1) Cette lettre se trouve en notre possession : elle nous fut donnée par l’ancien archiviste de Malines, V. Hermans, en 1905. C’est depuis lors que nous nous sommes intéressé à la question de la généalogie des van Beethoven. :

décéda en juin 1749. Son épouse, Marie-Louise Stuyckens, le suivit dans la tombe en décembre de la même année.

Le 17 janvier 1736, Corneille obtint les droits de bourgeoisie à Bonn. Cet avantage lui fut octroyé eu égard au fait que son épouse était veuve de bourgeois. Dans une liste des bourgeois de Bonn, dressée en 1738, Corneille van Beethoven est le seul de son nom. Il appartenait à la corporation des marchands de cierges et figurait comme fournisseur de bougies de la Cour.

Apres le décès de sa femme, Corneille se remaria avec la demoiselle Anne Barbe Marx. La cérémonie nuptiale fut célébrée le 5 juillet 1755. Deux filles naquirent de cette union, l’une en 1756, l’autre en 1759; elles moururent en bas-âge. Louis van Beethoven fut parrain de l’une et de l’autre.

Corneille mourut en 1764, sa femme en 1765. Ainsi s’éteignit la branche malinoise des van Beethoven à Bonn.

Ce passage de Deiters prouve que Malines lui avait fourni des renseignements précis sur les Beethoven qui habitaient la ville archiépiscopale. Malheureusement, Deiters n’était pas parvenu à établir la parenté exacte du chantre de la Cour (qu’il supposait aussi être anversois) avec les malinois Corneille et Michel van Beethoven. On se demande ce qui motive la présence de la famille malinoise auprès de l’enfant d'Anvers? C’est évidemment sur la foi des faits certifiés par Léon de Burbure que le biographe allemand n’osa pas présumer l’origine malinoise de Louis van Beethoven. On doit admettre aussi que les archives de Bonn, du moins ce que Deiters en a étudié, sont muettes sur l’origine de Louis.

Entretemps, la thèse anversoise de Léon de Burbure faisait autorité et passait à l’état de chose jugée. On copiait et recopiait sans se lasser la généalogie dressée par l’archiviste d'Anvers. Cependant, elle fut contestée. Dans le tome I (1885) des Artistes Belges aux XVIII: et XIX* siècles, un de ces volumes où il entassait au petit bonheur des documents ramassés un peu par-

tout, Edouard Grégoir cite Louis van Beethoven, grand-père du célèbre musicien. Après avoir reproduit ce que de Burbure en a dit, Grégoir ajoute, en petit texte, la note que voici:

Nous découpons dans le journal L’Escaut les lignes suivantes concernant la famille de van Beethoven :

Louis-Joseph van Beethoven (1) se remaria le 8 octobre 1770 avec Marie-Thérèse Jacobs et vendit, le 21 mars 1772, sa maison au prix de 6667 florins, au prédit M" Vleugels, demeurant rue Haute dans la grande maison aujourd’hui cotée n° 69. En 1794, les héritiers Vleugels cédèrent la maison Rempart des Tailleurs-de-Pierres moyennant 8000 florins à Daniel Batkin- Mols dont le petit-fils, M. Edmond Batkin, notaire, l’occupe actuellement.

Nous ajouterons que Marie-Thérèse Jacobs mourut peu de mois après la vente de la maison; que Louis-Joseph épousa en 3‘ noces, le 3 novembre 1773, Marie-Thérèse Scheurweghs et qu’il mourut à Oosterhout, en Hollande, chez son beau-fils, le 12 novembre 1808, agé de 80 ans.

La question se présente ici si les prénommés Louis-Jean et Louis- Joseph van Beethoven furent proches parents du célèbre compositeur Louis van Beethoven, mort à Vienne en 1827. Plusieurs écrivains ont affirmé et essayé de prouver que ce dernier descendait d’une famille anversoise, mais nous croyons l’assertion hasardée, témoin les renseignements qui suivent :

Le bisaïeul du compositeur fut, dit-on, Henri-Adélard van Beethoven, maîïtre-tailleur, qui se rendit acquéreur, le 3 octobre 1713, de la maison jadis nommée Sphera Mundi et alors Witten Arend, plus tard incorporée dans l'hôtel n° 31, longue rue Neuve. L'achat avait été fait par van Beethoven et sa femme Marie de Herdt, contre Pedro de Vos, négociant et ancien aumônier, moyennant la somme de 3200 florins pour le paiement de laquelle ils durent emprunter 2400 florins. Cette rente fut remboursée en 1736, mais remplacée par une autre du même montant. La signature “ Hend. v. Beethoven ” est d’une écriture très remarquable. Henri-Adélard mourut en 1745 et sa femme en 1753.

Leurs cinq enfants alors en vie étaient : Marie, épouse de Balthazar van Postel, doyen de chambre de la gilde des diamantaires ; Jean-François- Robert, a Maestricht; Claire, Louis, tous deux à Anvers, et Pierre qui avait quitté le pays et dont on ignorait le séjour. Ces indications résultent d’une

(1) Il s’agit ici des fils de Henri-Adélard van Beethoven.

requête adressée au magistrat d'Anvers le 11 décembre 1753, par laquelle les trois enfants présents à Anvers et Jean-François-Robert qui avait signé une procuration le 25 novembre devantle Notaire Guillaume Caris de Maestricht, demandent l’autorisation de répudier, au nom de leur frère absent, les successions obérées de leurs parents ; Van Postel fut nommé curateur avec pouvoir de vendre les biens et obligation de rendre compte aux créanciers.

# Le grand’père du compositeur Louis van Beethoven, portant le même prénom que ce dernier, avait séjourné quelques temps à Louvain en 1731, comme musicien, et des 1733, alors qu’il n’avait que 21 ans, était établi à Bonn qu'il ne quitta plus et où il devint maître de chapelle à la Cour du Prince-Electeur.

Ces particularités ne peuvent évidemment s’appliquer à aucun des trois fils d’'Henri-Adélard, puisque Louis (sans doute Louis-Joseph}) dont il est question plus haut ne quitta pas Anvers et qu’on ignorait, en 1753, si Pierre était vivant et où il se trouvait.

Nous pouvons conclure de ces indications que l’origine du compositeur n’est pas celle qu’on lui attribue; aussi les généalogistes feraient-ils bien de recommencer leurs recherches.

Cet article de L’Escauf, très suggestif, solidement documenté, ruinait la thèse de Burbure. Malgré cela, il passa inaperçu, personne ne s’en émut et de Burbure, alors trop âgé, ne se sera plus senti le courage de reprendre la question Beethoven.

Dans ces conditions, l’arbre généalogique des Beethoven planté par l’archiviste anversois conserva toute sa verdeur. Tous les biographes y cueillirent depuis Fétis jusqu’à Schiedermair, en passant par Victor Wilder, Marx, Romain Rolland, Deiters, Riemann, Frimmel, Prod’homme. La thèse de Burbure fut encore acceptée cette année par M. Paul Bergmans dans sa notice Les Origines Belges de Beethoven, lue en séance publique officielle de l’Académie Royale de Belgique le 8 mai 1927, à l’occasion du centenaire beethovénien; par M°" Belpaire en séance de l’Académie Royale Flamande ; enfin par notre ami M. Ernest Closson dans ses articles de l’Indépendance Belge (1).

(1) L'Indépendance Belge du 4 mai 1927. — Les Origines flamandes de Beethoven.

Qu’on nous permette à présent d’exposer nos recherches personnelles.

Nous venons de voir qu’une branche malinoise des van Beethoven, représentée par Michel van Beethoven et son épouse Marie-Louise Stuyckers, avec leur fils Corneille, vint se fixer à Bonn au xvui' siècle ; qu’elle était apparentée avec le chantre de la Cour, Louis van Beethoven, Corneille et Louis étant réciproquement témoins au mariage et parrains des enfants. Or, nous savons qu’anciennement, les rôles de témoin et de parrain étaient confiés à des parents très proches : grands-parents, oncles. Il fallait en conclure que la parenté entre Louis et Corneille van Beethoven était très étroite. Dans la notice d’un des programmes des concerts jubilaires Beethoven donnés, l’hiver dernier, au Conservatoire de Malines, nous avions déjà aventuré cette remarque : qu'il ne serait pas trop hasardé de considérer Michel van Beethoven comme l'oncle on le cousin de Louis,et dans une causerie sur La Branche Malinoise des Beethoven (2), nous disions, parlant du petit Louis van Beethoven qui fréquentait l’école des choraux à Malines en 1717 :

Voici un Louis van Beethoven de Malines; il commence ses études musicales à six ans... Ce Louis malinois ne fut-il pas le grand-père de l’artiste que l’on fête cette année ?P ””

Telle était notre position lorsque se produisit une rétcoon inattendue qui corroborait notre manière de voir et nous encourageait dans la voie de nos hypothèses concernant l’origine malinoise des Beethoven. A l’occasion d’une exposition de la bibliographie beethovénienne organisée par MM. Em. De Bom et André-M. Pols à la Bibliothèque de la ville d'Anvers, ce dernier, bibliothécaire adjoint, donna lecture d’une étude sur Les Beet-

(1) Au Cercle Archéologique de Malines, séance du 25 mars 1927.

hoven anversois (1). Cette notice, très documentée, présentée avec beaucoup de méthode et de clarté, concluait à la négation des origines anversoises de la famille van Beethoven.

Si l’article de l’Escaut, cité plus haut, n’avait causé aucun dommage à la thèse de Burbure, il n’en était plus de même de l’article de André-M. Pols.

(1) Publiée dans la revue anversoise De Gulden Passer, 1927, sous le titre : Is Lodewijk van Beethoven van Antwerpse oorsprong ?

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