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III. Les van Beethoven de Malines

ERS le milieu du xvrf siècle, deux habitants d’une commune rurale située entre Malines et Louvain vinrent s'établir dans la ville où siégeaient l’Archevêque et le Grand Conseil.

Depuis l’établissement de la Cour de Marguerite d'Autriche à Malines, cette ville avait pris une importance considérable parmi les villes des Pays-Bas. Guicciardin (1), qui la vit vers la fin du xvi‘ siècle, notait que |

Malines est belle et forte ville ornée et embellie de plusieurs palais et logis tant publics que privez, et iceux grands, beaux et bons, accommodez de jardinages. Il y a sept paroisses, chacune ayant une magnifique et somptueuse église. Outre ce, y a des couvents et monastères de presque touts les ordres. En ceste ville sont dix et sept mestiers entrant au conseil lorsqu’on y délibère quelque chose, sans d’autres qui marchent sous ces dix et sept, les principaux desquels sont six, à scavoir les pescheurs, boulengiers, tainturiers, coroyeurs, brasseurs de bière et les bouchers, lesquels sont en

(1) Description des Pays-Bas. Plantin, 1582.

Malines — La Porte de Bruxelles (1780)

Malines — La Porte d'Hanswyck (1780)

Malines — La Porte d'Adeghem (1770)

Malines — La Porte de Neckerspoel (1780)

telle réputation, crédit et auctorité, que de chacun de ces mestiers on fait tous les ans un échevin.….….. En ceste cité de Malines y a autant de noblesse y habitant et si bon nombre de familles qu’en autre ville quelle que ce soit de toute la province. En général, les Malinois sont forts civils, accostables et traictables, sentans leur court, laquelle y a résidé longtemps, ayant (outre ce que nature les pousse à cette naïve courtoisie) une telle grace, gentillesse et façon de faire qu’il semble que toute leur vie ils ayent fréquenté les Palais des Princes, et les femmes y sont très belles et honnestes à merveille.

Le Grand Théâtre Sacré du duché de Brabant (t. 1) édition de Chrétien Van Lom, La Haye 1729, proclame Malines la capitale et métropole d’une des xvi provinces des Pays-Bas et siège épiscopal.

Aujourd’hui ceste ville est recommandable par l’agrément de sa situation, la largeur et la netteté de ses rues, la grandeur et la beauté de ses édifices, le nombre de ses ponts de pierre, ses églises magnifiques.

En 1746, Dom Guyton, passant par Malines, admire la cathédrale avec sa haute tour et son portail, la belle église Notre-Dame, le beau portail de celle des Jésuites. Il trouve aussi que “ les rues de Malines sont belles, larges, toujours nettes; les maisons propres au dehors, les églises fort décorées. ” (1)

L’une des principales industries au xvir siècle était la chapellerie, la fabrication des chapeaux de soie pour civils et religieux. Outre les articles en cuivre battu, en cuir (au déclin, vers le xvi° siècle), Malines exportait surtout des étoffes croisées et des basins et bombasins, des cuirs dorés (Malines en comptait deux manufactures dont la production annuelle totale était évaluée à 70.000 florins), de la cire blanche (trois usines) et surtout de la dentelle. Après Bruxelles, Malines l’emportait pour la production dentellière. Tous ces articles étaient exportés en France, en Angleterre, en Hollande, en Espagne, au Portugal (2).

(1) Voyage littéraire de Dom Guyton dans les Provinces belges en 1746. Bulletin du Cercle Archéologique de Malines, 1893, tome VII, p. 349.

(2) Le commerce malinois d’exportation au XVIII® siècle, dans Mechlinia, 22 année. No 7 novembre 1922, p. 97.

Industries malinoises — Cuirs dorés

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Industries malinoises — Plateaux de réchauds en laiton battu (XVII: s.)

A la fin du xvrr siècle et au début du xvin‘, époque à laquelle les van Beethoven vinrent se fixer à Malines, la ville avait souffert et souffrait encore du pillage par de nombreuses troupes. Français, Hollandais, Anglais, Espagnols, Allemands, Autrichiens y passèrent et repassèrent sans cesse durant la guerre de la succession d’Espagne et ruinèrent nos populations. La ville fut prise et reprise par les Espagnols, puis par les Français, et comme il arrive en ces périodes troublées, où tous les instincts sont déchaînés, la populace s’y livra à de graves émeutes en 1718. Si l’on ajoute à cela les calamités qui s’en suivirent : épidémies, inondations, cherté des vivres, et autres, on se fera une idée des conditions malheureuses dans lesquelles les van Beethoven s’installèrent dans la ville qu’ils avaient adoptée.

Lorsque Maria et Corneille van Beethoven vinrent s'établir ici, leur nom de famille y figurait déjà à l’état civil. Une certaine Adrienne van Beethoven était en effet inscrite au registre des mariages de la paroisse Notre-Dame le 27 juillet 1645.

On a tenté à diverses reprises d’interpréter le nom de van Beethoven. Il est probable que Beethoven a désigné primitivement un lieu-dit, une ferme (hof, pluriel hoven) identifiée par le premier élément beef qui signifie betterave (1), littéralement les fermes ou les jardins aux betteraves. Peut-être le nom vient-il de celui du village Bettenhoven, situé aux confins des provinces de Limbourg et de Liége. Quoi qu’il en soit, les habitants de ce lieu-dit, les van Beethoven, ont été primitivement des campagnards. Dans les Aveux et Dénombrements de la Cour féodale de Brabant, aux Archives Générales du Royaume à Bruxelles, on trouve le nom de van Beethoven dès 1470.

Juffr. Lysbette van Beethoven, mère de Jean van Kersbeke (Kersbeeck) qui, lui, tient du seigneur de Hoeleden, un fief d’un 1/2 bonnier

(1) Et non “ choux ”, comme le prétend M. Prod’homme dans son ouvrage La Jeunesse de Beethoven. “ Jardins aux Choux ” se dit en flamand KXoolhoven et non Beethoven.

de terre à Hoeleden (1) 1470, le 5 septembre ; “ by fauten van mynen zegele ” il scelle du sceau de sadite mère : de vair, à la fasce chargée d’un écusson à la Croix échancrée. Légende : ven. (2).

Peu à peu, les van Beethoven se rapprochent des environs de Louvain. Du Limbourg-Liége, où ils sont au xv° siècle, ils passent en Brabant. À partir du xvi° siècle, leur nom apparait dans les archives de diverses localités du Brabant : Leefdael, Rotselaer, Berthem, Haecht, Neder Ockerzeel. Subissant l’attirance des villes, ils viennent se fixer à Malines, à Louvain et à Anvers.

Ouvrons maintenant les documents paroissiaux de Malines. Ce qui frappe tout d’abord, ce sont les nombreuses mentions du nom van Beethoven aux registres des naissances et des mariages, alors qu’il y en a très peu aux décès. Sur onze naissances et huit mariages, nous ne relevons que trois décès, preuve évidente que plusieurs van Beethoven quittèrent Malines pour s'établir ailleurs. Les van Beethoven se caractérisent par leur humeur vagabonde. On les rencontre un peu partout, mais le terrain de leurs périgrinations peut se circonscrire dans un triangle fermé par les. points extrêmes Louvain-Malines-Anvers.

Que disent maintenant les actes officiels ?

La mention la plus ancienne du nom van Beethoven apparaît dans un acte de mariage. C’est pour cette raison que nous transcrivons ici tous les actes de mariage relatifs à des van Beethoven ; suivront les extraits de naissances et de déces :

(1) Hoeleden, village entre Tirlemont et Diest. (2) J. Th. de Raadt. Sceaux armoriés des Pays-Bas. T. IV, Bruxelles 1901, p. 377. — Nous devons ce renseignement à l’obligeance de M. Octave le Maire, qui a bien voulu

interpréter graphiquement les armoiries reproduites ici. Nous lui adressons nos plus vifs remercîments.

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