JE SUIS, DE VOTRE EXCELLENCE
H. BELSEROSKY.
BONN, LE 4 Mars 1770. (2)
(1) Cfr. Prod’homme, loc. cit., p. 44.
(2) Traduction de M. Ernest Closson. Cfr. L’Indépendance Belge, numéro du 2 septembre 1927. Voir document n° 17.
Il ne sera pas sans intérêt de faire remarquer qu’en 1770, Jean-Noël Hamal était à la tête de la maîtrise de Saint-Lambert. Hamal avait bien connu Louis van Beethoven du temps où celui-ci fut “ basse chantante ”” à la cathédrale de la cité ardente. Probablement, l’idée d’in-
Remarquons que si Johann avait accepté cette très honorable proposition, son second enfant, Ludwig, le futur compositeur, serait né dans la ville de Liége. Mais le ténor ne donna pas suite à l’offre du chapitre de St-Lambert. Il préféra rester à la Résidence de l’Electeur de Bonn, sous la direction de son père.
Le 17 décembre de cette même année 1770, le second enfant du nom de Ludwig vint au monde :
Paroisse St-Remy 1770
Parentes Proles Patrini D. Johannes van Beethoven PAP EN ENS D. Ludovicus van Beethoven et Helena Keverichs Ludovicus et Gertrudis Müller conjuges. dicta Baums.
Ce dernier deviendra l’illustre génie, auteur des immortelles symphonies.
Johann avait obtenu une majoration de ses honoraires. De 100, ils étaient portés à 150 thaler. En outre, il donnait de nombreuses leçons particulières de chant et de violon chez les principaux habitants de Bonn. Malheureusement, Johann s’adonna à la boisson, vice qu’il avait, sans doute, hérité de sa mère. Cette passion ne fit qu’empirer avec l’âge, au grand désespoir de sa pauvre femme. Marie-Madeleine était une belle personne, élancée, douce, pieuse, charitable, réservée, mais de santé délicate. Elle fut tôt minée par des couches répétées, et les soucis domestiques causés par les funestes excès de son mari ne furent pas de nature à lui rendre la vie agréable.
viter Johann à prendre du service au Dôme de Liége vint-elle de l’ancien confrère de Louis van Beethoven.
A lire les annonces de la Gazette de Liège, on remarque que les voix de basse étaient plutôt rares. Ainsi le 22 septembre 1766, le journal insère l’avis suivant : On avertit que, “ vacant une place de basse chantante dans la très illustre Cathédrale de Liège. Tous ceux qui voudront se présenter pourront s'adresser à la secrétairerie. ” (Annonce plusieurs fois répétée, ajoute M. Dwelshauwers, loc. cit.)
Le 6 février 1769, le même journal, annonce la vacance d’une place de basse chantante à Saint Denis.
Quant à l'emploi de fénor, offert à Johann van Beethoven par le Dôme de Liége, nous ne trouvons pas trace de cette vacance dans la Gazette de Liége.
Le Kapellmeister fut également très affecté de la conduite de son fils, mais ses occupations nombreuses et officielles apportaient une heureuse diversion à ses soucis. Il avait la direction de la musique à la chapelle, à la salle de concert, au théâtre et au bal. De plus, il avait conservé ses fonctions de bassiste et tenait des rôles dans les opéras-comiques représentés au théâtre de la Résidence.
Une “ Andachtsordnung ” de 1768 déterminait ses fonctions à la chapelle. Les musiciens y étaient requis :
1° Tous les dimanches et les jours de fête légales (gebotene) le matin : grand’messe à 10 ‘/; heures, l’après-midi : vêpres à 3 heures.
2° Les vêpres sont chantées dans les chapelles solennelles par les musiciens de la Cour Électorale. Les vêpres moyennes (mittlern) sont chantées en chœur dans les chapelles majeures, par les clercs de la Cour et leurs musiciens, jusqu’au Magnificat. Les dernières vêpres sont exécutées de même façon. La musique participe aussi aux processions, litanies, etc. (1).
On admettrait volontiers que, pour les concerts, spectacles et bals, le Kapellmeister composait des morceaux ou faisait des raccords plus ou moins importants ; malheureusement, on ne possède aucune pièce écrite de Louis van Beethoven le vieux. Pas une partition, pas une page n’existe signée de son nom. Faut-il en déduire une crainte de ne pas réussir, un excès de modestie ou une pauvreté réelle d’invention ? Problème insoluble.
Au théâtre, Louis van Beethoven dirigea les œuvres suivantes :
3 janvier 1764, Il Filosofo di Campagna, de Baldassare Galuppi (1° représentation).
23 mars 1764, La Buona Figluola, de Piccinni (2° représ.)
(1) Voir document n° 15.
13 mai (anniversaire de l’Electeur), Le Nozze, de Galuppi et deux ballets.
20 mai, I] Filosofo (de Galuppi ?) (2° représ.)
21 sept, La Pastorella al Soglio et deux ballets.
16 décembre, La Calamità du Cuori (de Galuppi) ? (1 représentation de la Compagnie Mingotti, sous la direction de Rozzi et Romanini.
6 janvier 1765, Le Aventure di Rudolfo et Arlequino fortunato per la Maggia, pantomime.
16 mai 1767, Poème musical allemand, suivi d’un intermezzo italien : Za Nobilta Delusa.
17 mai 1767, Opéra-comique italien : Z/ Riso d’Appoline.
27 février 1772, Le Donne Sempre Donne, d’' Andrea Lucchesi.
En mars 1772, La Contadina in Corte, de Sacchini.
17 mai 1/72, Il Natal di Giove, de Lucchesi et La Buona Figluola, de Piccinni.
13 mai 1773, L’Inganno Scoperto, Overo il Conte Caramella, dramma giocoso per Musica, en 3 actes “ del. Sig. Maistro Andrea Lucchesi ”.
L’Anniversaire de Maximilien-Frédéric (13 mai 1767) nous donnera un exemple des exigences du service de l’orchestre :
Le matin, service solennel à la chapelle; pendant le grand déjeüner qui suivit, musique de table (Tafelmusik) ; le soir, sérénade, représentation d’opéra-comique. Enfin, après le souper, bal masqué qui dura jusqu’à cinq heures du matin.
Parmi les opéras où Louis van Beethoven parut comme bassiste, citons : Le Déserteur de Monsigny, l’Amore Artigiano, de Florian-Léopold Grassman (1769) (1). En 1778, à l’âge de 59 ans,
(1) Wegeler raconte que Louis van Beethoven, bassiste, fut admirable et recueillit les plus chauds applaudissements dans ces deux pièces (The Life of L. v. B. by A. E. Krehbiel).
il joue, en français, le rôle de Dolmon dans Le Silvain, de Marmontel et Grétry. La distribution des rôles indique : Dolmon, père Mons. Louis van Beethoven.
Dolmon, fils aîné = Jean van Beethoven.
Le père et le fils van Beethoven se trouvaient donc en scène pour chanter, en français, une œuvre de leur compatriote hégeois.
En 1773, à soixante et un ans, Louis van Beethoven chante, en italien cette fois, le rôle de Brunoro dans l’{nganno scoperto, d’'Andrea Lucchesi. Ce fut probablement le dernier role qu’il interpréta, car cette même année 1773, un chanteur de la Cour sollicite l'emploi de basse-solo “ parce que ” — dit-il — “ le titulaire n’est plus à même de le remplir ”.
Malgré son âge relativement avancé, Louis van Beethoven fut toujours fidèle au poste. Aussi était-il très apprécié par le Prince et par le terrible ministre Belderbusch, qui le consultaient sur toutes les questions de sa compétence. Le Kapellmeister reçut, de ce chef, le titre de conseiller-secret du Prince. Il se chargeait de l’achat des musiques et répertoires pour la chapelle, faisait exécuter les copies et se tenait au courant du mouvement musical.
Bienveillant pour les musiciens, il aidait les jeunes de ses ‘conseils et les mettait sur la voie de la réussite, même s'ils ne se destinaient pas à la Cour du Prince. Lorsqu'il s’agissait de sauvegarder leurs intérêts, il ne reculait devant aucune mesure, si draconienne füt-elle. En avril 1771, Louis van Beethoven se plaignit de ce que le chapitre de l’église principale refusait de rétribuer les instrumentistes qui avaient pris part à une messe d’action de grâces. Le clergé en référa au ministre Belderbusch et quelques jours après, trompettes et timbalier recevaient satisfaction.
Le Kapellmeister savait aussi se montrer sévère sur :le chapitre de la discipline. En 1768, il avait reçu l’ordre du ministre
Belderbusch, de faire chanter à l’église les solos pour voix de femme, alternativement par les cantatrices Schwachhover et Jacobine Salomon. Lors d’une exécution, fin avril 1768, la Schwachhover interpella vivement le Kapellmeister, en présence de tous les musiciens de la Cour, lui criant impertinemment : Je n'accepte pas vos ordres, vous n'avez rien à me commander. Louis van Beethoven, formalisé, rapporta immédiatement la scène au Prince, exigeant de la part de la Schwachhover prompte réparation. Îl pria Sa Grandeur de vouloir signer, de sa main, un décret par lequel Élle préviendrait tous les musiciens de la Cour qu'ils devaient obéir, sans hésitation, aux ordres du Kapellmeister, faute de quoi ils encourraient une peine, à infliger par le Prince lui-même, et dont l’importance serait en rapport avec la gravité de l’incident (1). — Ce trait montre l’énergie du brave Malinois.
M. Schiedermair trouve en lui : “ Une personnalité d’un caractère fort et énergique qui lui valut la considération et l’estime. Avec sa réserve et sa ténacité, Louis van Beethoven ne démentait nullement ses origines flamandes. Il servit environ quarante et un ans à la Cour de Bonn. Durant ce laps de temps, il trouva moyen de parvenir insensiblement de la situation modeste de simple musicien de la Cour à la charge enviable de chef suprême de la musique princière ” (2).
Vers la fin de la carrière de Louis van Beethoven, l’effectif de la chapelle musicale se composait comme suit :
(1) Voir document n° 16.
(2) Les documents officiels témoignent de la gradation de l’état social et de la considération dont jouissait le chantre malinois. On le nomme simplement musicus dans l’acte de baptême de son premier enfant. Lorsqu'il fut parrain de son neveu, l’aîné des enfants de Corneille van Beethoven, on le qualifie de Dominus van Beethoven. Lors du baptême du second enfant de Corneille, le parrain est nommé Ludovicus van Beethoven musicus aulicus. En 1761, il détient son bâton de Maréchal et figure au calendrier de la Cour, avec le titre de Herr Kapellmeïster.